Plus de demandes d’infos sur la retraite : “Il y a l’idée d’un tien vaut mieux que deux tu l’auras…”

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Eric Michon, directeur de la Carsat Languedoc-Roussillon, fait le point pour Dis-Leur sur la situation actuelle, y compris l’engouement pour la retraite progressive. Avec ses partenaires, l’organisme organise les 5 et 6 juin un forum, à Montpellier.

La retraite est un enjeu de société. Avant l’élection présidentielle, dans un an, des candidats préparent une réforme-tsunami pour les salariés, certains prônant même davantage de capitalisation… Même le RN n’est pas d’accord avec lui-même… Jusque-là, avec la suspension de la réforme, nombreux sont ceux qui se renseignent sur les conditions d’un départ, anticipé ou non ; comment épargner ? Partir mais à quel âge ? Comment se préparer à une baisse de revenus ; sur les meilleures conditions d’une une retraite progressive ; cumuler emploi et retraite, est-ce encore possible ? Ou encore, pour les plus prévoyants, profiter des nouveautés fiscales comme le PER… Chaque cas est singulier.

Un forum à Montpellier vendredi et samedi

C’est pour cette raison que l’Agirc-Arrco et la Carsat Languedoc-Roussillon organisent le forum Préparer et bien vivre sa retraite à Montpellier ces 5 et 6 juin. Il est dédié aux futurs retraités et retraités, organisé en partenariat avec la MSA Languedoc, la Caisse de prévoyance et de retraite du personnel ferroviaire, la CNRACL, la RAFP, l’Ircantec et le CCAS de Montpellier. Y seront présents notamment Muriel Ressiguier, adjointe au maire déléguée aux solidarités et à la cohésion sociale, Éric Michon, directeur de la Carsat Languedoc-Roussillon.

Durant ces deux journées, des conseillers de chaque organisme seront présents pour répondre aux questions des assurés, les accompagner dans leurs démarches et leur apporter des informations personnalisées. En complément, des conférences sur des thématiques retraite et prévention seront proposées. En amont, Eric Michon, directeur de la Carsat Languedoc-Roussillon et Angélique Poignant, directrice de l’offre de service retraite à la Carsat LR. Il se déroule salle des Rencontres, à la Mairie.

Les futurs retraités veulent une “visibilité” d’ensemble

Eric Michon, directeur de la Carsat LR

“Pour cette deuxième édition, nous offrons l’opportunité de voir tout le monde, tous les partenaires liés à la retraite, d’un coup”, explique Eric Michon. Angélique Poignant renchérit : “On insiste à la prise de rendez-vous pour que les personnes aient vraiment un moment individualisé, consacré, préparé avec un conseiller. Mais on peut aussi venir sans rendez-vous pour y poser ses questions. Nous avons beaucoup d’assurés dont la carrière est compliquée ; des gens qui ont pu être fonctionnaires ; puis, qui sont passés peut-être dans le monde agricole, par exemple ; pour revenir ensuite au régime général.” Ce qu’ils veulent, c’est une “visibilité” sur l’ensemble de leurs prestations.

L’âge moyen de départ en Languedoc ? 63,6 ans

En Languedoc-Roussillon, on compte “presque 600 000 retraités affiliés au régime général des salariés du privé ; soit 19,4 % de la population”. Est-ce une région où la part de retraités est forte comme on a coutume de le dire ? “On a un pourcentage un peu supérieur par rapport à d’autres régions mais nous restons dans les standards, précise Eric Michon. La plupart des gens partent en moyenne est de 63,7 ans dans la région et au niveau national : 63,6 ans.” Pourquoi cet âge-là ? “Il existe des dispositifs très variés, d’avant 60 ans jusqu’à 70 ans, pour départ anticipé ; carrières longues ; pour les personnes en incapacité ; invalidité…”

Est-ce un âge, 63,6 ans, où l’on fait, pour y aboutir, ses calculs et l’on préfère prendre sa retraite même si on “perd” un peu d’argent par rapport à un taux plein à 67 ans ? “Tout dépend de la carrière du salarié. Le système est tellement devenu individualisé, que les assurés ont justement besoin de conseils. Et de simulations avec les montants que l’on peut percevoir.” La Carsat a distribué en Languedoc Roussillon 6,3 milliards d’euros de pension en 2025.

