Transports : Un Montpelliérain invente le business… palettes

Pierre-Edouard Robert a présenté MagicPallet à tout ce que le secteur du transport compte de représentants en région parisienne, sous l’égide de l’une des deux Fédérations majeures, celle du transport logistique de France. « Quinze entreprises de transports nous ont rejoint très vite ; on en est à 31 sociétés », précise le gérant de MagicPallet. Photo : Camille Lassus.

MagicPallet.Magique Planète. Elles sont partout et pourtant personne ne les remarque. Dans les vastes entrepôts qui jalonnent nos zones industrielles, dans l’arrière-boutique de votre épicier, et jusque et y compris sur les barrages des Gilets Jaunes… Pas moins de 116 millions de ces petites constructions de bois servant au transport de marchandises sont assemblées chaque année, s’ajoutant aux 500 millions de palettes existantes… Une filière en pleine expansion pour un élément essentiel du circuit marchand. Et qui a un coût colossal. Car une aberration rogne encore davantage les marges que les transporteurs dénoncent comme étiques.

Les cinq mille kilomètres gâchés dans ces retours à vide avec seulement les palettes coûtent quatre tonnes de CO2, à 70 centimes le kilomètre gâché… Une paille. »

Pierre-Edouard Robert, gérant de MagicPallet.
« Quinze entreprises de transports nous ont rejoint très vite ; on en est à trente-et-une sociétés… »

« Quand un transporteur a fini de livrer son chargement, il est obligé de ramener gratuitement les palettes à son point d’origine ! explique Pierre-Edouard Robert, 34 ans. Il y a deux ans, ce Montpelliérain reprend la société de transport de sa belle-famille, TMF Transport. Et s’arrache les cheveux devant l’ineptie. « J’ai été choqué », dit-il. Lui vient alors l’idée, lui l’ingénieur informatique d’essayer de limiter ce gaspillage qui coûte outre, évidemment, des heures de conduite, des péages, de l’usure des camions, le prix du gazole, etc., une empreinte carbone colossale qu’il a calculée : « Une PME de deux cents camions pourra économiser jusqu’à 5 000 kilomètres mensuels dans ces retours à vide avec seulement les palettes coûtent quatre tonnes de CO2, à 70 centimes le kilomètre gâché… Une paille. »

Bic, Réseau Entreprendre, Label French Tech

C’est ainsi qu’est née MagicPallet. « C’est une plate-forme collaborative inédite, unique au monde, lancée depuis le 3 décembre 2018. Elle met fin à ce problème endémique du transport routier » , explique Pierre-Edouard Robert, dont la société est abritée au Bicune pépinière parmi le top niveau national, à Montpellier. Il appartient aussi au Réseau entreprendre et, enfin, il bénéficie du label French Tech. 

Six cent mille de ces supports faits de planches de résineux de 80 centimètres sur 120 centimètres très utiles dans l’agroalimentaire pour protéger les denrées sont concernés a minima en Europe. L’avantage, c’est que la palette Europe est normée, échangeable, réparable. Il y a du neuf, de l’occasion… Bref, il y a un marché. Moyennant un abonnement, le transporteur peut trouver à côté de son adresse de livraison de quoi déposer son stock de palettes et continuer sa tournée de livraisons. « Pour 39 euros HT par mois, on accède à une bourse entre transporteurs. Et pour 99 euros HT, la plate-forme s’occupe de tout. Notre algorythme s’occupe de tout. En bout d’opération, l’entreprise reçoit un message sur téléphone mobile ou par mail et sait où il ses chauffeurs vont devoir aller… »

40 salariés et 3,8 millions d’euros d’ici trois ans

Une certaine solidarité existait déjà entre transporteurs mais si cette idée n’avait pas encore émergé, c’est que les gérants d’entreprises de transports « n’ont pas le temps de souffler. Ils sont happés par l’opérationnel et, souvent, se sont des autodidactes. Moi, j’arrive avec un regard neuf et un oeil d’ingénieur », confie Pierre-Edouard Robert. « MagicPallet va beaucoup plus loin grâce au net », analyse Philippe Munier, délégué régional (Ile-de-France, Centre et Ouest) de la fédération du transport logistique de France. Et c’est une idée très intéressante. » MagicPallet vient de signer un partenariat avec Système U « qui croit beaucoup en la plate-forme. Ils vont communiquer auprès de leurs 300 transporteurs sous-traitants », avance Pierre-Edouard Robert. Système U dont les Gilets Jaunes ont bloqué les plate-formes logistiques récemment, notamment à Vendargues.

Jean-Philippe Gaussorgues est président du Sypal (les producteurs de palettes) et préside d’Epal France, principale société fabriquant des palettes. Il dit : « Nous avons reçu le gérant de MagicPallet avec un oeil bienveillant. Nous attendons la phase de lancement en espérant que cette solution apporte une réponse aux attentes des transporteurs. » En tout cas, la solution collective de MagicPallet est désormais disponible sur l’ensemble du territoire français. La PME prévoit un chiffre d’affaires de 650 000 euros en 2019 et 3,8 millions d’euros à trois ans. Le gérant ambitionne d’embaucher 12 personnes en un an et 40 d’ici trois ans. Surtout que le déploiement à l’international est prévu d’ici un an. L’Europe devrait être rapidement son terrain de jeu.

Olivier SCHLAMA