Numérique : Le mouvement associatif veut réussir sa transition

Après deux premières publications en 2013 et 2016, Solidatech et Recherches & Solidarités se sont associés pour mener une étude nationale destinée à suivre l’évolution des pratiques numériques au sein des associations, et à les aider pour en tirer le meilleur parti.

Tous les trois ans désormais, Solidatech et Recherches & Solidarités s’associent dans un baromètre unique sur la santé numérique des 1,3 million d’associations existantes en France. En sachant qu’un tiers des Français ont une activité de bénévoles.

L’étude révèle que 84 % des 2 500 responsables associatifs sondés disent que leur association rencontre des difficultés dont 57 % sont d’ordre « humain » (appréhensions de certains à lever, trouver le temps et les compétences, maintenir les relations interpersonnelles au sein de l’association…) et 41 % d’ordre financier. « Les difficultés techniques et stratégiques se sont, elles, atténuées du fait de l’arrivée sur le marché de nouveaux produits plus conviviaux, plus matures, etc. », Cécile Bazin, directrice de Recherches et Solidarités, un bureau d’études national spécialisé, qui a co-produit cette étude. Sur ces deux plans, technique et financier, la situation semble s’être améliorée depuis 2016. L’émergence de solutions numériques peu coûteuses et parfois gratuites, ainsi qu’une meilleure connaissance de cette offre, ont certainement réduit les contraintes financières, dit l’étude.

Montrer aux acteurs associatifs qu’ils n’ont pas à rougir des difficultés qu’ils peuvent rencontrer »

Ce baromètre s’adresse aux acteurs associatifs, « pour les sensibiliser, les guider et leur montrer qu’ils n’ont pas à rougir des difficultés qu’ils peuvent rencontrer » ; aux acteurs du numérique, pour qu’ils s’adaptent au mieux aux besoins des associations dans la conception des outils, dans leurs supports pédagogiques et dans le « service après-vente ». Et aux pouvoirs publics et aux structures d’appui à la vie associative pour qu’ils « apportent des réponses adaptées aux besoins d’accompagnement des associations sur ce sujet du numérique, aujourd’hui si important ». Ce sera d’ailleurs le message que Cécile Bazin portera demain mercredi au Forum national des associations et des fondations, à Paris.

Engagement bénévole et subventions en baisse…

L’enjeu est fort à l’heure où la gestion du temps « devient une priorité pour les associations. Aux prises avec des difficultés accrues, elles doivent notamment gérer la diversification des modalités d’engagement bénévole et la baisse des subventions publiques ». Même si aujourd’hui, « elles s’en plaignent moins car elles se sont mis à rechercher et trouver davantage de fonds privés pour exister et se développer ».

Le forum national des associations. Ph. DR.

Cécile Bazin ajoute « qu’il y a depuis trois ans une meilleure appropriation globale des outils numériques, qui suit celle plus générale de la société ». Les enjeux, aujourd’hui, est de se « singulariser », de se faire connaître et de « gagner du temps et de l’efficacité ». Il y a une rationalisation des usages (2). L’usage en perte de vitesse depuis 2016 de la vidéo, est, à cet égard éclairant. Car le temps des bénévoles qui frappent continûment à la porte quotidiennement est révolu. « Il n’y a pas moins de bénévoles. Mais ils sont moins présents qu’avant ; leur présence est plus ponctuelle… Et quand ce sont des jeunes, même s’ils sont très engagés et volontaires, ils sont très mobiles et changent facilement d’association ». Et d’ajouter : « Les associations qui rencontrent le plus de difficultés sont celles de taille moyenne. Les petites structures ont, elles, leurs petits moyens à assumer. »

Créer des groupes de travail pour que tout le monde dans l’association, bénévoles et salariés, se sente concerné à un même niveau d’implication. »

