Après le mégafeu de forêts en Gironde, le mégafeu dans le secteur de la pâte à papier en Paca et Occitanie : 660 emplois directs sont menacés ; la filière et plusieurs milliers d’emplois indirects pourraient disparaître. Un possible repreneur a deux jours pour sauver auprès du tribunal de commerce l’un des deux sites, à Saint-Gaudens. Carole Delga se montre toujours aussi combative.
Carole Delga ne lâche pas le combat : “Tant qu’il y a un espoir, il faut continuer à se battre sans relâche pour notre industrie et sauver des emplois”, formule la présidente de Région, à l’issue de l’audience du tribunal de commerce de Toulouse qui a rejeté ce matin l’offre de reprise de Fibre Excellence. Celle-ci avait été déposée par le groupe Combat Holding de Matthieu Pigasse et a requis une liquidation en ce qui concerne le site de Tarascon (Bouches-du-Rhône).
Délégué CGT, Jean-Michel Bulinge critique : “Nous avons beaucoup d’amertume, dit-il, laissant entendre que le fait que Matthieu Pigasse, ait été qualifié de “Robin des Bois” et de Shériff de Sherwood par le gouvernement, a joué dans la décision du tribunal. Le gouvernement n’a pas joué son rôle.” Et la filière bois risque fort de disparaître.
“La trésorerie de l’entreprise appartient à ceux qui l’ont remplie, aux salariés”

S’agissant du site de Tarascon, Jean-Michel Bulinge se montre combatif jusqu’au bout : “A 99,9%, la liquidation judiciaire sera prononcée. Le site reste et restera bloqué ; on ne lâchera rien ; on a déjà vu des reprises d’entreprises à la barre du tribunal comme après la liquidation. Et puis s’il le faut on se battra pour que les salariés, si cela en doit être ainsi, puissent partir avec le maximum d’argent et, s’il le faut, nous nous battrons face aux liquidateurs. La trésorerie de l’entreprise appartient à ceux qui l’ont remplie, aux salariés.” Jean-Michel Bulinge ne souhaite pas dire de qui il s’agit.
Du côté de Carole Delga, on explique que “le tribunal a toutefois pris en compte la lettre d’intention déposée par un industriel pour la reprise du site de Saint-Gaudens (Haute-Garonne), accordant un délai de 48 heures pour le versement d’une somme de 2 M€ consignée sous forme de garantie. Ce versement conditionne l’octroi d’un sursis jusqu’à fin août pour présenter une offre de reprise crédible.”
D’ici mercredi, chaque heure compte. Nous travaillons à cette nouvelle offre de reprise qui porte une réelle vision industrielle pour le site commingeois”
La présidente de Région ajoute : “J’ai avant tout une pensée très émue pour les salariés du site de Tarascon ainsi que pour leurs familles. Avec la Région Sud, nous nous sommes battus à leurs côtés, contre vents et marées depuis huit mois, pour tenter d’assurer la survie des deux sites. Je partage leur colère de constater que dans notre pays, malgré les promesses, il est si difficile de maintenir l’activité industrielle.”
Dès les premières difficultés rencontrées, la Région Occitanie a mené un travail “colossal” depuis des mois pour trouver des investisseurs, acteurs économiques et industriels et construire un projet sérieux de reprise de l’entreprise. “Matthieu Pigasse (groupe Combat Holding) a été le premier à répondre positivement.”

“Cette dynamique collective et la mobilisation de la filière bois ont permis de garder espoir, même si le tribunal a considéré que ces avancées ne suffisaient pour sauver l’ensemble de l’emploi et de l’activité. Il autorise cependant aujourd’hui un groupement d’industriels à imaginer la reprise du site de Saint-Gaudens, et donc aux salariés et au territoire d’espérer.” Et : “D’ici mercredi, chaque heure compte. Nous travaillons à cette nouvelle offre de reprise qui porte une réelle vision industrielle pour le site commingeois. Elle doit permettre de sauver des emplois, d’assurer un avenir pour la filière française de la pâte à papier et plus largement pour notre souveraineté industrielle. Avec la même détermination, les Régions Occitanie et Sud demandent à l’État d’empêcher le démantèlement du site industriel de Tarascon.”
Un travail “acharné” de la région Occitanie
En juin, après moult péripéties, un investisseur français “de tout premier plan”, Matthieu Pigasse, avait suscité l’espoir parmi les salariés et la filière pâte à papier-bois en France, via la reprise de Fibre Excellence, placée en redressement judiciaire depuis le 27 avril. L’entreprise qui emploie 670 personnes sur les deux sites, l’un à Tarascon, dans les Bouches-du-Rhône, le second à Saint-Gaudens (Haute-Garonne) était toujours à la recherche d’un repreneur capable de maintenir en vie ces dernières usines françaises de pâte à papier.
Grâce à cette nouvelle à l’époque encourageante, le tribunal de commerce de Toulouse avait donné un délai de trois semaines supplémentaires pour sauver cette filière dans laquelle Carole Delga et la région Occitanie ont mené un travail “acharné”. Pour les syndicats, c’était “un signal important et encourageant qui permet aujourd’hui d’envisager l’avenir sous un autre jour”. Mais avec cette décision du tribunal d’aujourd’hui, patatras.
Occitanie et Paca auraient abondé la reprise avec 8 M€

