“Luchon n’existerait pas sans les thermes et la station de ski.” Mais pour étoffer son offre d’événements toute l’année et enrichir sa notoriété, la Reine des Pyrénées compte plus que jamais sur ce festival prisé, en février, au coeur des vacances scolaires, avec de nombreuses têtes d’affiche. Pour le maire, Eric Azémar, “c’est un festival unique en France ; c’est le seul qui réunit les professionnels de la création visuelle.” Pour le candidat PS aux municipales, Sébastien Denard, ce festival est “une chance” pour lequel “ce n’est pas un sujet de campagne”.
Luchon, joyau des Pyrénées. Réputée pour son environnement majestueux et préservé, au coeur d’une vallée dominée par des sommets de 3 000 mètres, ses activités montagnardes, ses thermes gallo-romains ; sa station de ski (Superbagnères), la Reine des Pyrénées comme on l’appelle, est aussi dotée d’un festival de création de documentaires et de films TV qui participe fortement à son attractivité aux côtés de nombreux événements culturels. Fête des Fleurs, l’Aneto Trail, un rendez-vous de jazz, Cosmo Jazz, des salons… La commune travaille sur trois jours de causeries annuelles en septembre… Deux mille habitants et des dizaines de milliers de touristes. Commune surclassée parce que touristique, justement, disposant d’un budget de quelque 15 M€ sur lequel la Chambre régionale des comptes a rendu deux avis pointant un “défaut d’équilibre réel du budget ».
Valérie Bonneton, Lionnel Astier, Mélissa Theuriau…

Sans oublier la réouverture en 2025 de la ligne SNCF jusqu’à Montréjeau. Dans ce coin d’Occitanie, le Festival, comme on le surnomme d’un mot, fait venir des têtes d’affiche parisiennes – non rémunérées -. De quoi imprimer un peu plus la bourgade sur la carte de France et de participer à sa notoriété. Cette année, il s’agit par exemple de Valérie Bonneton, Lionnel Astier, Mélissa Theuriau… (1) Les organisateurs viennent de dévoiler le programme d’un festival qui a subi maintes vicissitudes. Jusqu’à l’organisation terriblement dégradée de 2023, flirtant avec l’annulation pure et simple. L’édition 2026 est lancée, du 4 au 7 février.
“Il faut maintenir ce festival qui joue beaucoup pour l’attractivité de ce lieu”
Il est loin le temps de sa création sous la férule d’un Serge Moati. Les turbulences, y compris dans ses soubassements les plus politiques, ont failli lui être fatal… “Les présidents se sont succédé ces dernières années, il y a eu le covid ; des gens compétents sont partis et, au final, le maire a rappelé le tout premier organisateur. Résultat, il y a eu une dette abyssale, avec des ardoises chez les prestataires locaux, hôtels et restaurants, entre autres. Et, en 2025, une nouvelle équipe est arrivée aux manettes. Le bilan artistique a été remarquable. Alors, certes, c’était sur quelques jours, mais il faut maintenir ce festival qui joue beaucoup pour l’attractivité de ce lieu.”
J’ai pris la décision, en urgence, il y a trois ans, de remplacer le président par un prestataire (…) Mais il a mal piloté son budget. Et l’édition 2023 s’est soldée par un impayé général de 200 000 €…”
Eric Azémar, maire de Luchon
Le Festival de Luchon, ce sont, en 2025, quelque 3 000 festivaliers. “Ce festival a 27 ans. Il a connu des vicissitudes, confie Eric Azémar, le maire. Quand il a été créé, c’était pour, justement, créer un appel d’air touristique en période de vacances scolaires de février. Pour accompagner les vacances à la neige. Cela fait partie de l’ADN de Luchon ; il a fonctionné très bien pendant 27 ans. Depuis, il y a eu des problèmes. L’ancienne présidente du Festival a connu les défaveurs du précédent maire en poste jusqu’en 2020 pour des raisons bêtement politiques. Il s’est débrouillé pour qu’elle ne soit plus en poste.” Un autre président l’a remplacée ; mais il n’est resté que deux ans, etc., mettant le Festival en danger. “J’ai alors pris la décision, en urgence, il y a trois ans, de remplacer le président par un prestataire, celui qui avait été à l’origine du Festival. Mais il a mal piloté son budget. Et l’édition 2023 s’est soldée par un impayé général de 200 000 €… », dévoile Eric Azémar.
