Pour le président du département, Michel Pélieu, l’ouvrage, rendu possible que par la volonté de Vincent Mir, l’ex-maire de Saint-Lary-Soulan, situé à 1 800 mètres d’altitude, a permis de fluidifier les échanges et joue un rôle important pour relier France et Espagne et être reconnu au niveau européen. Et le tourisme en bénéficie des deux côtés des Pyrénées.
Aucune commodité routière n’existait entre le Département des Hautes-Pyrénées et l’Espagne avant le tunnel d’Aragnouet-Bielsa qui se situait sur un projet de voie de transport européenne Hambourg-Madrid. Une révolution à l’époque. Ce n’est que l’aboutissement d’une vieille histoire : il faut se rappeler de la suzeraineté des rois d’Aragon, il y a 600 ans, qui préfigurait cette logique en multipliant les échanges culturels, commerciaux entre la Vallée d’Aure (Hautes-Pyrénées) et l’Espagne. Mieux : la chapelle d’où est partie la route vers ce tunnel était jadis protégée par les chevaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem. C’était il y a 800 ans…
“Pouvoir échanger et communiquer d’un versant à l’autre”

Plus près de nous, il y a 50 ans – l’anniversaire sera le 5 novembre 2026 – que s’est concrétisé l’ouvrage situé à 1 800 mètres d’altitude. “Relier les deux pays était une nécessité”, pose Michel Pélieu, président du département des Hautes-Pyrénées. “La Péninsule ibérique est isolée et demande depuis longtemps une traversée centrale des Pyrénées, mais qui pourrait la payer ? Mais avec des liaisons comme le tunnel d’Aragnouet-Bielsa, cela offre une alternative intéressante. Notamment pour nos amis espagnols : les Pyrénées ont besoin de pouvoir échanger et communiquer d’un versant à l’autre.”
“Sans Vincent Mir, ce tunnel n’aurait jamais vu le jour”

Michel Pélieu va plus loin. Sur le plan social, “cela a créé des liens entre les deux versants et souvent des liens de familles. Beaucoup de familles aragonaises avaient quitté l’Espagne pour s’installer dans nos vallées.” Il salue l’action “déterminante” de Vincent Mir, le maire de Saint-Lary-Soulan, à l’époque, “qui n’est pas né en Espagne ; il était originaire du territoire situé juste derrière le tunnel. Sans lui, ce tunnel n’aurait jamais vu le jour. Il fréquentait beaucoup le versant espagnol où il avait ses origines et qu’à chaque fois il devait faire un grand tour. Le percement de la montagne à cette altitude-là n’était qu’une hypothèse de travail”.
Cas d’école montrant que sans volonté politique forte, on est condamnés à être enclavés
Est-ce, ce tunnel l’expression d’une volonté politique forte ? Une construction de l’Europe par le bas. C’est un cas d’école montrant que sans volonté politique forte, on est condamnés à être enclavés. “C’est cela. La Péninsule ibérique se sent isolée du reste de l’Europe. Ce projet vient de la volonté politique forte de Vincent Mir, il y a 60 ans, qu’il a faite partager aux élus du conseil départemental, principal financeur avec la commune d’Aragnouet qui avait apporté deux millions de francs à l’époque.”
C’est une plus-value à l’attractivité touristique. C’est pour cela que nous créé des road-trip sur les versants Sud et Nord des Pyrénées pour aller à la découverte des grands sites espagnols et français, de la gastronomie…”
Le département avait apporté le reste des 12 M€ du coût initial qu’a nécessité cet ouvrage. Qui “apporté une vraie bouffée d’oxygène, un poumon, au niveau de l’économie locale et du tourisme. C’est un atout remarquable, c’est une plus-value à l’attractivité touristique. C’est pour cela que nous créé des road-trip sur les versants Sud et Nord des Pyrénées pour aller à la découverte des grands sites espagnols et français, de la gastronomie. Ils connaissent un grand succès.”