“Ne pas attendre un an avant son départ à la retraite”

Angélique Poignant, Carsat LR

Quels sont les tout premiers conseils que pourrait donner les responsables de la Carsat pour maximiser son déroulé de carrière ? Pour combler des “trous” ; vérifier de possibles erreurs… ? “Déjà, tranche Angélique Poignant, ne pas attendre un an avant son départ potentiel à la retraite. Il faut créer son compte sur le site de l’Assurance retraite.Voir si son relevé de carrière est complet et ce, en dehors de toute urgence. Si tous les employeurs sont bien recensés. On peut le fait dès 30 ans, peu importe. S’il y a des trous, on peut nous solliciter ; nous avons des services en ligne qui sont de plus en plus performants pour nous transmettre des pièces justificatives et expliquer un “trou”. Et, parfois, nous sommes en capacité de retrouver des pièces d’une période lacunaire. Ensuite, si on veut prétendre à un aménagement de carrière – retraite anticipée, partir plus tard pour une retraite plus avantageuse… – la simulation peut aider. Aujourd’hui, 70 % des demandeurs de retraite font leur demande en ligne.”

“Il y a de moins en moins de périodes lacunaires”

Comment se passe-t-il pour les indépendants et les auto-entrepreneurs ? “Ils auront une retraite. Depuis 2020 et la fermeture du RSI, le régime général a absorbé celui des indépendants. Nous servons la retraite des commerçants, artisans, professions libérales. Y compris leur retraite complémentaire. Nous proposons les mêmes conseils que pour les salariés avec là aussi des projections. Nous avons des actions de partenariats très forts avec l’Urssaf, notamment, pour s’assurer que les fins de carrière se soldent bien. Pour un passage à la retraite le plus rapide possible.”

Certains comptables proposent, via une société “amie”, de s’occuper de tout, moyennant autour de 1 000 € ? Angélique Poignant réagit : “On peut, à la Carsat, faire économiser cette somme… Il y a beaucoup de conseils qui fleurissent…” Eric Pichon renchérit dans une formule : “On ne peut pas utiliser mieux que notre base…” Cependant, avec la retenue des impôts à la source et la dématérialisation des données, “il y a de moins en moins de périodes lacunaires”, précise Eric Michon.

Faut-il profiter des trois mois “offerts” par la suspension de la réforme…?

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Depuis la suspension de la réforme des retraites qui a fait théoriquement “gagner” trois mois à une génération, pour un départ à 62 ans et neuf mois contre 63 ans avant, est-ce une bonne chose, financièrement, de partir ? Les gens calculent-ils beaucoup pour maximiser ce qu’ils peuvent en attendre ? Ce n’est pas forcément une bonne idée, on peut y perdre de l’argent. “Il faut demander à son conseiller Carsat qui saura faire la simulation, note Angélique Poignant. On peut la faire aussi soi-même. On peut aussi bénéficier d’une retraite à taux plein à 62 ans et neuf mois… Cela dépend du nombre de trimestres. Ce qui peut jouer, c’est le montant de vos revenus la dernière année souvent la mieux payée”, soulignent Eric Michon et Angélique Poignant.

La retraite progressive, phénomène croissant

En un an, en tout cas, deux fois plus de Français ont fait la demande d’une retraite progressive. Selon les chiffres de l’Assurance retraite, près de 20 000 personnes au premier trimestre 2026 (8 877 à la même période en 2025) ont demandé à bénéficier de ce dispositif qui permet de travailler à temps partiel tout en percevant déjà une partie de sa pension.

Il y a des conditions pour bénéficier de cet amortisseur face au recul de l’âge légal au départ : avoir au moins cotisé 150 trimestres et avoir 60 ans. “Oui, c’est un phénomène assez présent, agrée Angélique Poignant. L’année dernière, les futurs retraités ont pu bénéficier d’une nouvelle mesure, notamment sur la retraite progressive, possible dès 60 ans. Il y a pas mal d’engouement. On a presque doublé le nombre de gens qui choisissent cette possibilité. Et 2026 démarre plus fort sur ce point : la mesure a pris ses effets depuis septembre dernier. Il y a aussi une autre tendance liée à “l’inquiétude pour les personnes qui souhaiteraient un cumul emploi-retraite avec de nouvelles conditions moins favorables dès janvier 2027 que le dispositif actuel. Et donc actuellement, il peut y avoir des gens qui en saisissent d’ores et déjà l’opportunité.”

“On perçoit cette hausse des demandes très fortement”

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Le risque de nouvelle réforme à venir précipite les demandes. “Il y a un changement de comportement qui est perceptible, ne serait-ce que par le flux de demandes pour la retraite, plus élevé que ce l’on attendait. Alors que l’on était déjà dans de fortes demandes les années précédentes. Cette année, nous dépassons largement les prévisions.” Eric Michon, directeur de la Carsat LR ajoute : “Il y a peut-être l’idée qu’un tien vaut mieux que deux tu l’auras…, formule-t-il. On perçoit cette hausse des demandes très fortement. D’autant plus dans notre région, très précaire, avec une hausse des Aspa, l’Allocation de solidarité des personnes âgées qui vient améliorer le niveau de prestation quand on est en dessous d’un niveau de ressources et de pension.”

