Chronique : Riche Languedoc-Roussillon, au-delà du cliché

Riche, pauvre, l'dx-Languedoc-Roussillon, terre de contrastes. Exemple avec la célèbre Villa Guy, à Béziers, un lieu bien connu des Biterrois, notamment les plus aisés, en plein coeur du centre-ville, par ailleurs largement paupérisé. Photo : Claire Dedieu.

« Les 10 % les plus riches gagnent 8,5 fois plus que les 10 % les plus pauvres, un écart plus que conséquent faisant du Languedoc et du Roussillon les régions les plus inégalitaires de France après la Corse. Ainsi, l’ancienne région Languedoc-Roussillon compte 4 737 contribuables à l’ISF ce qui en faisait la 8e région sur les 25 régions françaises en nombre de contribuables à l’ISF. Or, c’est la 3e région la plus pauvre de France avec un taux de pauvreté de 19,4%… » Dans sa chronique mensuelle, Samuel Touron va au-delà des clichés avec de brillants arguments !

Si le Languedoc et le Roussillon sont toujours pointés du doigt comme étant constamment en tête des régions les plus pauvres de France, on fait souvent fi d’une autre réalité : ces deux ensembles régionaux concentrent une large part de ménages aisés et très aisés dont le patrimoine économique n’a cessé de s’accroître depuis plusieurs années. Qu’il s’agisse de l’ancienne région Languedoc-Roussillon ou de la nouvelle région Occitanie, les problèmes économiques persistent mais de nombreuses richesses et atouts peuvent faire de la région un moteur économique national voire européen.

Loin du mythe d’une région totalement paupérisée, le Languedoc et le Roussillon n’échappent pas au schéma de la mondialisation et au retournement historique (1) qui en résulte faisant que les pauvres s’appauvrissent et les riches s’enrichissent, symbole d’une époque qui a troqué le progrès social pour le profit économique.

L’ancienne région Languedoc-Roussillon demeure animée par un paradigme économique majeur, celle d’une région dont le PIB croît plus fortement que le PIB national mais où le PIB (la richesse) par habitant demeure l’un des plus faibles de la métropole. Ainsi, entre 2000 et 2012, le PIB régional a-t-til progressé de 1,8 % par an en moyenne contre 1,2 % par an au niveau national. Comment expliquer alors que le PIB par habitant soit le 4e plus faible de France ?

Depuis 1993, la région est la première créatrice d’entreprises en France majoritairement des TPE et des PME. Ces entreprises corrélées au dynamisme démographique de la région qui prévoit d’accueillir entre 500 000 et 800 000 habitants supplémentaires d’ici 20 ans, constituent l’atout essentiel de la région »

D’une part, la région souffre de son attractivité. C’est la région la plus dynamique de France démographiquement et la répartition du PIB s’en trouve affectée. Davantage d’habitants signifie une plus grande dilution du PIB. D’autre part, la région n’a pas connu de développement industriel important et est restée majoritairement agricole, puis de nos jours, elle est basée sur une économie présentielle (2), constituée d’emplois fragiles et précaires au contraire des emplois industriels nécessitant de larges réseaux de sous-traitants. Ainsi, si l’économie régionale créée de la richesse, celle-ci de par son caractère est fragile et moins bien répartie entre les habitants.

La richesse régionale repose majoritairement sur les petites entreprises notamment dans le domaine du commerce, de l’artisanat ou de la restauration. À titre d’exemple, 29,5 % des effectifs du secteur marchand à l’échelle régionale travaillent dans des micro- entreprises contre 19 % à l’échelle nationale. Alors que la crise économique a majoritairement touché les petites entreprises et que les mesures d’austérité étatiques ont ruiné nombre de PME et de TPE, on comprend que le bassin d’emploi du Languedoc-Roussillon s’en soit trouvé fortement affecté notamment dans les localités touristiques où l’économie de services est forte. C’est par exemple le cas dans le bassin d’emploi Agde-Pézenas où le taux de chômage s’élève à 18 %.

Le Languedoc et le Roussillon tirent majoritairement leur richesse de l’économie présentielle basée sur un tissu de petites entreprises certes fragile mais parmi les plus dynamiques de France. Depuis 1993, la région est la première créatrice d’entreprises en France majoritairement des TPE et des PME. Ces entreprises corrélées au dynamisme démographique de la région qui prévoit d’accueillir entre 500 000 et 800 000 habitants supplémentaires d’ici 20 ans, constituent l’atout essentiel de la région. Cette réalité économique et démographique dans une région laissée en marge par les différentes industrialisations induit des dépenses de fonctionnement de plus en plus élevées et elle contraint aussi l’ensemble régional à se moderniser et à diversifier son économie.

L’ancienne région Languedoc-Roussillon compte 4737 contribuables à l’ISF ce qui en faisait la 8e région sur les 25 régions françaises en nombre de contribuables à l’ISF. Or, l’ex-région Languedoc-Roussillon est la 3e région la plus pauvre de France avec un taux de pauvreté de 19,4 %.

