Municipales : l’Aude, terre de conquête pour le Rassemblement national

La cié de carcassonne, une citadelle à conquérir pour le RN... Photo G.DESCHAMPS - CRTL Occitanie

Dans l’Aude, avec trois députés élus en 2024 sur trois circonscriptions en jeu, le Rassemblement national (RN) se sent d’attaque pour prendre d’assaut des villes qui semblent désormais à sa portée. Si la cible principale est Carcassonne, le parti de Marine Le Pen et Jordan Bardella vise également Narbonne, Castelnaudary, Gruissan, Limoux ou Lézignan-Corbières. Un véritable laboratoire dans la stratégie d’implantation locale du RN…

Six ans après la déconvenue des municipales 2020, véritable coup de frein dans sa progression électorale des dernières années, le RN entend monter en puissance à l’échelle locale avec un nombre record de plus de 750 candidatures (contre 400 en 2020 et 600 en 2014).

Un “test majeur” sur l’implantation du RN dans la vie locale

Dès lors, “les municipales de 2026 s’annoncent comme un test majeur : le RN saura-t-il surmonter ses handicaps structurels pour enfin investir le terrain municipal de manière plus large et former un vivier d’élus capables d’incarner durablement ses couleurs dans la vie locale ? Plus que d’élargir le nombre de mairies conquises, l’enjeu est surtout de poursuivre l’implantation et de constituer un réseau solide de cadres locaux”, commentent Eddy Vautrin Dumaine et Chloé Alexandre dans une étude pour le cabinet d’études et de conseil Vérian Group

Lire l’étude : RN et municipales de 2026

Une “terre de gauche” qui glisse vers le Rassemblement national

Le RN peine en effet à convertir son potentiel électoral national en implantation locale et durable. Et pourtant, “lors des européennes de 2024, avec 31 % des suffrages au niveau national, le RN est arrivé en tête dans 93 % des près de 35 000 communes françaises, majoritairement rurales ou de petite taille.”

“Ce n’est pas normal d’avoir des villages ou des villes qui votent à 70 % pour nous aux élections nationales, et de n’avoir aucun élu au conseil municipal ou des maires qui nous sont hostiles”, résumait ainsi Aymeric Durox, sénateur RN de Seine-et-Marne et patron du parti en Ile-de-France dans les colonnes de 20 minutes

Et parmi ces territoires “gagnables” le département de l’Aude se trouve en bonne place. Cette “terre de gauche” bascule en effet un peu plus à chaque scrutin vers le Rassemblement national (55% des votes en faveur de Marine Le Pen lors de la présidentielle de 2022). C’est d’ailleurs Carcassonne qui a été choisie par le RN pour le lancement de la campagne des municipales. Tout un symbole !

Et selon une enquête réalisée par  Ifop pour L’Indépendant sur “le climat politique à Carcassonne”, on constate que le candidat RN (le député Christophe Barthès, élu en 2022 et réélu en 2024) pourrait arriver en tête au premier tour de cette municipale.

Cependant, selon l’Ifop, “dans l’hypothèse d’une triangulaire au second tour, la liste d’union de la gauche conduite par Alix Soler-Alcaraz se placerait en tête avec 34% des intentions de vote, devant la liste de François Mourad (33,5%) et celle de Christophe Barthès (32,5%)” Et d’en conclure que “ces résultats témoignent d’un rapport de force extrêmement resserré entre les trois blocs, laissant entrevoir une élection particulièrement ouverte et incertaine.”

Des progressions record dans plusieurs départements d’Occitanie

Plus largement, si les villes moyennes restent une cible privilégiée (en Occitanie, l’étude Vérian cite Carcassonne, mais aussi Agde, Frontignan, Lunel), les petites villes (entre 3500 et 20 000 habitants) semblent représenter “un réservoir encore plus large” puisque c’est là que le RN a réussi des scores particulièrement importants aux européennes : 35%, soit une progression de 10 points par rapport à 2019. Et même rappellent les analystes de  Vérian “des scores qui montent jusqu’à 45% (…) dans l’Aude, le Gard, et les Pyrénées-Orientales, en Occitanie…”

Dans un moment politique où tout semble possible, nombreux sont ceux qui tentent de se rassurer en recherchant mille petites causes qui pourraient justifier la montée en puissance du RN. Disparition des bars-tabacs pour les uns, “caractère dysfonctionnel d’un territoire” selon d’autres… Mais, comme le souligne Elsa Margueritat dans Marianne (à propos du livre “Du FN au RN. les raisons d’un succès”) et si “à force d’expliquer le succès du RN presque exclusivement par des facteurs extérieurs, les auteurs [ne tendent-ils pas] à en minorer l’efficacité politique propre…”

Enfin, il est utile de rappeler que pour ces élections municipales, le ticket d’accès au second tour est bien plus bas que pour tout autre scrutin : 10% des suffrages exprimés suffiront à se maintenir et 5% à fusionner (contre 12,5% des inscrits aux législatives). Ceci promet une pléthore de triangulaires, de quadrangulaires, voire davantage qui rendent les pronostics particulièrement hasardeux.

Philippe MOURET