Pas d’écran noir, mais de justesse. Le maire précise : “On a dû redémarrer de zéro en 2024 avec un tout petit festival d’une demi-journée. En 2025, on a fait deux jours et demi. Et avec un tout petit budget cela a été un très beau succès d’estime. Mon job de maire c’est de le redémarrer pour le remettre sur ses rails et qu’il atteigne sa bonne dimension : sur trois ou quatre jours. C’est un festival unique en France ; c’est le seul qui réunit les professionnels de la création visuelle.”
Le festival repart avec un budget largement inférieur

Entre-temps, vu les soubresauts, le budget n’est plus aussi faste. La ville de Luchon met 50 000 € au pot ; la région a baissé sa participation à 30 000 € et le département ne met plus un sou. Il y a aussi des sponsors privés. Un acteur majeur de la culture régionale défend cet événement : “Il faut garder ce festival parce que cela combat l’idée d’un Luchon enfermé dans une image de station de ski et d’une économie saisonnière ; le casino est fermé ; le musée qui avait le label Musée de France est fermé… Ce festival, c’est aussi une reconnaissance des milieux parisiens. Des milieux de la création audiovisuelle. Le maire reprend : « Le budget de cette année sera en dessous des 200 000 €. D’ici à deux ou trois ans, il faudrait arriver à 300 000 € ou 400 000 € pour être confortable. Pour cela il faut faire la preuve de la qualité. Ce sera encore le cas cette année.”
Luchon, quand je suis arrivé en 2020, il n’y avait pas de casino ; les thermes étaient en faillite ; il n’y avait pas de trains et la station de ski était en train de fermer comme la piscine”
Le maire, Eric Azémar, rembobine : “Luchon, quand je suis arrivé en 2020, n’avait pas de casino ; les thermes étaient en faillite ; il n’y avait pas de trains et la station de ski était en train de fermer, comme la piscine. J’ai aussi dû fermer le musée : ses conditions d’exploitation étaient dangereuses. Tout cela a changé en quelques années. Petit à petit, avec l’aide de la Région, du département et de l’Etat, nous avons recréé une télécabine pour aller en station ; cela a coûté 12 M€ (1) ; la Région a aussi fait revenir le train à Luchon en juin dernier : il y en a eu pour 70 M€ ; et depuis 2019, nous travaillons à l’expansion d’un espace bien-être où l’investissement global est de 45 M€ dont le porteur principal, est le bras armé de la région sur ce genre de projet, l’Arac. L’Etat, la Région, la ville ont aussi participé. Tout cela en quatre ans. Il me reste le casino… Et il me faut une prochaine mandature pour cela », indique Eric Azémar qui brigue un second mandat à la tête de la commune. « Il nous faut retrouver aussi une piscine ; nous en avions deux mais elles ont été négligées pendant des décennies et donc fermées pour vétusté. Là, ce sera l’intercommunalité qui travaille sur ce dossier.”
