Gérard Onesta : « On accompagne le tout-voiture. On n’a pas encore changé de logiciel »

Gérard Onesta, vice-président du Conseil régional d’Occitanie

Président du Bureau de l’Assemblée au conseil régional d’Occitanie et architecte-urbaniste de profession, Gérard Onesta prône davantage de moyens alternatifs à la voiture.

Il dit : « Le XXe siècle a été celui du dieu voiture. Tout a plié devant elle. Même aux architectes jadis, on nous apprenait à tout penser qu’à travers la bagnole. En dessinant parkings, pénétrantes, etc., en tout premier, et ensuite, on se posait la question des habitants. C’est un schéma mental. Elle est dans son biotope naturel : les embouteillages. A l’opposé des publicités à sa gloire qui présente la voiture toujours seule. A Paris, la voiture prend plus de place que les habitants ! Avec, dans les grandes agglomérations, deux impacts lourds : la pollution qui participe du changement climatique avec par exemple des effets de plus en plus visibles comme quatre tempêtes en douze jours à Toulouse… Il y a aussi le risque sanitaire : j’ai vu des cartes parmi les secrets les mieux gardés de la République où se superposent parfaitement taux de cancers et axes les plus empruntés… »

Trois kilomètres à pied pour revenir du cinéma

A Toulouse, justement, Gérard Onesta juge que l’on « court toujours après le problème », malgré le plan de déplacement urbain au coût pharamineux mis en route par la Métropole. « On accompagne le tout-voiture. On n’a pas encore changé de logiciel. Or, il faut une logique de rupture. » En clair, plus on offre des moyens alternatifs, plus on marginalise l’usage de l’auto. « 100% de gens ne prennent pas un transport en commun qui n’existe pas… Moi, depuis mon domicile à Toulouse, pour aller au cinéma, je dois me contenter d’un bus tous les trois-quarts d’heure et pour le retour, c’est trois kilomètres à pied… « , formule-t-il.

Gérard Onesta rappelle qu’ont été votées récemment, suite aux états généraux du rail et de l’intermodalité par le Conseil régional, de nombreuses mesures (ci-dessous). « C’est la seule région qui va rouvrir des lignes SNCF ! Qui se préoccupe du développement du fret et de la question de tarifs sociaux dans le train.  »

Du lait du Danemark, transformé en yogourts au Portugal, traverse la région par camions

Il n’est pas allé participé l’inauguration du doublement de l’A 9, à Montpellier vendredi dernier. Il n’ira pas davantage pour se féliciter d’une nouvelle autoroute entre Castres et Toulouse, si elle se réalise : « Certains imaginent en construire une – avec forcément une subvention d’équilibre des pouvoirs publics – pour gagner à peine huit minutes sur le trajet et tout ça pour se retrouver stopper par les bouchons à l’entrée de Toulouse ! (l’enquête publique vient de donner un feu vert sous conditions, NDLR).  Pour un ruban de bitume, on trouve facilement de l’argent. Pour lancer le fret sur la ligne SNCF Nîmes-Montpellier-Béziers-Perpignan, il faut tendre la sébile ! Il faudra aussi se poser la question suivante : pourquoi, entre autres, des camions de lait du Danemark,traversent l’Occitanie en la polluant pour aller se transformer en yogourts au Portugal ? Qui paie la facture ? Les habitants de notre région. Les coûts induits sont énormes.  » Il insiste : « Le rail, qui relie très mal le deux métropoles régionales,  a des marges de progrès et n’oublions pas que nous avons une large façade maritime avec des ports gérés par la Région. Un Barcelone-Sète coûte moins cher par voie maritime que par camions ! »

                                                                               OLIVIER SCHLAMA