Histoire : Sur les traces préhistoriques des premiers Biterrois

Qui furent les premiers habitants de Béziers il y a 6 500 ans ? Cette question qui concerne l’une des plus anciennes villes d’Europe ne cesse de passionner historiens et archéologues. Dont notre chroniqueur, l’historien Samuel Touron.

Les premières traces d’installations humaines pérennes à Béziers remontent au néolithique, plus exactement au chasséen, une période préhistorique s’étant déroulé il y a près de 6 500 ans. Béziers est donc l’une des plus anciennes villes d’Europe et du monde ayant vu s’épanouir sur les berges de l’Orb, l’un des premiers exemples de société agro-pastorale organisée.
La période néolithique est caractérisée par la diffusion de l’agriculture et de l’élevage, apparaît en Europe vers 6 500 ans avant JC, d’abord sur les rives de la Grèce et à l’aval du fleuve Danube, puis progressivement, vers le pourtour occidental de la Méditerranée et à l’amont du Danube.

Le néolithique est une période bouleversante pour l’Europe, voyant la disparition rapide des populations de chasseurs-cueilleurs et l’arrivée massive de populations de fermiers originaires du Proche-Orient qui vont peupler à terme l’ensemble de l’Europe. Ces fermiers empruntent deux voies d’arrivées passant : soit par la Grèce, les Balkans et la péninsule italienne jusqu’à atteindre le détroit de Gibraltar ; soit par le Danube jusqu’a atteindre le sud de la Norvège, les îles britanniques et l’Irlande.

La colonie grecque de Béziers ne fut fondée que 1 900 ans plus tard, pourtant, les bords de l’Orb étaient déjà animés par toute une vie économique, sociale et culturelle.

Ceux qui empruntent la voie méditerranéenne emportent avec eux de la céramique imprimée dont ils diffusent la culture à tout l’occident méditerranéen. Les vagues de migration et de diffusion de l’agriculture, de l’élevage et de tout un artisanat notamment la poterie débutent 6 500 avant JC et ne s’achèvent que 2 500 ans avant JC, avec le début de l’âge du Bronze, en Grèce. La colonie grecque de Béziers ne fut fondée que 1 900 ans plus tard, pourtant, les bords de l’Orb étaient déjà animés par toute une vie économique, sociale et culturelle.

En juillet 2001, une équipe d’archéologues dirigée par Gilles Loison, archéologue rattaché au laboratoire d’anthropologie du CNRS de l’Université Toulouse II Jean-Jaurès conduit une série de fouilles aux lieux-dits du Crès et du Bosquet sur la plaine de l’Orb. Ils découvrent alors une cinquantaine de tombes et les restes de graines, silos, habitations, silex, vases et pierres précieuses. L’ensemble du complexe est composé de 208 fosses donnant des indications sur le mode de vie des premières sociétés agro-pastorales humaines.

L’étude des nécropoles de Béziers dont les corps sont en bon état de conversation du fait de la faible acidité des sols vont permettre d’en apprendre plus sur une période très mal connue de notre histoire. »

Les rites religieux et funéraires semblaient avoir une grande importance comme l’atteste le fait d’inhumer les défunts. Qui plus est, dans la plupart des cas, en position foetale. Dans les sépultures, on retrouve des pierres taillées, plus ou moins précieuses comme l’obsidienne, extraite notamment en Sardaigne, témoignant d’échanges, déjà importants, autour de la Méditerranée. Les animaux ont aussi une place centrale dans l’organisation sociétale.

Le néolithique voit apparaître la domestication du boeuf, du mouton, de la chèvre et du porc, certaines populations de loups se sont également déjà transformés en chien. Dans les tombes de Béziers on trouve des crânes de boeufs et de chiens montrant le lien privilégié unissant alors l’homme et ses animaux.

La chasse n’est déjà plus le moyen privilégié d’approvisionnement en nourriture même si le sanglier reste un mets très apprécié. Fait intéressant, le site de Béziers possède une nécropole réservée aux chiens qui disposaient de rites funéraires spécifiques. L’étude des nécropoles de Béziers dont les corps sont en bon état de conversation du fait de la faible acidité des sols vont permettre d’en apprendre plus sur une période très mal connue de notre histoire. Les progrès de la paléogénétique devraient nous en dire plus sur l’origine des premiers européens qui demeure encore aujourd’hui un mystère.

Les populations originaires du Proche-Orient ont remplacé au néolithique les populations de chasseurs-cueilleurs. »

Les premiers résultats obtenus semblent pourtant nous dire que les premiers Biterrois étaient originaires du Proche-Orient supplantant les populations de chasseurs-cueilleurs établis jusqu’alors. L’étude des séquences génétiques permet cependant d’arriver à la conclusion suivante : les populations originaires du Proche-Orient ont remplacé au néolithique les populations de chasseurs-cueilleurs, l’entrée dans l’âge des métaux 2 500 avant JC ont vu l’arrivée massive des indo-européens provenant des steppes d’Asie centrale et de Sibérie se mélangeant avec les populations proche-orientales du néolithique.

Les Européens actuels seraient ainsi le résultat de ce mélange. Les Européens du Nord seraient proportionnellement plus marqués par les gènes indo-européens tandis-que les Européens du Sud seraient restés plus proches des hommes du néolithique. L’ADN des Corses et des Sardes actuels est ainsi très proche de celui de leurs ancêtres du néolithique. Une autre inconnue de taille demeure : quelle langue parlait-on au néolithique ? Si le mystère demeure, il se trouve que la langue basque pourrait bien descendre des langues du néolithique car n’étant pas indo-européenne, elle est également très proche de la langue paléosarde.

Les premiers peuplements humains dans la région de Béziers aurait ainsi plus de 6 500 ans, les premières traces d’une ville organisée et moderne seraient datées de 600 avant JC tandis que l’étymologie de Béziers remontant d’après certaines études aux Grecs ou aux Phéniciens demeure obscure, peut-être est-ce là un ultime héritage de nos lointains ancêtres du néolithique ?

Samuel TOURON