Municipales : Moins de deux maires sur dix sont des femmes

Moins de 16% de femmes maire en Occitanie... Peut mieux faire pour rompre la solitude... Photo d'illustration D.-R.

« Ça va mieux. Mais pas suffisamment pour une parité fondée sur le partage du pouvoir et pas seulement des représentations », souligne Geneviève Tapié, la présidente de l’Observatoire régional de la parité d’Occitanie. Depuis les élections municipales de 2014, l’Occitanie compte 15,51% de femmes maire, contre 16% pour la France entière…

Si le buste de Marianne trône dans toutes les mairies, ce n’est pourtant pas encore le symbole d’une présence affirmée des femmes au poste de premier magistrat… Geneviève Tapié rappelle : « On constate une quasi-parité dans les 35 500 communes françaises, mais 84 % d’hommes maire (…) 40,3 % de femmes dans les conseils municipaux, mais peu d’entre elles (moins de 31 % en Occitanie) siègent à l’échelon supérieur de gouvernance locale… »

Faire disparaître le « plafond de verre »

L’étude rejoint ainsi le constat réalisé au mois de mars 2019 par l’Insee : « En Occitanie, 39 % des conseillers municipaux sont des femmes (40% pour l’ensemble de l’hexagone, NDLR), mais dans les communes de moins de 1 000 habitants, où aucune législation n’oblige à la parité, cette part s’établit à 35 %. Les femmes restent éloignées des plus hautes responsabilités politiques : seuls 16 % des maires d’Occitanie sont des femmes, le plus souvent dans des petites communes, et le taux de féminisation augmente au fur et à mesure que les responsabilités diminuent. »

Carole Delga, la présidente de la région Occitanie se veut optimiste face au fameux « plafond de verre » : « Ce plafond de verre nous pouvons le faire disparaître. Ceci ressort de la détermination. Je le rappelle souvent : dans ma carrière politique, j’ai été maire de ma commune, vice-présidente de Région, Parlementaire, puis Ministre. Aujourd’hui, je suis Présidente d’une Région de 6 millions d’habitants. Et en Occitanie, le combat pour l’égalité entre les femmes et les hommes est une priorité (…) Notre combat principal, nous le menons pour notre jeunesse, à travers le dispositif Génération Egalité qui s’adresse à plus de 75 000 jeunes. Ainsi, nous nous affranchirons des stéréotypes, des archaïsmes, des inégalités. Il est urgent de construire collectivement une société moderne et égalitaire entre les femmes et les hommes… »

Un écart de 8% entre les Pyrénées-Orientales et l’Ariège

Les femmes s’imposent par leur copétence. Photo d’illustration D.-R.

L’étude de l’Observatoire de la parité permet de constater que « des disparités notables apparaissent entre les 13 départements de la future Région Occitanie. L’écart important entre les Pyrénées-Orientales (10,2 % de femmes maires) et l’Ariège (18,1 %) –deux départements présidés par des femmes, Hermeline Malherbe et Christine Téqui, NDLR – peut s’expliquer par la présence de nombreuses communes rurales, moins peuplées, où les femmes accèdent plus facilement au poste de première magistrate : 17,4 % dans les communes de moins de 1000 habitants. »

Et Geneviève Tapié souligne que « pour la proportion de femmes maires, l’Occitanie est en retrait par rapport à la moyenne nationale, sauf pour les communes de 500 à 1000 habitants. Ce retard varie de 0,1 à 6 points mais il est généralisé. Il est particulièrement fort dans les 51 communes de 10 000 à 50 000 habitants (- 3,6 %) et surtout dans celles de 5 000 à 10 000 habitants (- 6 %)… »

Témoignages d’expériences très différentes

Et l’Insee apporte quelques précisions : « En Occitanie, toutes tailles de communes confondues, l’Ariège, le Lot et la Haute-Garonne arrivent en tête pour la proportion de femmes maires (19 %). En bas du classement, la Lozère, les Pyrénées-Orientales et l’Aveyron se distinguent avec un taux particulièrement faible (11 %) et se situent parmi les départements de métropole où la proportion de femmes maires est la plus faible. »

L’accès à la candidature, puis à la tête de la liste constitue la première étape du parcours vers les fonctions de maire. A en croire le souvenir de certaines femmes élues en 2014 leur « expérience de fonctionnaire territoriale », comme Anne-Marie Constans, maire de Calmels-et-Le Viala (210 habitants – Aveyron) ou Nadine Guillemot, maire de Nohic (1 455 habitants – Tarn et Garonne).

