Sète/Montpellier : “Lève-toi et marche !” : cette technique anti-lumbagos qui fait des étincelles

Anesthésiste-réanimateur, Alexandre Lemaitre, ici dans les conditions d’une séance d’infiltrations sous échographie, officie à la clinique Sainte-Thérèse au sein de SOS Lumbagos. Ph. Olivier SCHLAMA

On a testé, à notre corps défendant, ce traitement de choc et d’urgence contre le lumbago, parent pauvre de la médecine, qui, dans la région, n’est pratiqué qu’à la clinique de Sète (un millier de patients traités depuis janvier) et au CHU de Montpellier qui, après une pause, rouvrira en septembre son centre SOS Dos en même temps que deux autres centres antidouleur : SOS coliques néphrétiques et SOS main. La douleur n’a qu’à bien se tenir !

Foudroyé, depuis deux jours, incapable de bouger de mon lit de douleurs. Handicapé, clairement, et inquiet, foncièrement, de la situation, j’appelle le nouveau centre SOS Lumbagos (Dos-Remis), à la clinique Sainte-Thérèse, à Sète, en fonction depuis quelques mois à peine. C’est la toubib de la famille qui nous l’avait glissé à l’oreille, son mari l’ayant testé. D’abord, une fiche à remplir sur le site internet. Mais on peut s’y rendre directement. Dans mon cas, lourd, c’était d’abord les urgences. Attente, forte, normal. Évaluation par un toubib ; médicament puissant en perfusion… sans aucun effet.

“Agir sur les fascias, le tissu conjonctif qui relie tous les organes du corps”

L’urgentiste me dit in fine : Vous êtes éligible à un nouveau traitement, des infiltrations guidées en direct par échographie en agissant sur les fascias, le tissu conjonctif qui relie tous les organes du corps.” Il me rassure : “Ce n’est pas parce que c’est douloureux que c’est grave. Cela se passe d’abord au bloc, avec un médecin anesthésiste et c’est tout de suite.” On fait feu des deux fuseaux, si j’ose dire…

Arrivé dans un brancard… Ph. Jael Coon, Unsplash

Le brancardier ne m’a même pas laissé le temps de réfléchir à la situation. Ni une ni deux, un anesthésiste-réanimateur, affable, Alexandre Lemaitre, m’explique quelques instants plus tard, la technique qu’il va m’appliquer, pendant que je tente de revêtir charlotte et pyjama, sur-chaussures, seuls vêtements autorisés. Et ce qui m’attend, médicalement parlant.

L’un des pionniers de la méthode, Olivier Choquet, anesthésiste, lui, au CHU de Montpellier, définit : “La lombalgie, c’est une alerte du corps. Certains vont faire des céphalées ; d’autres auront mal au ventre, il y a ceux encore qui ne vont pas dormir. Et il y a ceux qui ont mal au dos. C’est le corps qui vous parle. Et il y a une recrudescence estivale de lumbagos. Pendant les vacances, les corps se relâchent…” Pas moins de 91 % des maladies professionnelles sont dues aux troubles musculo-squelettiques, comme on dit dont font partie les très courants lumbagos.(Lire ci-dessous).

“Casser ce cercle vicieux de la douleur”

Alexandre Lemaitre reprend d’une voix posée : Voilà, alors une lombalgie aiguë, le lumbago, se caractérise par une contracture musculaire puissante empêchant les muscles du bas de dos de se déplacer normalement dans leurs membranes naturelles, appelées fascias. Eh bien, je vais effectuer des infiltrations lombaires {avec anesthésiants, cortisone, entre autres, Ndlr} dans ces muscles pour les endormir et casser ce cercle vicieux de la douleur. Et vous allez remarcher.”

C’est une technique en cours d’évaluation scientifique, qui n’est pratiquée dans ces conditions qu’au CHU de Montpellier et donc à la clinique sétoise dans la région. Cela fait-il mal ? Mon voisin de bloc, lombalgique, quarantenaire, charcutier de profession, venu exprès de Béziers pour bénéficier de ce traitement – remboursé – vous dira non. Il a, lui, ressenti juste la présence de l’aiguille.

“Maintenant, levez-vous et marchez !”

Anesthésiste-réanimateur, Alexandre Lemaitre au bloc opératoire de la clinique Sainte-Thérèse, Ph. Olivier SCHLAMA

Pas moi. On n’est pas tous égaux… En ce qui me concerne, moi le phobique des piqûres, dès que le praticien s’approchait d”une zone à “endormir”, la douleur devenait incroyablement intense. Insupportable.

Au bout d’une heure de cette technique, il faut le dire, intrusive, mais miraculeuse, Alexandre Lemaitre me glisse : “Voilà, j’ai fini, désolé pour la douleur fortement ressentie ; vous faites partie des 10 % qui la ressentent à ce niveau important, sans doute parce que vous êtes un lombalgique chronique et que vos fascias sont très sensibles. Maintenant, levez-vous et marchez ! Je ne crois pas au résultat. Mais si : je peux remarcher instantanément ! Muscles relâchés, nerfs endormis.

