Catalogne : Pour Louis Aliot c’est « Catalans d’accord mais Français d’abord ! »

Louis Aliot, sur un marché des Pyrénées-Orientales. Photo D.-R.

Le député FN des Pyrénées-Orientales et conseiller municipal de Perpignan, Louis Aliot, s’exprime sur la crise en Catalogne… Né en 1969 à Toulouse et compagnon de Marine Le Pen, il est aussi vice-président du Front national. Il s’est inquiété que la situation dans la province voisine ne vienne « polluer les débats » en France…

Qu’est-ce qui vous incite à craindre une « contagion » de la fronde catalane dans les Pyrénées-Orientales ?

Je ne crains pas la contagion mais l’agitation de quelques extrémistes sans limite. Ici les candidats catalanistes indépendantistes ont fait 1,5% il y a quatre mois aux dernières élections. Il se vendent au gré des élections à droite ou à gauche selon leurs petits intérêts mais ne représentent qu’une infime minorité des catalans, qui dans les P.-O. votent majoritairement pour nous. Ils passent des accords avec le PS ou avec les LR sans que l’on sache très bien les contreparties.

Nous avons même eu la surprise de voir deux députés d’En Marche, dont l’un adjoint au maire de Perpignan, signer un contrat d’engagement secret sur la mise en place d’un statut d’autonomie pour l’avenir. Secret vous avez bien entendu ! Qui a été révélé après les élections…C’est dire les méthodes employées…De plus, il se trouve que l’un de ces groupes indépendantistes est mené par un ancien de Terra Lliure qui fait de l’activisme en permanence avec, semble t-il, l’argent de la Généralitat (organisation politique de la communauté autonome de Catalogne, NDLR).Ce que je trouve assez particulier. J’ajoute que les liens d’argent entre la Catalogne du Sud, l’Andorre et Perpignan n’ont pas révélé tous leurs secrets. Un jour, nous saurons, peut-être…Dans tous les cas, nous restons vigilants. Notre devise : Catalans d’accord mais Français d’abord !

Avez vous discuté de cela avec les catalanistes ?

J’ai des amis catalanistes et non catalanistes en Espagne. Je suis triste pour eux car dans les familles les divisions se font profondes et durables. A Perpignan, il y a des défenseurs de l’identité et de la culture catalanes que je ne confonds pas avec les catalanistes. Ce sont des amis et savent très bien que le plus grand danger pour nous est l’immigration massive extra-européenne, qui emportera par son flux grossissant toutes les cultures et même in fine la République française.

Comment ressentez-vous la réaction de vos administrés, en tant qu’élu de ce département ?

Louis Aliot, vice-président du Front national. Photo D.-R.

Ils sont éloignés de l’imbroglio barcelonais et catalan, même s’ils sont comme moi, à la fois curieux et inquiets pour la suite et pour les amis que nous avons là-bas. J’espère qu’ils sauront trouver la voie du dialogue et que tous banniront la violence politique. Malheureusement, avec l’extrême-gauche de la CUP, pas grand chose à faire semble-t-il. Mais, honnêtement, je ne vois pas comment une minorité, même importante, pourrait imposer une indépendance de fait, aujourd’hui illégale, en se coupant du monde ?

Comment peuvent-ils écarter une grosse moitié de leurs frères catalans, très certainement majoritaire, de cette tentative indépendantiste quasi-autoritaire ? Je suis sidéré de la manière dont ils écartent les principes démocratiques élémentaires…De ce point de vue là, je suis inquiet car ils prouvent qu’ils sont déterminés…Il faut donc de nouvelles élections et un dialogue voire une médiation interne à l’Espagne, peut-être des personnalités ou d’autres régions… Cette constitution espagnole de l’après-dictature franquiste a été acceptée par toutes et tous, Catalans compris. Elle est le contrat social et de paix entre espagnols après une guerre tragique et fratricide. J’espère qu’ils sauront renouer le dialogue pour une réconciliation qui les rendra plus forts.

Ne pensez-vous pas que Madrid par son attitude intransigeante a poussé à cette radicalisation de la Catalogne ?

Madrid et les Espagnols n’y sont pour rien. L’Espagne, c’est une grande histoire, un grand peuple et une grande nation. Le PP (parti de droite, au pouvoir à Madrid, NDLR), oui, a une responsabilité écrasante, car il est durement affaibli par les affaires et son autorité est très faible. L’Union européenne aussi.

Elle a poussé financièrement les autonomismes et les indépendantismes contre les Etats-nations et maintenant critique les conséquences de sa folle politique. Cette UE n’est pas démocratique et par son fonctionnement autoritaire menace aujourd’hui la paix au sein même de l’Europe. Ce qui est un comble. Je n’évoque même pas Podemos (parti d’extrême gauche en Espagne, la maire de Barcelone, Ada Calau en est membre, NDLR) qui joue sur les peurs et en rajoute au désordre ambiant en espérant une explosion générale dont ils espèrent un bénéfice. Peut-être que l’Espagne, après ces événements, connaîtra-t-elle une recomposition politique ? C’est souhaitable…

Le Pays Basque a obtenu plus de concession après des années de violence que la Catalogne en respectant les institutions. N’est-ce pas l’un des problèmes ?

C’est en ce sens que les négociations doivent s’ouvrir…Les Basques, aujourd’hui alliés du PP, peuvent jouer un rôle de médiation. J’espère que ce n’est pas trop tard…

Comment pensez vous que la situation va évoluer en Catalogne ?

Je souhaite le meilleur pour l’Espagne et la Catalogne dans un avenir de paix et de réconciliation nationale. C’est important pour tout le monde. Si le député des P.-O. que je suis peut faire quelque chose, je le ferais avec plaisir. J’exhorte mes amis des deux catalognes à se parler et à s’unir pour l’avenir car je pense que les périls qui menacent la France, l’Espagne et l’Europe sont beaucoup plus importants que les divisions actuelles.

Propos recueillis par Philippe MOURET
(par mails)
On peut lire, en contrepoint, l’enquête menée par Le Monde dans les Pyrénées-orientales après le référendum en Catalogne.