Occitanie : Habitat flottant, maisons sur pilotis, c’est parti !

Le projet concernant le port de plaisance de Gruissan, ce sont des hébergements qui prendront place sur des pontons fixes. Plein Sud et sans vis-à-vis. L’habitat est en cours d’étude grâce à un partenariat inédit avec Outremer Yachting. Photo : DR.

Un milliard d’euros mobilisés pour le plan Littoral 21 en Occitanie dont la vocation est de rénover les stations balnéaires et lancer des actions pour faire face au changement climatique. Un groupe de travail sur l’habitat flottant s’est réuni le 6 juin, donnant le coup d’envoi pour expérimenter de futures maisons flottantes dans les villes lauréates ! Histoire de vivre avec l’eau, sans vouloir la combattre.

Le 6 juin dernier,  la région Occitanie a réuni un groupe de travail sur l’habitat flottant, chantier d’expérimentation porté par le Plan Littoral 21. Il se veut être une réponse au changement climatique en proposant une forme d’adaptation de l’habitat et de l’aménagement touristique sur le littoral. Carole Delga, présidente de Région, l’avait rappelé dans ses voeux au monde maritime en janvier : « Il existe en Occitanie une volonté politique forte de développer une expérimentation sur l’habitat flottant avec l’objectif d’accueillir rapidement des démonstrateurs. La Région a ainsi donné un premier signal en réalisant une capitainerie flottante dans le port de Sète. »

Dès le 5 mars, une première réunion s’était tenue avec plusieurs sociétés spécialisées pour présenter leurs différentes approches sur cette thématique dont les sociétés Carré de vie, Grand Large Yachting et Aquatech innovation. C’est à  l’issue de cette réunion, que Didier Codorniou, maire de Gruissan, premier vice-président de la région et président du Parlement de la Mer, a souhaité mettre en place un groupe de travail.

« Nous avons des projets au Cap d’Agde, à Sérignan, Gruissan, Valras… », explique Didier Codorniou. L’idée, c’est de proposer des réponses pour les campings, pour participer à la requalification du littoral, mais aussi proposer une alternative pour l’hébergement sous forme de résidences de tourisme, comme cela se fait en Europe du Nord, Norvège ou Suède. Nous nous appuyons sur un chargé de mission en préfecture et sur le couple d’architectes Portzamparc. Le premier pour les aspects réglementaires compliqués (ces bateaux-maisons pourront-ils sortir du port ? par exemple) dans des zones frappées par un Plan de risques littoraux, dépendant du code de l’urbanisme et du code de l’environnement, etc. ; le second pour qu’ils nous accompagnent niveau architectural. Nous voulons un habitat de qualité capable de s’adapter aux enjeux de montée des eaux, de réchauffement climatique. »

Selon plusieurs sources, quelque 500 millions d’euros seraient mobilisés sur ce projet « ambitieux ». Didier Codorniou valide : « Nous allons bientôt définir les critères précis ; l’enveloppe sera conséquente ; peut-être faudra-t-il penser à des maisons sur pilotis pour certains campings proches des rivages ? En tout cas, la présidente Carole Delga souhaite une vraie réponse au niveau de l’Occitanie et que cette région soit un exemple en France. »

Port de Gruissan : « bateaux amarrés »

Le projet concernant le port de plaisance de Gruissan, ce sont des hébergements qui prendront place sur des pontons fixes. Plein Sud et sans vis-à-vis. « L’habitat de conception HQE reposerait sur des coques dont la solution technique efficiente est en cours d’étude grâce à un partenariat inédit avec Outremer Yachting afin de s’appuyer sur leur savoir-faire spécifique en matière de conception de catamaran et respecter l’homologation « bateau », précise-t-on du côté de la région. Chacun de ces hébergements disposera d’une vue sur l’eau, d’une terrasse et d’un amarrage pour un petit bateau, ou une annexe. « Pour le succès du produit, il est essentiel que les unités fassent l’objet d’une intégration architecturale et paysagère soignée, faisant l’objet d’une étude s’appuyant sur un design méditerranéen, intégré au paysage urbain de la station », est-il encore dit. 

Autre exemple, celui qui sera mené au port de plaisance fluvial sur le petit Rhône à Fourques : 310 emplacements avec des barges habitables prévues. Pontons et quais adaptés aux crues lentes du Rhône. L’étude socio-économique est à confirmer. 

