Espace : à Montpellier, les nanosatellites voient grand

Les étudiants de l’Université de Montpellier envoient en 2012 le 1er nanosatellite français dans l’espace : ROBUSTA. Cinq ans plus tard, ils s’apprêtent à réitérer l’exploit. Le lancement de leur deuxième nanosatellite, ROBUSTA1B, initialement prévu en 2016 par SpaceX depuis les Etats-Unis, a été reporté à plusieurs reprises suite à l’explosion d’un de leur lanceur. Il vient finalement d’être programmé mi-mai sur un lanceur PSLV depuis l’Inde par l’ISRO (agence spatiale indienne)... Photomontage : DR

Dans quelques jours, Robusta 1B, créé au centre spatial universitaire de Montpellier, sera lancé en orbite autour de la Terre. C’est aussi une aventure participant à l’économie de demain et où où le Clapas a pris une longueur d’avance. Reportage.

Déroutant. Enigmatique. Immensément plus dense qu’un drone, moins épais qu’un sac à dos, porteur d’une vaste espérance, ce cube n’aurait rien à envier l’énigmatique au rectangle flottant dans le vide éternel du film 2001 Odyssée de l’Espace de Kubrick. Taillé pour les fantastiques contraintes du vide sidéral, Robusta 1B, le second engin qui sera envoyé dans l’espace, en orbite autour de la Terre, dans quelques jours, a été imaginé là, dans un bâtiment érigé par la volonté de feu l’ex-président de la région, Christian Bourquin, au coeur du campus de Saint-Priest, à Montpellier (Hérault). Surmonté d’une gigantesque antenne, il est le coeur battant d’une discipline en pleine expansion et qui a su générer un écosystème performant. En work flow, étape par étape littéralement.  Les pièces sont créées par des élèves d’IUT, par exemple. « Nous disposons d’une chaine complète, de l’élaboration à la fabrication ! », lance Laurent Dusseau, le directeur.

Ces « nano » ne sont plus des « débris » comme les dénigraient les scientifiques satellitaires avec condescendance il y a quelques années ni de jouets en mal de décollage. Ils participent fièrement à l’odyssée de l’espèce.

Laurent Dusseau, directeur du centre spatial universitaire de Montpellier. Photo : O.SC.

Robusta a pris le nom d’un café. Et, comme lui, ses effet sont stimulants. Il n’y a qu’à ressentir cette énergie communicative autour de Robusta 1B. Dans le bâtiment livré il y a tout juste un an, c’est une ruche-tour de Babel. Électrique. Il y a même un petit « génie » Russe, Andrei, qui distille ses conseils dans un anglais parfait pour lancer Robusta 1B dont le but est d’analyser la dégradation des composants électroniques dans l’espace. Des écrans, des hyperspécialistes, une salle « blanche » de 200 m2 pour monter ces nanosatellites sans la moindre poussière, dans une atmosphère contrôlée… Dans la salle de contrôle, c’est la dernière ligne droite. Dans quinze jours, une fusée indienne lancera ce paquet de technologies dans l’espace. Et le centre spatial montpelliérain s’inscrira davantage dans une tendance forte, le newspace dans la novlangue du secteur, avec une avance considérable d’au moins « dix ans » revendiquée par le site montpelliérain. De savoir. Et de savoir-faire.

« Imaginons la retransmission de la finale de la Coupe du Monde de foot », explique le Sétois Laurent Dusseau, directeur de ce centre spatial universitaire employant déjà six salariés permanents et disposant d’un budget de 1,4 million d’euros par an (1). « On peut faire appel à un satellite classique de 10 tonnes et d’un coût de 1 milliard d’euros. Et où le spot de pub vaut à lui seul un million d’euros. Mais s’il tombe en panne, c’est la catastrophe. Avec ce genre d’engin, ce que tu veux c’est la fiabilité absolue. De plus, la boîte qui le conçoit, elle n’a pas droit à l’erreur sinon elle coule. Notre technique est différente : on envoie une constellation de petits objets dont le coût est nettement plus faible, de l’ordre de 500 000 euros. Si le taux d’échec est estimé à 20% pour 100 nanosatellites, on en envoie 120 pour couvrir la probabilité ». Les applications de ces objets de l’espace de moins de 10 kg sont « infinies », notamment en récoltant des datas, des informations, pouvant être revendues.