“Ce festival c’est un peu comme le Tour de France. C’est un rendez-vous incontournable pour la commune”

Le Festival ne fait pas l’objet de désaccord politique. C’est le candidat PS, conseiller de Carole Delga, Sébastien Denard qui le dit : « Ce n’est pas un sujet de campagne pour moi. Le Festival de Luchon c’est une source d’attractivité nationale pour la commune. Le format, retravaillé depuis 2025, est très intéressant et l’équipe actuelle se démène et mouille le maillot. Toutes proportions gardées, ce festival c’est un peu comme le Tour de France. C’est un rendez-vous incontournable pour la commune. »
« Nous veillerons à ce que ce festival ait aussi une vie tout au long de l’année”
N’est-ce pas qu’un rendez-vous de personnalités parisiennes en mal d’exotisme ? Sébastien Denard dit : “Ce sont des producteurs, réalisateurs, acteurs, actrices qui se donnent rendez-vous dans les Pyrénées pour évoquer la situation de la production audiovisuelle. Au-delà de l’attractivité, département, région et même l’Etat cherchent à faire de l’Occitanie une terre de tournages. Qu’il y ait ce rendez-vous là en hiver, à Luchon, c’est une chance. Après, il y a la question de l’adéquation avec la vie de la ville. Ce festival repart pratiquement de zéro. Cette édition est très attendue. Avec mon équipe, si les conditions nous sont favorables, nous veillerons à ce que ce festival ait aussi une vie tout au long de l’année. Il peut y avoir un travail avec les associations. » Il n’aime pas le terme de « bagarre politique ». Et pour cause : « On a failli perdre ce festival à cause de querelles politiques. Pour moi, il est installé. L’équipe est en place, redonne de la couleur. Et dans un second temps, nous travaillerons à ce qu’il s’ancre davantage dans la population locale.”
“Au regard des projets qui ont vu le jour sur les six dernières années, cela a coûté à peine 1 M€ à la commune”
Qu’est-ce qui motive Sébastien Denard au-delà de ce consensus sur le Festival du film TV ? Davantage la situation financière de la commune. Tous les projets ont été “menés avec le concours du département de la Haute-Garonne, la Région et l’Etat”, souligne le candidat. Au final, “au regard des projets qui ont vu le jour sur les six dernières années, cela a coûté à peine 1 M€ à la commune ». A mettre en face des 70 M€ du coût de la réouverture de la ligne SNCF ; des 34 M€ pour les thermes ; et des quelque 28 M€ pour la nouvelle télécabine Luchon-Superbagnières. La commune est très endettée.
Le budget de fonctionnement doit être utile aux Luchonais et on ne touchera pas aux associations, c’est le ciment de la collectivité en tant qu’unité de population”
Le candidat PS surligne : « L’équipe actuelle n’a jamais réussi à redresser la barre. Le budget 2025 a fini par être adopté en octobre après deux avis de la chambre régionale des comptes… J’ai voulu m’engager avec un discours de vérité. Ne comptez pas sur moi pour promettre par exemple une salle de concert avec 12 000 places et des poignées en or. Nous en avons tiré un enseignement : avec les éléments que nous avons, il n’y aura pas d’investissement pendant deux ans avec un travail à faire sur le fonctionnement de la mairie. Et deux principes de base : le budget de fonctionnement doit être utile aux Luchonais et on ne touchera pas aux associations, c’est le ciment de la collectivité en tant qu’unité de population.”
Olivier SCHLAMA
(1) Le télécabine en question a coûté en réalité 26 M€, dont 3 M€ du conseil régional, 3 M€ de l’Etat, le restant se partageant entre le département de Haute-Garonne et le Syndicat mixte Haute-Garonne Montagne.
Festival du Film TV de Luchon : Les cinq derniers lauréats
Meilleure fiction unitaire : Haut les cœurs ! – Antoine Garceau
Meilleure série : L’intruse – Shirley Monsarrat
2023
Meilleure fiction unitaire : Le Colosse aux pieds d’argile – Stéphanie Murat
Meilleure série : Des gens bien – Matthieu Donck
2022
Meilleure fiction unitaire : Deux femmes – Isabelle Doval
Meilleure série : Face à face – Julien Zidi
2021
Meilleure fiction unitaire : Comme des reines – Marion Vernoux
2020
Meilleure fiction unitaire : Mauvaise Mère – Adeline Darraux
Meilleure série : Amour fou – Arte
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