Chronique : La guerre des Cévennes, révolte des protestants du Languedoc

L’historien Samuel Touron aborde un pan important de l’histoire de notre région : la révolte des Camisards, un fait particulièrement marquant en Languedoc qui se déroula à partir de la révocation de l’édit de Nantes en 1685 en Cévennes.

Région périphérique du Royaume de France, la province du Languedoc fut des siècles durant, une terre lointaine, mal contrôlée et peu comprise par le pouvoir central francilien. Entretenant d’abord avec l’arianisme (une branche du christianisme qui existait jusqu’au XIe siècle), puis avec le catharisme et le calvinisme, une religiosité différente de celle pratiquée par la monarchie, les répressions et révoltes ont fait dans la région, plus que nulle part ailleurs en France, un nombre incalculable de morts. L’épisode de la guerre des Cévennes aussi appelée révolte des Camisards constitue un exemple parfait de cette réalité.

Le conflit débute à la suite de la révocation de l’édit de Nantes, remplacé par l’édit de Fontainebleau signé en 1685, et voulu par Louis XIV, « Roi très-chrétien », qui souhaitait voir la foi du Royaume unifiée, entraînant ainsi l’interdiction du protestantisme. L’entrée en vigueur de l’édit de Fontainebleau met fin à 87 ans de paix religieuse en France entre catholiques et protestants alors que le pays avait été ravagé par les guerres de religions entre 1562 et 1598.

Dès 1685, des assemblées clandestines appelées, « assemblées du désert », sont tenues afin de célébrer le culte protestant. La répression royale se met alors en place.

Agrippa d’Aubigné dans son oeuvre fameuse, Les Tragiques, nous en donne l’atroce décor. L’imposition de la foi catholique partout dans le Royaume entraîne la reprise de violences face aux protestants, dans un pays qui ne s’est pas encore remis démographiquement, économiquement et mentalement des guerres de religion. L’annonce de la révocation de l’édit de Nantes, suscite ainsi une forte crainte et une levée de boucliers chez les protestants. Dès 1685, des assemblées clandestines appelées, « assemblées du désert », sont tenues afin de célébrer le culte protestant. La répression royale se met alors en place.

Les Cévennes sont une terre protestante depuis le début du XVIe siècle, les idées protestantes ont pénétré la région dès 1530 et de nombreuses villes se sont entièrement converties à la Réforme. Particulièrement éprouvées par les guerres de religion, les Cévennes sont une terre encore meurtrie à l’annonce des répressions royales face aux protestants à partir de 1685.

Au début du XVIIIe siècle, 84 protestants ont été officiellement exécutés, une cinquantaine ont été envoyés aux galères et au moins trois cents déportés aux Amériques. »

Les Cévennes constituent une région particulièrement intéressante pour mener une révolte. Terre de garrigues et de forêts aux paysages abrupts situés entre le Gard, la Lozère et l’Ardèche, il y est particulièrement facile de se cacher et de conduire des actions de guérilla. C’est sur ces terres que pénètrent en 1683, les 20 000 fusiliers et dragons du roi, chargés de convertir de force les protestants au catholicisme. La méthode des dragons pour obtenir la conversion des réformés consiste à s’installer chez l’habitant et à exercer toutes les violences possibles, pouvant aller jusqu’à la mort si la conversion ne peut être obtenue. Tout est bon pour obtenir l’abjuration des protestants, on n’hésite pas à piller, violer, torturer, etc.

En Languedoc, les dragonnades sont particulièrement violentes commençant dès 1683, soit avant l’annonce de l’édit de Fontainebleau, dans la région du Chambon-sur-Lignon et du Mazet-Saint-Voy. En 1685, les dragonnades débutent dans le reste du Languedoc et se concentrent plus particulièrement sur les Cévennes. Au début du XVIIIe siècle, près de 84 protestants ont été officiellement exécutés, une cinquantaine ont été envoyés aux galères et au moins trois cents déportés aux Amériques. De très nombreux calvinistes furent également emprisonnés notamment à Aigues-Mortes dans la tristement célèbre, tour de Constance. En 1702, les protestants cévenols, exaspérés, ayant souvent tout perdu lors des dragonnades, prennent les armes, menés par un « prophète » qui aurait été visité par « l’esprit de prophétie ». Celui-ci lui ayant ordonné de chasser les dragons et les prêtres catholiques des Cévennes.

La configuration du conflit en fait l’une des premières guérilla de l’histoire moderne et contemporaine, les camisards frappent de manière ponctuelle, en escarmouche, des cibles catholiques.