“71 % des patients recommandent cette approche auprès de leurs amis, famille”

Et ça… marche ! Alexandre Lemaitre me confie aussi : “Depuis le 1er janvier 2026, on a traité environ 230 patients. Il faut y ajouter tout le personnel, amis, et famille qui ne sont pas passés par les admissions. Soit au total entre 700 et 1 000 patients rien qu’à Sète.” Le taux de satisfaction ? “Il est automatique et plutôt très bon : 71 % des patients recommandent cette approche auprès de leurs amis, famille. L’avantage c’est que ce chiffre est tiré de vrais patients, tous infiltrés”.

Les mystérieux fascias sont reliés entre eux dans tout le corps. Leur rôle serait central, cause et solution dans le mal de dos. Ils restent encore les grands oubliés. Ils sont encore à explorer, alors qu’ils sont impliqués dans de nombreuses fonctions du corps.

Cette solution intervient alors que d’innombrables lombalgiques souffrent en silence dans la plupart du temps dans une errance médicale insupportable allant d’un spécialiste du sport à un rhumato en passant par un neurochirugien… Ils entendent des discours parfois discordants sur la douleur, sur sa prise en charge ; sur les différentes écoles médicales. “La médecine s’est trop sur-spécialisée ; les médecins sont dans leur silo… Les généralistes, eux, n’ont plus le temps…” La bonne info pour le bon patient passe trop rarement.

“Cette technique fait le lien avec la médecine occidentale et la médecine chinoise, davantage empirique et holistique”

Des infiltrations anti-lumbagos. Ph . O.SC.

“Cette technique d’infiltration fait le lien avec la médecine occidentale et la médecine chinoise, davantage empirique et holistique. Qui prend en compte le patient dans sa globalité.” D’ailleurs, les points où l’anesthésiste infiltre porte le nom de “points gachettes” dans leur jargon et ce sont les mêmes endroits que les points d’acupuncture !”

Quant aux fascias que toute la médecine regarde désormais de très près et tente d’en comprendre portée et importance, ils seraient impliqués dans de nombreux mécanismes : “Ils connectent le cerveau et le corps. Avec cette technique on prend davantage conscience de son corps dans l’espace…” Cela fait penser à la mésothérapie, aussi. Il ne dément pas.

Ce traitement répond à une recommandation de santé : maintenir l’activité, y compris et surtout quand les médicaments anti-inflammatoires ou antalgiques n’y font rien. Sauf que quand on souffre trop, impossible de bouger… D’où un nombre incalculable de passages aux urgences et d’arrêts de travail (1). On change ainsi de paradigme en reléguant la kinésiophobie (peur du mouvement), la persistance de la douleur et un coût médico-économique élevé.

Le patient entre dans un parcours de soins

L’anesthésiste Alexandre Lemaitre poursuit les explications auprès du béotien que je suis. “En plus, vous êtes entré dans un parcours de soins. On vient d’effectuer la solution d’urgence pour casser la douleur. Ma secrétaire vous appellera demain pour faire le point ; soit pour refaire des infiltrations soit attendre de se revoir dans deux semaines.” Un parcours de soins et un parcours de vie : il faut réapprendre à se mouvoir, en (re)marchant ; en se débarrassant des mauvaises habitudes (sédentarité, quand tu nous tiens…) ; sanctuariser ses séances d’étirements quotidiennes et de sport. Et aussi lutter contre le stress, véritable moteur à lumbagos !Chez 100 % des patients qui souffrent de lumbagos, on coche le stress comme prédominant…”

Il évoque l’éventail des possibilités : recours à un psy, yoga, kiné, etc. “Le but, ajoute-t-il dans une injonction bienveillante, c’est de sortir de cet état vicieux : immobilisation, perte de muscles, fascias qui s’épaississent de colagène avec des muscles mal vascularisés donnant des lumbagos, y compris chroniques. S’émanciper d’habitudes sclérosantes.

“Une dizaine en France se sont ainsi développés”

Une intervention sous échographie. Ph. Olivier SCHLAMA

Anesthésiste-réanimateur au CHU de Montpellier, Olivier Choquet explique l’histoire de ces infiltrations qui a commencé avec une certaine Jeannette Travell qui fut médecin personnel de JFK, l’ex-président des USA, grand lombalgique devant l’éternel. “Elle avait trouvé la solution avec des infiltrations myofaciales dans les “points-gâchettes”. Mais elle le faisait à l’aveugle. La technique fait un bond de plusieurs décennies : “Avec les urgences du CHU de Montpellier, il y a une dizaine d’années, nous avons développé cette technique sous échographie. C’est ça qui est nouveau.” C’est aussi une façon de désengorger les urgences. “Une dizaine en France se sont ainsi développés”.

