Carnet de campagne : À Bize-Minervois, “on veut rester un village authentique pas un dortoir”

Carole Delga est venue soutenir ce mercredi Benjamin Assié, candidat à la mairie à Bize-Minervois. Ph. Olivier SCHLAMA

Redonner un vrai coeur de ville attractif, stopper les constructions à tout-va, aménager 8 hectares en bordure de la Cesse pour en faire un grand parc, créer un grand marché, etc. Carole Delga, qui s’est rendue ce mercredi dans ce village emblématique pour soutenir Benjamin Assié, élu régional, a souligné la qualité des propositions de cette liste qui challenge le maire sortant. “Ce programme est un exemple”, a jugé la présidente de la Région.

J’ai été impressionnée par la qualité des propositions de cette équipe, la réflexion, l’inclusion des défis à relever pour Bize-Minervois. C’est par ces mots que Carole Delga a expliqué son choix de venir soutenir Benjamin Assié, enfant de ce village et tête de liste pour les municipales, qui est prof d’histoire géo et d’occitan dans un collège à Narbonne. “Je suis allée à Millau, Lodève, Saint-Affrique, Condom, Montpellier”. Sète, aussi. Si elle est très mobilisée pour ces élections, Carole Delga choisit ses points de chute dont les listes “sont en phase” avec sa vision. Bize-Minervois (Aude) est, dit-elle, “un exemple de co-construction” d’un programme et de propositions concrètes pour un village à la croisée des chemins. Comme l’avait été, en son temps, la commune que Carole Delga avait dirigée, Martres-Tolosane, dans le Comminges (Haute-Garonne).

Carole Delga a encore confié : “Ce qui est proposé à Bize-Minervois résonne particulièrement chez moi. Il y a 18 ans, Martres, avec 2 100 habitants à l’époque, était elle aussi à un carrefour. J’y ai stoppé les lotissements et renforcé ce que l’on appelle là-bas le “tour de ville”, parce que le centre-ville est en circulades. Ce qui est important, c’est de le faire de façon apaisée. Sans stigmatiser. Tout le monde a sa place, y compris les nouveaux habitants.”

C’est ce qu’a fait Benjamin Assié, à Bize, qui a travaillé son programme d’initiative citoyenne durant un an avec ses colistiers, organisé 12 réunions et un porte-à-porte régulier “comme dans les grandes villes”. Parce qu’il n’y apas de petites villes et de grandes villes comme il n’y a pas de petites gens… Il n’y a que des grands communs” : Carole Delga a aussi insisté sur un point fondamental : épargner le cadre de vie des avanies : “Je suis attachée, dans un monde très complexe ; avec le réchauffement climatique – on voit les dégâts causés par la tempête Nils en arrivant – dans un moment où la paix est une denrée rare ; où il y a une restriction budgétaire, à ce qu’il n’y ait pas de stigmatisation mais au contraire que l’on construise un espace d’échanges…” Benjamin Assié a validé : “Dans un monde où ça va mal partout au moins que le cadre de vie soit préservé… Avec cette liste nous sommes dans un état d’esprit très positif.” Il évoque même d’une “atmosphère enthousiaste”.

La liste emmenée par Benjamin Assié à Bize-Minervois. Ph. Olivier SCHLAMA

Dans certains villages, l’authenticité guide. C’est avec cet état d’esprit que l’élu régional Benjamin Assié, 45 ans, brigue la mairie de Bize-Minervois. À ce poste de maire, Alain Fabre (SE) qui brigue, lui, son 7e mandat comme élu et un 4e comme premier magistrat (lire ci-dessous). Longtemps, la municipale dans un village comme Bize-Minervois ne mettait en scène qu’une seule liste. “Un jour, ça m’a réveillé la nuit. Il fallait que les choses changent…”