Le 24 juillet 1702 au Pont-de-Montvert, en Lozère, une soixantaine d’hommes armés de faux et de sabres, conduits par Abraham Mazel demandent la libération des prisonniers protestants torturés par l’abbé François de Langlade du Chayla. Face au refus de l’abbé, les camisards le poursuivent et l’abattent, c’est le début de la guerre.

Qui étaient les camisards qui tinrent tête au roi de France ? Les archives montrent qu’ils s’agit dans l’ensemble de jeunes gens, issus du peuple, bergers, tisserands, fermiers, cardeurs de laine, on retrouve l’ensemble des métiers du Languedoc populaire. Face au vingt mille soldats du roi, ils ne furent jamais plus de trois, pourtant durant près de neuf ans ils surent résister à ce qui était alors la plus grande armée au monde. Qualifiés de fanatiques par les troupes royales, les camisards tiennent leur nom de « camiso » chemise en occitan, vêtement qui leur permettait de se reconnaître mutuellement.

La configuration du conflit en fait l’une des premières guérilla de l’histoire moderne et contemporaine, les camisards frappent de manière ponctuelle, en escarmouche, des cibles catholiques. Les camisards assassinent ainsi les prêtres et brûlent les églises, massacrant, par exemple, les quarante habitants catholiques du village lozérien de Fraissinet-de-Fourques en 1703.

Face au cercle vicieux de la violence, nombre de protestants choisiront l’exil, un grand nombre d’entre eux trouvent ainsi l’exil en Suisse, terre calviniste, mais également aux Provinces-Unies et en Angleterre. »

En réponse, les troupes catholiques se montrent intransigeantes et se livrent aux pires exactions. Les camisards sont exécutés sans jugement, le plus souvent par pendaison, mais aussi par le supplice de la roue et le bûcher. L’objectif est de décourager tout acte de rébellion ou de soutien aux camisards chez les protestants. Il s’agit de marquer les esprits et de montrer sa détermination. Un grand nombre de villages et bourgs du Vivarais sont incendiés et leurs habitants déportés vers les Amériques. Ils formeront notamment l’importante communauté huguenote des États-Unis, aujourd’hui encore soucieuse de préserver sa mémoire.

À Nîmes, le 1er avril 1703, une vingtaine de protestants, célébrant en secret la fête des Rameaux dans un moulin du canal de l’Agau, sont encerclés par les troupes catholiques et brulés vifs dans le moulin, avec femmes et enfants. L’évêque de Nîmes aurait alors déclaré que ce massacre : « Était un exemple nécEssaire pour arrêter l’orgueil de ce peuple » (Ndlr : les protestants). Le terme de peuple témoigne du climat belliqueux de l’époque, les protestants étant considérés comme « un autre peuple », un ennemi intérieur qu’il faut exterminer. Face au cercle vicieux de la violence, nombre de protestants choisiront l’exil, un grand nombre d’entre eux trouvent ainsi l’exil en Suisse, terre calviniste, mais également aux Provinces-Unies et en Angleterre. À partir de 1703, ces pays, soucieux de venir en aide aux protestants envisagent de préparer un débarquement sur le port de Sète, les défenses françaises les en dissuadent finalement.

Il fallut cependant attendre 1789 et la publication de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen pour que la liberté religieuse soit instaurée… »

Les combats se poursuivent jusqu’en 1704, menés par Jean Cavalier, brillant homme d’armes, qui conduisit les combats dans la Vaunage notamment lors de la bataille de Nages. Souhaitant s’imposer par la force, les troupes royales sont mises en difficulté par les protestants et pratiquent une politique de la terre brûlée en Languedoc afin d’épuiser les camisards et les protestants. Néanmoins, cette politique ne fonctionnant pas, les troupes du roi acceptent de négocier une paix avec les camisards à laquelle souscrit Jean Cavalier et ses troupes, à Nîmes, le 16 mai 1704. La plupart d’entre-eux se réfugient en Suisse. La guerre est alors officiellement terminée.

Cependant, les combats, certes plus sporadiques, se poursuivent jusqu’en 1710, date à laquelle Abraham Mazel est capturé et exécuté près d’Uzès. Les principaux chefs camisards dont torturés puis exécutés. Défaits, les camisards déposent les armes, les persécutions contre les protestants se poursuivront jusqu’à 1787 et la publication de l’édit de Versailles par Louis XVI. Cet édit permit aux non-catholiques de pouvoir pratiquer leur culte et de s’inscrire sur l’état civil. Il fallut cependant attendre 1789 et la publication de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen pour que la liberté religieuse soit instaurée, mettant fin à plus de deux siècles de persécutions subies par les protestants de France.

Samuel TOURON