“Une grande étude pour démontrer sur un grand nombre de patients l’efficacité de la méthode”

Ils sont situés à Sète, Montpellier, Paris en a deux ; au CHU Bordeaux, un centre a ouvert ; à Toulouse, c’est en cours ; il y en aura bientôt un à Pau. “Ils sont essentiellement situés dans des cliniques. Nous, au CHU de Montpellier, nous rouvrons ce centre anti-lumbagos en septembre ; il avait fermé pendant le covid. On va faire un tir groupé avec deux autres SOS, un pour la main et un autre pour la néphrologie. Les lombalgies, à peu près tous le monde s’en fout, on a du mal à les traiter, alors que c’est la première cause d’arrêt maladie en France. À l’hôpital, où nous avons déjà fait des centaines d’infiltrations sous échographie, nous allons créer une filière ambulatoire. Le but est de réaliser une grande étude clinique pour démontrer sur un grand nombre de patients l’efficacité de la méthode. C’est ambitieux avec un gros budget.”

Olivier SCHLAMA

  • (1)  En Languedoc-Roussillon : 91 % des maladies professionnelles sont dues aux troubles musculo-squelettiques (TMS). En 2024, derniers chiffres connus et transmis par la Carsat, un salarié sur 524 est victime d’une maladie professionnelle. Ce qui a donné lieu à 318 555 journées indemnisées, équivalent de 1 448 emplois à temps plein, avec un nombre de jours d’arrêt moyen par maladie de 233. L’Assurance maladie a dépensé 36 369 981 € pour la réparation des maladies (avec ou sans arrêt) pour l’année considérée. {Frais médicaux, indemnités journalières, indemnités en capital ou rentes}. Notre région a connu une hausse de 12 % des maladies professionnelles ces dix dernières années. Le Languedoc-Roussillon affiche un indice de fréquence de 1,9 maladie professionnelle pour 1 000 salariés, inférieur à celui national (2,3) mais en progression de 33 % en cinq ans. Trois secteurs cumulent plus de 800 maladies professionnelles : les services, le BTP et l’industrie de l’alimentation.

“Démarche pionnière montpelliéraine”

Sollicitée, l’Agence régionale de santé (ARS) souligne : “Le docteur Olivier Choquet, de l’équipe de médecins anesthésistes-réanimateurs du CHU de Montpellier dirigée par le professeur Xavier Capdevila, a transposé une technique d’infiltration lombaire échoguidée jusqu’alors utilisée pour soulager les suites opératoires des interventions sur le rachis, aux situations de poussée aigüe de lombalgie commune consécutives à un incident ou un accident mécanique (‘faux mouvement’). A l’issue d’un processus de triage permettant de rechercher une pathologie spécifique, le patient se voit proposer une infiltration d’un médicament de longue durée d’action à effets anesthésique et analgésique.”

“Traiter au plus près les causes de la douleur lombaire aiguë”

Lumbago… Ph. Sasun Bughdanyan. Unsplash.

“Son objectif est de provoquer la sortie de la phase aigüe par décontraction du ou des muscles concernés (multifidus, érecteurs du rachis) donc le soulagement du patient, ce qui permet la reprise des mouvements. Il s’agit donc de combiner trois techniques déjà éprouvées (infiltration, médicament, échographie) pour traiter au plus près les causes de la douleur lombaire aiguë, au moyen d’un acte dit “interventionnel”. Les résultats obtenus témoignent d’une diminution significative des scores de douleur sept jours après l’intervention.

La prise en charge

Le geste technique est simple, guidé par une technique d’imagerie non irradiante.
Il ne s’agit ni d’une péridurale ni d’une ponction lombaire mais d’une injection de type intramusculaire, la plupart du temps réalisée dans le fascia thoraco-lombaire (membrane musculaire des muscles du dos) : il n’y a donc pas d’intervention plus profonde sur la colonne vertébrale.

Ce geste peut être réalisé en ambulatoire, hors bloc, dans la position qui convient le mieux au patient (souvent assis ou à plat ventre). Le soulagement intervient dans les minutes suivant l’intervention, permettant au patient de retrouver sa mobilité et la voie du traitement “naturel” de la pathologie.

Offre de soins locale à Sète et Montpellier

Dans le département de l’Hérault, l’ARS identifie cette activité à Montpellier et Sète, proposée par des médecins anesthésistes-réanimateurs exerçant notamment au CHU de Montpellier et à la polyclinique Sainte-Thérèse. Une étude clinique nationale est en cours, destinée à objectiver les bénéfices et établir le protocole de cette intervention. Sa publication permettra aux acteurs et aux autorités de santé (ARS, Assurance maladie) d’obtenir la visibilité nécessaire pour le développement et la structuration de cette filière de soins nouvelle dans le département et l’ensemble de la région.”