Ce n’est pas tout. “Ils nous assurent aussi une grande visibilité auprès de publics lointains comme auprès de tous les amoureux des grands espaces et de l’art de vivre montagnard. Beaucoup d’Aragnonais viennent chez nous consommer et en vacances, y compris au centre aqualudique Balnéa, à Loudenvielle (Hautes-Pyrénées), ouvert il y a 20 ans, elle-même inspirée de Caldéa en Andorre. Evergétiste responsable, Michel Pélieu, a eu cette idée géniale en se référant, certes, au précurseur andorran, Caldéa, mais aussi en faisant du bench marketing en Allemagne, Autriche… “On avait de l’eau thermale sous nos pieds que l’on voulait mettre en avant, le succès ne se dément pas”, dit Michel Pélieu.
Une seule structure juridique qui a permis d’obtenir des fonds de l’Europe


Cet ouvrage transfrontalier, qui fête ses 50 ans entre France et Espagne, n’était ouvert à l’origine que l’été. Il est depuis quelques années l’hiver. C’est Michel Pélieu qui avait milité dans ce sens, à son arrivée au département, en 1985, ce qui a “renforcé les relations économiques entre les deux versants. Il est aussi utilisé par les transporteurs pour ramener des céréales en Espagne, même si ce n’est pas sa vocation première”, confie Michel Pélieu.
Le président du département a aussi milité en 2008 pour que soit constituée une structure juridique – le consorcio entre le gouvernement d’Aragon et le département des Hautes-Pyrénées – qui relie les deux entités d’origine, l’une était française, la seconde espagnole. “A l’origine, chacun entretenait son bout de tunnel (il y avait un manque d’entretien) ; un côté était éclairé, l’autre ne l’était pas ; le côté français avait une porte ; l’espagnol n’en avait pas… Ça manquait de cohésion. J’ai été le premier président de ce consorcio pendant deux ans. Cela nous a aussi permis d’aller chercher des fonds européens pour faire la réfection de ce tunnel pour un coût de 22 M€ dont 11 M€ de l’Europe.” Il ajoute : “Aujourd’hui, ce tunnel est sécurisé, y compris contre l’incendie ; il y a une équipe qui veille en permanence. Quand un camion l’emprunte, on peut le suivre de l’entrée à la sortie grâce à un mur d’images.”
“Canyons en Espagne, le ski dans les Hautes-Pyrénées”

Grâce à cette gouvernance partagée, on a pu amplifier la relation avec l’Espagne. “En 2020, on a créé à la place un GECT, un Groupement européen de coopération territoriale avec la province de Huesca, et notre département. Le but : favoriser le tourisme (les canyons en Espagne, le ski dans les Hautes-Pyrénées…), les échanges gastronomiques, etc. Je me suis ensuite rapproché des Pyrénées-Atlantiques qui ont aussi un GECT avec l’Aragon par le col du Portalet. J’ai proposé à mon homologue des Pyrénées Atlantiques une structure unique à travers un GECT commun à tous pour tout gérer avec la même structure depuis 2018.” Désormais, Michel Pélieu confie qu’il “faut augmenter notre capacité à aller chercher des fonds européens pour nos projets des deux côtés des Pyrénées, à dimension transfrontalière ; l’Etat ayant de moins en moins d’argent.”
“À Piau-Engaly, 20 % à 30 % des skieurs sont Espagnols et, côté espagnol, l’essentiel des touristes sont Français”

Ce tunnel a simplifier la vie des habitants et a fluidifié les échanges. “Il a amélioré considérablement la liaison entre les deux pays. C’est aussi un ouvrage qui améliore le contact humain. C’est donc aussi une liaison émotionnelle parce qu’aussi amicale et familiale de l’après-franquisme qui préexiste des deux côtés. Il a transformé durablement et profondément les liaisons commerciales et touristiques également : à la station de Piau-Engaly, 20 % à 30 % des skieurs sont Espagnols et, côté espagnol, l’essentiel des touristes sont Français.” C’est le directeur des infrastructures transfrontalières GECT Pirineos-Pyrénées qui parle avec autant d’émotion de ces “relations fortes et étroites”. Andrés Olloqui. Bref, c’est un tunnel qui s’imposait dans la géographie pyrénéenne.
Toute une série de festivités prévues

Les comptes sont précis pour cet ouvrage situé dans les Hautes-Pyrénées et qui a bénéficié d’une rénovation de 21 M€ (dont une bonne partie étant financée par des fonds européens) en 2014 notamment au niveau de la sécurité après l’incendie dans le tunnel du Fréjus : “L’an dernier on a comptabilisé 1 070 véhicules par jour. Avec des pointes en été.” Cette idée de percer les Pyrénées à cet endroit-là, sur trois kilomètres, c’est le chemin le plus court pour ceux qui viennent de Cahors et de Toulouse. “C’est un pont entre les deux pays”, formule-t-il.
Pour ces 50 ans, toute une série de festivités sont prévues. Comme le 19 septembre, avec une randonnée de l’accès nord à l’accès sud, par la montagne qui sera récompensée par une paella géante…!
Olivier SCHLAMA