« C’est une partie de l’économie de demain, s’enthousiasme Laurent Dusseau. Avec ces nanos, on en aura bientôt en permanence au moins un au-dessus de soi. L’agriculteur pourra ainsi adapter ses traitements phytosanitaires en sachant quand exactement ses blés sont mûrs, par exemple. » Idem pour un épisode cévenol et la houle méditerranéenne qui bouffe le trait de côte que les scientifiques verront évoluer en direct » Le centre spatial universitaire montpelliérain est à la pointe.

Il y a même un centre de contrôle et une salle « blanche » ! Photo : O.SC.

« Nous disposons de notre propre technologie. Nous formons d’ailleurs une trentaine d’étudiants par an que les grands groupes de l’aérospatiale s’arrachent. » Avec sa cohorte de scientifiques passionnés, il travaille justement à un projet commun avec Météo France simplement baptisé Méditerranée sur les fameux épisodes cévenols entre Sète, l’Algérie, Barcelone, l’Italie… L’idée, novatrice, est d’étudier en temps réel, la couche de vapeur d’eau en mer toujours précurseur de l’événement. « Ce qui n’a jamais été fait. Jusque-là on n’étudiait ces phénomènes qu’a posteriori. Avec notre projet, ce sera en direct. De la même manière, le centre spatial universitaire pourra s’atteler à faire des mesures à l’avenir sur l’environnement. »

L’aventure commence en 2001 avec la participation à la conception d’un nano russe. Un cap est franchi en 2012 avec le lancement réussi d’un premier nano satellite et la création de la Fondation Van Hallen qui chapeaute le centre. L’aventure décolle. De retour des USA, qui a déjà investi dans le secteur, Laurent Dusseau avait flairé le bon coup scientifique. Ne cite-t-il pas l’exemple du précurseur et l’un des leaders mondiaux US Planète Labs – « de l’envergure d’un Google dans son domaine »- qui dispose d’une flotte de plusieurs dizaines de nanosatellites au-dessus de nos têtes ? « Leur modèle est simple :au lieu de vendre très très cher une seule image d’hyper haute définition, ils donnent des images que l’on veut à une résolution moindre. Ce qu’ils sont susceptibles de te faire payer, c’est les données et les demandes spécifiques. »
Et Laurent Dusseau d’insister : « Il n’y a jamais d’échec. On réussit toujours, même quand un lancement foire : on apprend de ce qui s’est passé ; on a formé des étudiants ; on améliore la technologie, etc. » Et peut-être qu’un jour ces satellites miniatures iront au-delà de l’orbite terrestre. Le nano voit grandissimo.

Olivier SCHLAMA
(1) Le centre spatial bénéficie pour boucler son budget de mécènes via la fondation Van Allen. Il a aussi passé des contrats de grandes sociétés, le CNES, l’Agence spatiale européenne et gagné des appels à projets. Par ailleurs, le coût du bâtiment inauguré il y a un an est une opération blanche : le conseil régional, propriétaire, a signé des baux emphythéotiques avec six sociétés du domaine spatial qui cohabitent avec le centre spatial universitaire et qui ont, au total,  créé 60 emplois directs.

L’aventure en vidéo du nanosatellite Robusta 1B, qui va être envoyé en orbite mi-mai : https://www.youtube.com/channel/UC9qwcT5p5JhH388k_06I1rg
• Pour retrouver la vidéo de l’aventure du 1er nanosatellite envoyé en orbite Robusta : https://www.youtube.com/watch?v=ZABiopl_crQ&t=372s
• Toutes les vidéos sur la chaîne Youtube de la Fondation Van Allen : https://www.youtube.com/channel/UC9qwcT5p5JhH388k_06I1rg