Rencontres Espagnoles : “Nous voulons réveiller les gens sur ce que sont la dictature et la violence”

Secrétaire d’Etat à la mémoire démocratique d’Espagne, Fernando Martinez Lopez sera présent ainsi que l’ex-ministre Najat Vallaud-Belkacem et Michaël Delafosse, maire de Montpellier. Des figures tutélaires de la résistance espagnole seront au coeur de la manifestation à l’instar de Mirò ou Garcia Lorca, du 8 au 13 octobre, lors des 7e Rencontres Franco-Espagnoles à Montpellier. Une oeuvre de salubrité.

Présidente de Voix de l’Extrême, Manuella Parra organise cet événement pour la 7e fois avec “un peu d’inquiétude” concernant la crise dans les lycées “mais je comprends les revendications des jeunes”. Pour autant, ce ne sera pas perdu : le programme toujours complet et intéressant de cette semaine unique sera réalisé à “un autre moment”. Ce festival, qui refuse du monde, a un timbre bien à lui ; qui donne de la voix sans crier gare et qui rencontre toujours un écho favorable. Et surtout participe d’une prise de conscience. Des jeunes. De gens autour de la quarantaine dont certains ascendants ont vécu la Guerre d’Espagne, commencent à s’intéresser à leur parcours. De souffrance et de résistance.

“On pourrait remplir d’autres lieux comme la salle Rabelais”

La mairie de Montpellier de s’y est pas trompée qui aide beaucoup ce festival qui a du sens, notamment en prêtant des locaux comme la Médiathèque Emile-Zola, la maison des Relations-Internationales… Plus de 500 étudiants ont été sensibilisés l’année dernière pendant le festival. Et des centaines le sont tout au long de l’année. Si ces bénévoles de Voix de l’Extrême étaient davantage aidés, “on pourrait remplir d’autres lieux comme la salle Rabelais”, dit l’intéressée.

“Une reconnaissance à nos parents et grands-parents, aux nôtres qui se sont battus pour la liberté”

Philosophe, ce n’est pas la moindre des qualités de Manuella Parra. On a décelé chez elle aussi l’opiniâtreté : “Je suis arrivée à faire venir Fernando Martinez Lopez, secrétaire d’Etat à la mémoire démocratique d’Espagne et ce, au bout de trois ans. Il vient jeudi à notre manifestation, à Montpellier. La ville lui a consacré une belle journée avec entre autres un hommage à un résistant espagnol mort à Montpellier à l’ancienne caserne et ensuite à l’ouverture des Rencontres à 18h30. Je suis aux anges ! C’est une reconnaissance et un hommage à nos parents et grands-parents, aux nôtres qui se sont battus pour la liberté.”

Les dates d’anniversaires sont aussi là pour cela : le thème en est même 1936-2026, Réveillez les Mémoires. Et comme pour autres éditions, “la culture est en coeur de cet engagement. Cette année nous faisons une focale sur Mirò. Qui réalisa de célèbres tableaux sur la résistance à l’oppression et à la dictature. Qui fut très engagé.” 

Conférences, lectures, projections, récitals…

À travers des conférences, lectures, projections, témoignages et récitals, le festival invite plus largement à partager une programmation culturelle mettant en valeur les valeurs républicaines et la résistance face aux dictatures : récital, des projections, celle du film Josep et du film Sept Jours ; une expo sur la guerre d’Espagne, etc. Et même l’intervention de l’ex-ministre Najat Vallaud-Belkacem, présidente de Terre d’Asile. Sur le thème Réfugiés, ce qu’on ne nous dit pas. Dis-Leur vous avez donné son interview ICI où elle démonte puissamment les préjugés envers les réfugiés.

Parmi les rendez-vous remarquables, cette année, il y a celui donc avec le peintre Joan Miró, qui, avec son langage pictural universel, exprime l’espoir, la douleur et la révolte d’un peuple confronté à la dictature ; Federico Garcia Lorca, poète et dramaturge, dont l’assassinat en 1936 est devenu l’un des symboles les plus tragiques de la répression. À travers son œuvre, il incarne encore aujourd’hui la liberté et la force de la parole face au silence imposé ; Josep Bartoli, dessinateur et peintre qui témoigne de l’exil et de l’horreur de l’internement dans les camps en France.

“Réveiller sur ce que sont la dictature et la violence”

Manuella Parra, qui intervient tout au long de l’année dans les lycées et collèges, revendique : “Nous voulons réveiller les gens sur ce que sont la dictature et la violence. On abordera l’hommage à Frederico Garcia Llorca, poète et dramaturge espagnol, mort en 1936. Il y aura un film à diffuser de Magali Negroni où l’on aborde son implication dans la république espagnole, son homosexualité, etc. On ne voit aussi comme un musicien. Il y a aussi des chants flamenco populaires de Séville, des vrais pas des touristiques.”

Un film, Entre deux Frontières, réalisé par des étudiants français et espagnols

Adossées à cet hommage, les Rencontres aborderont aussi “la question des disparus et de l’effacement de la mémoire qui sont le propre des dictateurs”. Et : “Des élèves du lycée Mermoz avec qui j’avais travaillé l’année dernière ont fait un Erasmus + Jeunes espagnols de IES Isidra de Guzmán et ces jeunes Montpelliérains ont réalisé un film ensemble : Entre Deux Frontières, une Mémoire.” Les premiers sont allés interroger des gens sur les pas de la Guerre d’Espagne, le front, les fosses communes. Leurs homologues espagnols sont venus ici faire la même chose. A moment donné, un couple sort de voir le tableau de Guernica et en pleure d’émotion quand on leur tend le micro pour expliquer ce qu’il représente… “C’est un vrai bonheur de travailler avec ces élèves et les profs de Mermoz qui sont très engagés. Ce film  sera présenté en ouverture devant Fernando Martinez et le maire de Montpellier.”

“Je mets beaucoup en valeur les jeunes. Contrairement à ce que certains disent, ils s’intéressent et même savent s’insurger.” L’actualité en est une preuve. L’association est entre autres Labellisées España en Libertad, les Rencontres sont de plus en plus tournées vers la transmission. Ce qui n’est pas neutre à l’heure de la multiplication des régimes autoritaires.

Olivier SCHLAMA

Depliant - Rencontres Franco -Espagnol 7e édition vf1