La pression s’était accentuée sur l’Etat ces derniers mois. Le propriétaire de ces usines, l’indonésien Jackson Wijaya, dont la famille contrôle le géant mondial du papier Asia Pulp ans Paper, Fibre Excellence avait reçu une offre de reprise formulée par l’équipe dirigeante. Mais que le ministre de l’Industrie, Sébastien Martin, avait jugée “insuffisante” lors des questions au gouvernement le 9 juin à l’Assemblée nationale, estimant que cette proposition n’est pas soutenue par un acteur industriel.
Cette prise de position du gouvernement est intervenue alors que les régions Occitanie et Paca, la Métropole de Rouen et les syndicat CFDT, CGT et FO avaient adressé un courrier commun au Premier ministre, Sébastien Lecornu, pour réclamer une intervention urgence de l’Etat : la disparition de Fibre Excellence plomberait la filière et menacerait directement 10 700 emplois.
Relèvement du tarif de rachat de l’électricité
Ce projet de reprise pour lequel les deux régions auraient abondé pour 8 M€ accompagnées par plusieurs partenaires restait conditionné à des décisions relevant de l’Etat : entre autres, le relèvement du tarif auquel EDF rachète l’électricité produite par Fibre Excellence en marge de son activité principale mais aussi un soutien financier à cette reprise. Mais le 12 juin, la réponse du gouvernement n’a convainc aucun des acteurs mobilisés autour de ce sauvetage. Du coup, région et syndicats avaient organisé une conférence de presse commune fustigeant le manque d’engagement du gouvernement. En vain.
Il y a quelques jours encore, élus locaux et syndicats avaient à nouveau interpellé le président Macron sur l’avenir de Fibre excellence s’inquiétant : “Quels sont les engagements de l’Etat pour rééquilibrer le marché du bois et garantir la viabilité du projet de reprise ?”
“Ce qui manque, c’est que l’État assume les conséquences des politiques qu’il a lui-même mises en œuvre”
“Depuis plusieurs années, les politiques publiques ont profondément déséquilibré le marché du bois. Le développement massif et fortement subventionné du bois-énergie, sans sécurisation préalable des volumes destinés au bois d’industrie, le retard de la transposition de la directive RED III et la diminution des volumes issus des forêts publiques ont provoqué une augmentation de 50% du coût du bois. Ce surcoût est aujourd’hui estimé à plus de 25 M€ par an pour Fibre Excellence”, ont ainsi signé tou(te)s les patron(ne)s des grandes centrales syndicales.
“Aujourd’hui (…), avaient-ils encore écrit comme une bouteille à la mer, le financement de la reprise est construit. Un projet de diversification est sur la table pour permettre, dès 2028, d’ouvrir de nouveaux marchés. Ce qui manque aujourd’hui, ce n’est ni un investisseur, ni un projet industriel. Ce qui manque, c’est que l’État assume les conséquences des politiques qu’il a lui-même mises en œuvre.”
“M. le Président, l’heure n’est plus aux effets de tribune. L’heure est à la responsabilité…“

“Le ministre annonce que des centaines de millions d’euros d’aides seraient mobilisées par l’Etat. Ce serait une excellente nouvelle, mais à ce jour, la seule mesure ayant un effet direct sur la compétitivité est la revalorisation du contrat CRE, évaluée à environ 8,5 millions d’euros par an, alors même que le seul surcoût du bois dépasse 25 millions d’euros par an.”
Depuis des mois, les salariés et les élus locaux se battent avec dignité pour sauver leur outil de travail et l’industrie française. Ils n’ont jamais demandé que l’État finance un investisseur. “Ils demandent que l’État rétablisse les conditions de concurrence qu’il a lui-même profondément déséquilibrées.”
Pour garantir la viabilité du projet de reprise, “il faut rééquilibrer la situation de l’entreprise le temps que les projets d’investissement voient le jour. Il faut donc, en plus de la révision du contrat CRE, dégager environ 20 M€ par an pour éviter que l’entreprise ne soit déficitaire au moment même où elle doit réaliser des investissements cruciaux pour son avenir. Pour ce faire, nous avons adressé de nombreuses propositions techniques à vos ministres et à vos services. M. le Président, l’heure n’est plus aux effets de tribune. L’heure est à la responsabilité…”
Olivier SCHLAMA