Habitat partagé pour aînés en perte d’autonomie

Alimenté par l’intelligence collective de son équipe, Benjamin Assié propose, lui, pas moins de 89 mesures dont un habitat partagé pour les aînés en perte d’autonomie au coeur du village et un accueil de jour pour les aidants. “La colistière qui porte ce projet est elle-même directrice d’un établissement. L’idée c’est de mutualiser les APL. Ça ne coûte pas grand-chose à la collectivité”, assure Benjamin Assié. Le candidat ajoute : “Ce village est très marqué par la péri-urbanisation ; la perte d’identité. J’aimerais renouveler la politique locale, celle du 21e siècle”, critique Benjamin Assié dont le père avait créé la calandreta locale et qui lui-même a été conseiller municipal pendant dix ans dans ce village de 1 350 âmes et d’un peu plus d’un millier d’électeurs. C’est le cas-type du village qui grandit trop vite, selon Assié. “En quelques années, dit-il, Bize a accueilli de nombreux habitants à la faveur de lotissements, au point-même que les nouveaux arrivants qui s’étaient justement installés parce que le village avait une vraie authenticité et un cadre de vie agréable sont contre de nouvelles constructions.” La modification du Plu a même été la raison de sa propre démission du conseil.

“C’est quoi avoir un esprit village ? Eh bien, c’est avant tout du lien social”

Carole Delga est venue soutenir ce mercredi Benjamin Assié, candidat à la mairie à Bize-Minervois. Ph. Olivier SCHLAMA

Sur la terrasse du Bar de la Promenade, un groupe d’habitués anglais devisent dans la langue de Shakespeare dans cette commune où le RN a attiré 54 % des votants aux européennes. “Nous avons recensé 150 appartements appartenant à des étrangers, notamment des Anglais, que nous avons associés à notre démarche, confie Benjamin Assié. Pourquoi ne pas le faire ? Ils sont du village ! Eh bien ils en ont été tout étonnés. Avec eux, comme avec tous les habitants, nous nous sommes posé la question centrale de savoir c’est quoi avoir un esprit village ? Eh bien, c’est avant tout du lien social.”

Et, selon lui, ça a marché : “Près de 500 personnes sont venues à nos réunions pour parler des projets et une centaine ont répondu en ligne. C’est un beau résultat.” Il illustre aussi le fait qu’avec une volonté politique, on agit positivement : “Dans le centre de santé, les deux médecins étaient au bord du burn out tellement ils avaient du travail ; et les habitants ne comprenaient pas pourquoi ils n’avaient de rendez-vous. Depuis que la région en a repris la gestion il y a deux ans et que les médecins y sont salariés, nous avons désormais quatre médecins partagés avec une autre commune. Et les patients ont rendez-vous dans la journée !”

“Un village languedocien authentique, pas un dortoir”

Les constructions se sont multipliées à Bize-Minervois. Ph Olivier SCHLAMA

“Dans un monde qui n’est pas facile, euphémise Benjamin Assié, avec de plus une crise viticole prégnante, il faut recréer du lien ; travailler sur le cadre de vie, retrouver la dynamique d’un vrai esprit de village, celui d’un village languedocien authentique, pas un village dortoir…” C’est ainsi qu’a émergé deux projets phare : d’abord, “un grand marché hebdomadaire avec des produits locaux”, souligne Laurence Pasotti, elle-même très investie puisque commerçante en tissus sur les marchés et présidente locale du Crédit agricole. Pour cela il faut refaire avant le coeur du village. Un grand marché de référence avec des produits locaux là où aujourd’hui à peine deux ou trois commerces ambulants s’installent. Ce ferait retrouver à Bize-Minervois son lustre d’antan. Benjamin Assié : “Si ce village est sur la ligne SNCF avec une gare c’est parce que jadis c’était le trait d’union entre le Haut-Languedoc et la plaine et à ce titre accueillait des foires importantes. Il avait une importante fonction commerciale…”

“Sur 8 hectares de berges de la Cesse, un grand parc”

La Cesse et ses berges au coeur d’un projet nature à Bize-Minervois. Ph. Olivier SCHLAMA

Le second projet-phare, c’est celui des berges de la Cesse, la rivière à laquelle “tout le monde tourne actuellemment le dos et que nous voulons le mettre au coeur du village ; il y a au total 8 hectares en bordure de la Cesse, à l’abandon ; on peut en faire un grand parc ; on peut s’y promener ; y faire du sport…” 

