Chronique : Sète, l’âme italienne et une culture si singulière

Blottie sous l’ombre du Mont Saint-Clair, éblouie par le soleil du Midi, baignée par la Méditerranée ou encore animée par les "braves gens" de Georges Brassens, celle que Paul Valéry se plaisait à appeler l’île Singulière l’est plus qu’on ne le pense. Photo : Arnaud SCHLAMA

Blottie sous l’ombre du Mont Saint-Clair, éblouie par le soleil du Midi, baignée par la Méditerranée ou encore animée par les « braves gens » de Georges Brassens, celle que Paul Valéry se plaisait à appeler l’île Singulière l’est plus qu’on ne le pense. Fondée par Louis XIV, Sète est bien française, en témoigne la traditionnelle fête estivale de la Saint-Louis mais, pourtant, son âme est italienne, et pour s’en rendre compte, il suffit d’écouter et surtout d’observer… La chronique de Samuel Touron du site Aqu’istoria.

Débutons notre périple par le Quartier-Haut, ses maisons colorées, ses ruelles pleines de vie et ses placettes qui s’éveillent à la fin du jour. On peut y voir la nonna sur le banc, qui surveille, ou encore le nono qui joue aux boules ou discute au café. Rendez-vous ensuite à l’église Saint-Louis sur lequel règne, au sommet du clocher, la Madonna qui veille sur les Sétois. Puis, passons par le bord de mer et installons-nous un instant en terrasse en dégustant la traditionnelle tielle ou la macaronade qui ont fait la réputation et la fierté de la cité. Enfin, fermons les yeux un instant et écoutons : le bercement de la mer, le parler sétois, le piaillement incessant des oiseaux marins… Tout à Sète vous rappelle l’Italie.

Une ville portuaire qui respire l’Italie. Photo : Arnaud SCHLAMA.

L’arrivée des Italiens en 1860 va donner son âme à l’île Singulière

Sète est une ville qui respire l’Italie. La ville est fondée en 1666 par Louis XIV avec la création du port par Pierre-Paul Riquet, natif de la région. Elle a vocation à devenir un port militaire afin de contrecarrer l’influence britannique sur la Méditerranée. Dès 1710, Sète est attaquée et prise par les Britanniques avant d’être rapidement reprise par les Français. Durant les guerres napoléoniennes, entre 1808 et 1810, les Britanniques tentent d’incendier Sète, sans succès.

C’est l’arrivée des Italiens sur l’île qui va donner son âme à partir de 1860 depuis le Sud de l’Italie, et plus précisément depuis deux ports : Gaète (Latium) et Cetara (Campanie). Des raisons économiques poussent à l’exil. La culture d’anchois fait vivre les deux communes. Or, ces derniers et le sel ont déserté la mer Tyrrhénienne. Pour les pêcheurs italiens, Sète est une évidence. Au départ, ils sont victimes d’un racisme exacerbé et nauséabond. Mais courageux, déterminés, et toujours plus nombreux, les pêcheurs italiens finissent par s’intégrer à la vie sétoise. Souvent pauvres et illettrés, ils monopolisent les secteurs de la pêche et de l’industrie marine. Et font peu à peu leur entrée dans la vie politique locale. Des vagues migratoires successives se poursuivent jusque dans les années 1940 avant que l’Italie et la France ne sombrent dans le second conflit mondial.

Un tiers des habitants a du sang italien

Les Italiens viennent alors en famille de tout le Sud de leur pays natal, de Campanie principalement mais aussi du Latium, de Sicile. Mais Sète est aussi italienne par sa typologie et sa géographie. Comment ne pas voir, avec le Mont Saint-Clair, un écho avec son lointain voisin napolitain, le Vésuve ? Selon la municipalité, plus d’un tiers de ses habitants possèdent du sang italien.

Si l’âme de l’île Singulière vient bien d’Italie, le temps a sculpté une identité propre à Sète, une culture justement singulière. Elle est avant tout de culture occitane, comme en témoigne la pratique des joutes notamment lors de la Saint-Louis. Il ne faut pas non plus oublier que lors de la fondation de la ville, les premiers habitants vinrent de Catalogne, de Provence – notamment de Martigues – et du reste du Languedoc. La construction du canal du Rhône renforça aussi ses liens avec la Provence, et notamment la Camargue qui apporta entre autres la cuisine du riz et celle des légumes jusqu’alors rare en Languedoc.

L’arrivée des Pieds-noirs

Sète est aussi italienne par sa typologie. Comment ne pas voir avec le mont Saint-Clair un écho avec son lointain voisin napolitain, le Vésuve ? Photo : Arnaud SCHLAMA

Autre évènement marquant dans la construction de l’identité sétoise : le rapatriement des Pieds-noirs.  Ils vont apporter une influence méditerranéenne encore plus forte. Nombre d’entre eux sont d’origine italienne et espagnole, en particulier ceux d’Oran, Bône et Constantine, et apportent leur culture. Ils nous firent notamment découvrir la kémia, les brochettes, la frita, la coca, le couscous, la loubia et quelques gourmandises telles que la mouna et les mantecao. Mais aussi, une insatiable joie de vivre si remarquable pour un peuple à l’histoire si tragique…

Plus récemment, les influences maghrébines, notamment marocaines, ont enrichi la culture locale. Le jumelage de la ville avec El-Jadida, au Maroc, en 1992, (avant Cetera, en 2003) peut surprendre, mais il témoigne de la prise de conscience de Sète quant au caractère cosmopolite de l’île. Originaires de tout le pourtour méditerranéen, ces populations ont fait Sète en écrivant son histoire, bâtissant sa culture et son identité car avant d’être Italiens, Espagnols, Pieds-noirs, Marocains ou bien Français, nous sommes avant tout Sétois et Languedociens !

Samuel TOURON (Aqu’istoria).