Avant la fusion avec Midi-Pyrénées, le conseil régional avait mis l’accent sur le développement économique et l’éducation consacrant 77€ par habitant dans les dépenses d’équipements (lycées, autoroutes, infrastructures ferroviaires…) alors que la moyenne nationale se situe à 38 € par habitant (3). La réforme des régions va indubitablement ralentir ces dépenses d’équipements. En effet, l’objectif annoncé est clair, il s’agit de
réaliser des économies d’échelles.

Deuxième plus grande région de France, la nouvelle région Occitanie est plus grande qu’un état comme l’Irlande mais dispose d’un PIB inférieur à celui d’un état comme la Roumanie, difficile donc de mener des investissements de modernisation économique avec de telles contraintes.

La nouvelle région Occitanie dispose aussi d’atouts de taille qui peuvent lui permettre de se démarquer des autres régions françaises et de devenir une région avec un impact économique à l’échelle de l’Europe. L’Occitanie est la première région française dans la recherche et le développement disposant de deux pôles universitaires majeurs en Europe : Toulouse et Montpellier, un troisième pôle est en cours de développement à Perpignan. C’est aussi la première région bio de France avec le premier vignoble au monde en terme de production viticole. Le tourisme est également un secteur majeur dans l’économie régionale représentant 12,7 % du PIB régional. Mais si l’Occitanie est la région touristique la plus fréquentée de France, elle parvient mal à capter l’ensemble des retombées financières liées au tourisme. Ainsi l’Ile de France parvient à retirer du tourisme 38,8 milliards d’euros de bénéfices là où l’Occitanie n’en retire que 14 milliards d’euros. Le tourisme est ainsi une manne économique pour la région mais cette manne demeure encore trop peu exploitée.

L’ancienne région Languedoc-Roussillon concentre aussi un certain nombre de ménages aisés voir très aisés et concentre ainsi de fortes inégalités de revenus. Ainsi, les 10 % les plus riches gagnent 8,5 fois plus que les 10 % les plus pauvres, un écart plus que conséquent faisant du Languedoc et du Roussillon les régions les plus inégalitaires de France après la Corse. Ainsi, l’ancienne région Languedoc-Roussillon compte 4 737 contribuables à l’ISF ce qui en faisait la 8e région sur les 25 régions françaises en nombre de contribuables à l’ISF. Or, l’ex-région Languedoc-Roussillon est la 3e région la plus pauvre de France avec un taux de pauvreté de 19,4 %.

Le budget principal de Béziers s’élève en 2018 à 165 millions d’euros, l’ensemble du patrimoine des redevables à l’ISF s’élève à environ 600 millions d’euros.

L’exemple de la ville de Béziers illustre ici parfaitement les inégalités de revenues au sein de la région et l’existence d’une classe sociale aux revenus moyens très largement supérieurs à la moyenne nationale. Béziers est la 15e commune la plus pauvre de France avec un taux de pauvreté de 33,4 %, seulement 19 % d’une classe d’âge obtient le baccalauréat et une personne sur quatre doit renoncer à des soins pour raison financière. Cependant, Béziers est la ville de la région qui compte le patrimoine moyen le plus important par contribuable à l’ISF avec un montant moyen de 1,64 millions d’euros par ménage fiscal, loin devant les autres villes régionales. Ainsi, alors que le budget principal de la ville s’élève en 2018 à 165 millions d’euros, l’ensemble du patrimoine des redevables à l’ISF s’élève à environ 600 millions d’euros (4). Symbole de la prospérité économique d’une infime partie des Biterrois dans une ville où 61 % des habitants ne sont pas imposables sur le revenu.

Une région avec de nombreux atouts

Notre région dispose d’atouts certains pour devenir un pôle économique important en France, en Europe et à l’échelle de la Méditerranée, située à un carrefour de l’Europe du sud, porte d’entrée sur l’Europe centrale et du nord, les intérêts économiques au sein de l’ensemble régional languedocien sont forts. Néanmoins, la région a accumulé un retard certain notamment en terme d’infrastructures de transport et n’a jamais été industrialisé. En basant son économie sur les services, elle a indubitablement fragilisé son tissu économique et social le rendant dépendant des fluctuations économiques mondiales. Cet « effet papillon » de même que les impacts de la mondialisation et de la métropolisation contribuent encore aujourd’hui à ralentir le développement économique régional. Ainsi, les inégalités économiques et sociales plus qu’ailleurs en France, se sont-elles développées, démultipliant les pauvretés. Parallèlement, les richesses ont aussi augmenté, ceux qui gagnaient plus ont gagné encore plus, qu’il s’agisse de particuliers ou d’entreprises. De plus, si le PIB régional est le 5e plus important de France, le PIB par habitant est lui, l’un des plus faibles.

Il demeure néanmoins, une richesse que notre région possède et qui demeure inestimable, la richesse de son patrimoine et de son histoire ainsi que celle de sa culture qui résiste encore et toujours et mieux qu’ailleurs à la mondialisation galopante et si rien que pour cela, la misère n’était-elle pas plus belle au soleil ?

Samuel TOURON