L’an prochain, ce sera le bicentenaire des fouilles des grottes, notamment la principale, de Bize, ou grottes de Paul Tournal, du nom du naturaliste Narbonnais, inventeur de la préhistoire comme spécialité à une époque, au 19e siècle, où ce concept n’existait pas encore. en mettant au jour des ossements humains, il a prouvé que l’être humain a coexisté avec des animaux disparus (mammouths, rhinocéros fossiles…) Et que l’humanité est plus ancienne que ce qu’affirme la religion qui affirmait que les fossiles d’animaux étaient antérieurs au déluge. “On parlait d’antédiluvien”.  En cela, cette bombe scientifique servit l’autonomie de la science et donc la laïcité. Benjamin Assié aura bien une idée pour mettre en valeur cet inventeur et son invention…

Patrimoine naturel remarquable

Le village compte aussi un patrimoine naturel remarquable : sur les 2 000 hectares de cette commune étendue, la moitié sont des espaces naturels remarquables comprenant deux sites Natura 2000 (le Minervois et les Causses du Minervois) et quatre zones naturelles d’intérêt écologique, faunistique et floristique ! Ce qui en fait un lieu touristique très apprécié. Sans oublier “un fleuron”, a qualifié Carole Delga : qui ne connaît pas la coopérative oléicole l’Oulibo, deuxième site privé touristique d’Occitanie avec ses plus de 100 000 visiteurs chaque année et ses 35 emplois et ses dizaines de producteurs d’olives, comme Dis-Leur vous l’a expliqué ICI ?

Olivier SCHLAMA

Alain Fabre : “Des fermetures d’écoles, si nous n’avions pas construit…”

Alain Fabre est le maire actuel de Bize-Minervois et vice-président du Grand Narbonne. À propos des trop nombreuses constructions que l’opposition lui reproche, il dit : “Si nous ne l’avions pas fait (et nous avons construit des maisons de qualité), nous aurions eu des fermetures d’école parce que nous aurions perdu 300 habitants en 25 ans ; nous aurions perdu des services publics. Bize a toujours tenu un rôle de bourg-centre. C’est historique. Nous étions à une époque 1 700 habitants. Aujourd’hui, nous avons des dentistes, des médecins, des artisans, des notaires, cabinets d’infirmières, etc. Il y a douze ans, nous avons créé un centre de santé qui a intégré le GIE de la Région. Nous sommes environ 1 450 habitants. Nous avons aussi l’un des taux d’activité parmi les cinq plus forts du Grand Narbonne. Bize a gardé son authenticité et n’est pas un village-dortoir. Nous avons su conserver cette âme et cette convivialité.”

Même les nouveaux arrivants sont séduits par l’attractivité de la commune. C’est d’ailleurs la principale raison de leur installation”

Alain Fabre
La calendreta de Bize-Minervois. Ph. O.SC.

À propos du centre ancien, il dit : “Sa revitalisation est mon souci, aujourd’hui. Les enfants de ceux qui habitaient au centre du village souhaitaient rester à Bize mais s’installaient ailleurs. Les gens veulent une maison avec un terrain. Nous avons fait des investissements extrêmement importants.” Il parle de 1 M€, d’acquisitions foncières. 1 M€ dans la rénovation de l’école. Epicerie, opticien, marchand de miels, deux boulangeries… Cette politique commence à payer et on veut la poursuivre. Le PLU a été défini en 2006. Nous n’augmenteront pas le périmètre des zones constructibles (…) On a créé des parkings, etc. Nous allons requalifier pour le prochain mandat les traversées urbaines des deux routes départementales avec des espaces pour les vélos et les piétons pour les mettre en sécurité. A Cabezac, hameau de Bize, nous investissons 800 000 € en travaux. Si la population était moindre, on n’aurait pas pu investir autant. Même les nouveaux arrivants sont séduits par l’attractivité de la commune. C’est d’ailleurs la principale raison de leur installation.”

O.SC.