40 000 demandes de retraites progressives en 2025

Quid de la retraite progressive ? (1) Est-ce que le niveau de sa pension de retraite restera le même que si on n’a pas pris cette retraite progressive à 67 ans, à taux plein ? “Normalement oui, répond Angélique Poignant, dans la mesure où les cotisation sont prises à 100 % par l’employeur” qui devra donc accepter de surcôter. Et cela dépend des accords d’entreprises. Si l’employeur ne continue pas à payer 100 % des cotisations, il y aura une moins-value de votre pension retraite.” Angélique Poignant ajoute que “les conseillers de la Carsat vont à la rencontre des salariés dans les entreprises pour faire des réunions d’information collectives. Et dans les échanges avec les employeurs, on n’a pas eu connaissance d’incitations pour la retraite progressive”.

Surtout des femmes en situation d’aidant

Eric Michon juge en tout cas que c’est parfois, pour l’entreprise et le salarié, “assez gagnant-gagnant dans la manière de terminer sa carrière. Ça permet d’assurer un “tuilage” et une transmission des savoirs en douceur. C’est intéressant. Il y a eu environ 40 000 retraites progressives en 2025 pour la France sur 850 000 départs en retraite au total. En Languedoc-Roussillon, cela représente à peu près 5 % de ces 40 000, soit précisément 2 034, dont 1 344 pour des femmes. Qui sont le plus souvent confrontées à une position d’aidant pour un parent vieillissant. Et ayant besoin d’aménager sa fin de carrière. Un employeur peut refuser mais c’est rare et complexe : il faut démontrer que c’est incompatible avec l’activité de l’entreprise.”

Les règles du cumul emploi-retraite vont se durcir

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Les règles du cumul emploi-retraite vont se durcir (2) dès le 1er janvier 2027. Angélique Poignant valide : “Jusque-là, elles étaient assez souples, permettant à tout un chacun d’avoir une activité rémunérée quel que soit le niveau de sa pension. Et quel que soit l’âge. C’était un phénomène en expansion ; on était arrivés à près de 8 % de retraités cumulants chez les jeunes retraités.” Dorénavant, “quelqu’un qui partira en retraite avant l’âge légal (62 ans et neuf mois), il ne pourra pas cumuler 100 % : on lui retiendra l’écart entre ce qu’il gagnerait et ce qu’il gagnerait à la retraite. Et quelqu’un qui partirait entre l’âge légal et 67 ans, il pourra les cumuler mais il y aura un plafond assez bas de revenus – qui doit être prochainement déterminé par des décrets d’application) à ne pas dépasser sous peine d’une réduction du montant de la retraite. Mais à partir de 67 ans, tout cumul sera possible sans restrictions.” De quoi rendre le dispositif moins attractif et peut-être développer le travail au noir…?  “En tout cas, ce sera moins attractif.” Le but du législateur ?

Retraite à l’étranger : “Regarder la prise en charge de la santé”

Quels conseils la Carsat donne-t-elle pour des Français qui veulent passer leur retraite à l’étranger ? “On compte 1,3 million de Français retraités à l’étranger – sur 17 millions de retraités du régime général). Nous avons 48 271 pensionnés sur 693 000 retraités. Dans la région, il y a des connexions assez fortes avec l’Espagne. Il existe la portabilité de la retraite qui est servie quel que soit le pays où le retraité se trouve, mais il n’auront pas l’Aspa qui n’est donnée que sous conditions de résidence en France”, rappelle Eric Michon. “C’est un phénomène qui s’est développé dans quelques pays référents comme l’Espagne, le Portugal ou dans des pays du Maghreb. Il n’y a pas forcément de conseils. Mais peut-être dire qu’il faut regarder la problématique de la prise en charge de la santé. Les couvertures santé peuvent en être complexifiées. L’herbe n’est pas forcément plus verte ailleurs quand on voit le niveau de services en France.”

Olivier SCHLAMA

  • (1) Concernant l’évolution des retraites progressives voici l’évolution (pour 2026, ce sont les chiffres à date fin mai 2026), il y en avait 488 en 2022, 8118 en 2024, 1 545 en 2025. Et à date en ce mois de mai, déjà 1 192.
  • (2) Cumul emploi-retraite : en 2023, cela concernait 3 % des retraités en Languedoc Roussillon (contre 3,5 % France entière), évidement avec beaucoup plus de “cumulants” chez les jeunes retraités. Il n’y a pas encore de données pour 2025.

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