Mais d’autres pointent les freins encore bien présents. Nadine Guillemot malgré sa réussite, décrit des comportements significatifs : « J’ai pris l’initiative de monter une liste. Tout le monde pensait que j’allais perdre. J’ai l’impression de ne pas avoir été prise au sérieux. Même dans ma propre liste, certains ont contesté mon leadership une fois qu’ils ont été élus et ils ont démissionné… »

« Les femmes sont prêtes à s’investir… »

Confortée par Michèle Garrigues, conseillère régionale d’Occitanie, présidente de la Commission Internationale-Europe et maire de Belbéraud (1 124 habitants – Haute-Garonne), Pilar Chaleyssin, présidente de l’Association des maires du Gard, maire d’Aubais (2 742 habitants) propose son décryptage : « Pour une femme, il s’agit d’abord de faire ses preuves, de montrer de quoi on est capable. On est sans doute moins sévère avec les hommes. S’il y a des barrières, elles sont d’abord dans les mentalités. »

Martine Estéban, Maire de Varilhes (3 500 habitants – Ariège), constate paisiblement que « d’une manière générale, les femmes sont prêtes à s’investir. » Claire Fita, Conseillère régionale d’Occitanie, présidente de la Commission des Finances et conseillère municipale de Graulhet (13 000 habitants – Tarn), décrit la situation : « Le principal obstacle à l’accession des femmes aux fonctions municipales vient de la sphère privée. Elles doivent trouver le temps. Il faut aller vers une meilleure répartition des tâches dans les foyers. Il existe aussi un plafond de verre : les femmes ne s’octroient pas la légitimité. Elles doivent faire leur propre révolution. »

L’exemple de Brigitte Barèges à Montauban

Norbert Meler, Maire de Foix (10 050 habitants – Ariège), confirme cette analyse : « Les femmes subissent avant tout les conséquences d’une société inégalitaire. C’est d’abord un problème de société. Il reste beaucoup de chemin à parcourir pour que les esprits évoluent. Il existe un carcan culturel, il faut faire sauter les contraintes privées. » 

Maire de Montauban (62 800 habitants – Tarn-et-Garonne) de 1994 à 2001, Roland Garrigues constate : « Les femmes doivent toujours jouer des coudes pour s’imposer. » Pour autant, lui-même a été battu par une femme (Brigitte Barèges) qui n’a pas eu de mal à s’imposer : « Elle a su se positionner politiquement, elle a su représenter une nouvelle génération », reconnait-il.

Faire évoluer les intercommunalités

Le deuxième objectif pour exercer dans de bonnes conditions les fonctions de maire  est de conquérir des responsabilités, comme présidente ou vice-présidente dans les intercommunalités. Comme le souligne Geneviève Tapié : « Il n’y a que 8 % de présidentes parmi les 1 300 regroupements de communes (intercommunalités) en France… » En Occitanie, le pourcentage d’élues dans les conseils communautaires reste faible (30,8 %). Il est stable (30,9 % en 2016). Le nombre de présidentes demeure anecdotique : en 2016, 17, soit 6 % des intercommunalités. Ce qui place l’Occitanie à la 9e place sur les 13 régions de métropole.

Photo D.-R.

Claudie Bonnet, première vice-présidente du Conseil départemental du Tarn, Maire de Lagardiolle de 1995 à 2008, considère que « le déséquilibre au sein des intercommunalités est dû au nombre potentiel restreint des femmes conseillers communautaires. » Ceci en raison de la forte proportion d’hommes maires de communes qui ne disposent que d’un siège dans le conseil communautaire. Pour l’élue tarnaise : « Légiférer à nouveau est la seule façon d’arriver à la parité réelle. Cela ne signifie pas forcément d’abandonner le panachage. Concernant les intercommunalités, il faut légiférer également, sinon rien ne se fera naturellement… »

Conquérir aussi les grandes communes

Les élections municipales des 15 et 22 mars prochains permettront de faire le point sur l’évolution de la féminisation de la politique. Et l’on reparlera de parité, avec en creux la question inavouée de la compétence. Huguette Broch, maire de Molitg-les-Bains (233 habitants – Pyrénées-Orientales), n’a pas sollicité « des femmes pour des femmes », mais pour « leurs compétences. Elles travaillent davantage, ne font pas que de la figuration. » Mais, poursuit-elle : « Il faut aussi conquérir le pouvoir dans les grandes communes, pour la reconnaissance. Ce qui n’est pas le cas dans les petites communes où la reconnaissance se fait par la réalisation, le savoir-faire et l’aboutissement de projets… »

Philippe MOURET

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