Habitats et bateaux sur le site Natura 2 000 des Orpellières et deux autres projets à Agde

Un autre projet s’inscrit dans le schéma de valorisation du littoral de la communauté d’agglomération Béziers Méditerranée. Le fleuve Orb est un axe de valorisation du territoire et crée le lien entre Béziers et la mer. Ainsi, à son embouchure, les ports de Sérignan et de Valras-Plage et le site Natura 2 000 des Orpellières, sont des points d’ancrage du territoire à la mer. La communauté d’agglomération souhaite valoriser cet espace afin de favoriser les flux entre la ville de Béziers et la Mer et faire du fleuve un axe d’itinéraire doux reliant les différents pôles. « Ces unités d’habitat mélangées avec les bateaux ont été estimés à quelque 130 000 € à 200 000 € l’unité de 80 m2 à 120 m2).

Deux projets sont à l’étude à Agde consistant à la mise en eau d’une ancienne friche industrielle pour y créer de l’habitat flottant sur une superficie de cinq hectares. Ensuite, il existe un projet de locaux flottants de l’aire marine protégée dans une zone située à l’entrée du port et d’une superficie de 160 m2 pour accueillir les sept permanents de l’aire marine et y accueillir scolaires et public.

L’habitat flottant est entendu par l’Etat comme un navire stationnaire, habité et relié de manière pérenne à la terre. »

Yvan Guiton, représentant le préfet de Région

« La position de l’Etat est très attendue pour convaincre les investisseurs de s’intéresser à l’habitat flottant. Yvan Guiton, représentant le préfet de Région, a indiqué que l’habitat flottant est entendu par l’Etat comme un navire stationnaire, habité et relié de manière pérenne à la terre. Une proposition a été faite au Comité france maritime afin de pouvoir stabiliser une position nationale de l’Etat sur ce sujet. Le CIMER du mois de novembre pourrait l’entériner. Pour mémoire, la présidente de Région a invité une délégation du comité france maritime, composée du président du cluster maritime français et du secrétariat général à la mer. Le comité france maritime viendra en visite officielle le 19 juillet prochain. 

Sitôt la réglementation stabilisée sur l’habitat flottant par l’Etat, la Région souhaite lancer sélectionner plusieurs sites, en lien avec les collectivités, susceptibles d’accueillir en Occitanie des habitats flottants. La Région accompagnera les collectivités lauréates en finançant les études préalables à l’installation de cet habitat flottant et une étude architecturale pour donner à l’habitat flottant une identité Plan littoral 21 compatible, y compris avec l’identité du territoire de projet. Les infrastructures nécessaires à l’accueil des ces nouveaux équipements pourront également faire l’objet d’un accompagnement particulier.

Pour Carole Delga, « l’Occitanie tout entière doit se tourner vers la mer car le potentiel est énorme, nos atouts déjà nombreux. La Mission Racine, il y a 50 ans, a donné un souffle à notre littoral. Je veux aujourd’hui lui redonner 50 ans d’avance.  ». Deux cents kilomètres de rivages, 1,3 millions d’habitants permanents, 20 stations balnéaires, 70 ports de plaisance, 3 ports de commerce, un parc naturel marin de 4 000 km2, une pêche et une conchilyculture dynamiques. La façade méditerranéenne offre de nombreux avantages pour la croissance « bleue ». C’est pourquoi, la région Occitanie a lancé un ambitieux plan, notamment de rénovation des stations balnéaires, de  mutation des stations thermales et de montagne, de 1 milliard d’euros jusqu’en 2021 – Région réserve une enveloppe de 300 M€, l’Etat 200 M€ et privé et collectivités 400 M€. L’objectif est de dynamiser et surtout ne pas rester sur des acquis vieillissants. La Région a donc lancé en mars 2017, avec l’Etat et la Caisse des Dépôts, ce Plan Littoral 21, pour soutenir des projets structurants de modernisation et de développement, portés par les collectivités et les acteurs des territoires. Avec trois buts : la résilience écologique, l’innovation et l’attractivité.

Plus de 100 projets financés pour plus de 150 M€

« Ainsi, en un an, plus de 100 projets financés pour un coût total de plus de 150 M€, détaille-t-on du côté de la région. Avec une montée en puissance chaque année, avec plus de 200 M€ investis en 2018. » Des exemples ? Le projet Ville et Port de la Grande-Motte, l’aménagement du coeur de la station touristique de Cap d’Agde ou du lido de Frontignan, la mise en valeur du phare de l’Espiguette au Grau-du-Roi.

Via l’Appel à manifestation d’intérêt (AMI) territoire d’innovation de grande ambition, lancé par le Commissariat général à l’investissement, le consortium Littoral +, porté par la Région, permet de mettre en synergie entreprises, collectivités, universités et laboratoires de recherche, pour tenter d’obtenir 40 M€ supplémentaires pour la mise en oeuvre du Plan Littoral 21.

Olivier SCHLAMA