Claire Debien, de Solidatech

La nouveauté de ce troisième baromètre est d’apporter des « clefs de la réussite, même s’il n’y a pas de modèle unique pour tous », dit l’étude. « Nous donnons des conseils sur le fait de suivre de bonnes formations ; d’assurer un meilleur partage de la culture numérique, explique Claire Debien cheffe de ce projet à Solidatech (1) ; de créer des groupes de travail pour que tout le monde dans l’association, bénévoles et salariés, se sente concerné à un même niveau d’implication. De créer des ateliers communs pour éviter une scission entre salariés et bénévoles. Le numérique a des avantages évidents mais il peut aussi avoir des désavantages : par exemple, la transparence est un progrès mais parfois elle peut être perçue comme une difficulté dans la gouvernance si jusque-là c’était un petit groupe qui décidait tout et qu peut se sentir déstabilisé par cet apport de… démocratie… »

Le numérique est une boîte à outils au service du projet associatif »

Perché à 400 mètres de hauteur, en contrebas de la crête du Pic-Saint-Loup, à un vol de pigeon de Montpellier, se meurt un emblème du Moyen-âge devant un paysage grandiose. Une association de sauvegarde se donne pour mission de le conserver et de mettre en oeuvre un projet culturel et touristique. Photos : Thomas ROBARDET-CAFFIN

Parmi les thèmes-clefs de la réussite, les experts préconisent de ne pas perdre de vue le projet associatif et considérer la singularité des objectifs propres à chaque association ; de développer ou instaurer une culture numérique partagée ; d’adopter une approche globale pour procéder par étapes : mener un diagnostic personnalisé pour définir en amont les objectifs, prendre le temps de trouver l’outil adapté, impliquer les parties prenantes, analyser les risques éventuels et tenter d’anticiper les effets sur l’activité et l’organisation… Et adapter ses pratiques pour plus de sobriété numérique et ainsi limiter l’impact environnemental.

« Le numérique est une « boîte à outils » au service du projet associatif », résume Cécile Bazin, par nature propre à chaque structure et susceptible d’évoluer dans le temps. « Aucun schéma n’est reproductible à l’identique, chaque association – chaque projet – a ses spécificités (type d’actions, priorités, niveau des utilisateurs, contraintes…) Elle doit en tenir compte pour définir au préalable ce qu’elle attend du numérique et choisir les solutions et usages les mieux adaptés. Cette préoccupation est d’autant plus importante, « face à une offre qui se renouvelle en permanence et qui propose toujours plus de fonctionnalités », appuient les conclusion de ce baromètre unique, dont « on n’a pas trouvé de trace d’équivalent ailleurs en Europe », confie Claire Dubien.

Olivier SCHLAMA

👉 Le baromètre complet

(1) Solidatech est une coopérative appartenant à Emmaüs spécialisée dans le reconditionnement d’ordinateurs et le matériels informatique. Organisme de formation, elle accompagne quelque 30 000 associations dans leur transformation digitale.

(2) Se faire connaître. Sept associations sur dix ont un site internet (71 %) ou sont présentes sur les réseaux sociaux (67 %). Elles utilisent le numérique en priorité pour se faire connaître (73 %) et animer leur réseau (72%). Le numérique est encore sous utilisé pour le financement (23%) et le recrutement de bénévoles (30%).

Accompagnement. D’après l’enquête d’Opinion des responsables associatifs 2018, 7 % des associations ont déjà bénéficié d’un accompagnement sur le sujet. A titre de comparaison, au plus haut, 13 % ont bénéficié d’un soutien en matière de comptabilité ou encore pour faire évoluer leur projet associatif ; au plus bas, 6 % sur l’accueil et l’animation des bénévoles.

Fracture numérique Des bénévoles non connectés se trouvent parfois vite isolés et quittent l’association ; des dirigeants coupés des nouveaux circuits de décisions, instaurés au moyen du numérique, finissent par démissionner… « Il est important d’élargir le cercle des initiés pour permettre à chacun d’avoir un bagage numérique minimum et pour impliquer tous les acteurs de l’association. Il faut savoir tenir compte des éventuelles résistances et prendre le temps de faire accepter les changements. »