Exposition : Isa Rabarot réveille la mémoire des lavandières de Sérignan

La fontaine de la mairie, à Sérignan, point de rencontre pour une déambulation à travers la mémoire de la commune..; Photo D.-R.

C’est un travail qui interpelle la mémoire et évoque pour les sérignanais les lavandières qui travaillaient quotidiennement au bord de l’Orb, faisant inlassablement l’aller-retour de leur maison jusqu’aux rives…

Isa Rabarot, portrait. Photo D.-R.

« A partir de bandelettes de tissu récupéré que j’ai déchiré, je répète le même geste durant des heures, des jours pour fabriquer ces racines, et pourtant c’est toujours différent pour moi : elles peuvent se ramifier à l’infini, devenir noueuses, être plus ou moins longues… elles sont l’expression de mon rapport au temps que j’ai ainsi l’impression de considérablement ralentir, avec plaisir, lorsque je les crée » commente l’artiste Isabelle Rabarot (*), à propos de l’installation mise en place à travers la commune de Sérignan (Hérault).

Les laveuses, à genoux, dans leurs boîtes à laver

Du geste à l’installation, l’artiste installée à Montpellier souligne le sens de sa démarche : « Ces racines textiles destinées à des installations in situ deviennent ensuite, fragmentées et multipliées, objets abstraits et sujets de dessin. Accumulations graphiques et méthodiques, tel un inventaire, elles se réfèrent à l’archéologie, passant de l’artefact à une écriture imaginaire. »

Un travail que connaît bien Gaby Scaon, conservateur honoraire du Patrimoine, qui rappelle le contexte : « Le travail d’Isabelle Rabarot est lié à la mémoire, à la nature. Il y a encore une génération, les lavoirs abritaient des laveuses, à genoux dans leur boîte à laver, elles rinçaient, battaient, tordaient le linge à longueur de journée. Quand la lessive était finie, le linge était enveloppé dans de grands draps blancs noués aux quatre coins, formant d’imposants ballots qu’elles transportaient sur une brouette… »

« Les ballots immaculés se sont momifiés »

« Les ballots immaculés se sont momifiés, agrippés aux rives, ils ont pris racine, plongeant leurs tentacules dans l’eau, rampant sur l’herbe verte… » Photo D.-R.

De la simple mémoire à l’interprétation artistique, elle poursuit, comme faisant le récit d’une légende oubliée : « Un jour, les laveuses ont disparu, abandonnant leurs ballots de linge… personne ne les a plus revues… Avec le temps, les ballots immaculés se sont momifiés, agrippés aux rives, ils ont pris racine, plongeant leurs tentacules dans l’eau, rampant sur l’herbe verte, s’enroulant autour des poteaux de lavoir. Ils sont devenus éléments du paysage agissant sur lui, dominant la nature, inversant le phénomène qui veut que le temps efface les choses. »

Ainsi, les gestes d’un quotidien révolu et les traces de la mémoire trouvent un écho dans la démarche de l’artiste qui décline ses créations en diverses formes à découvrir jusqu’au 28 mars à travers une déambulation qui va d’une installation in situ commençant par des photos des lavandières au niveau de la passerelle Saint-Roch (oeuvre de Lionel Laussedat) en passant par la fontaine de la mairie, jusqu’à la médiathèque Samuel-Beckett.

Philippe MOURET

(*) Après des études d’Histoire de l’Art et d’Arts Plastiques à l’Université de Rennes, Isa Rabarot a fait la rencontre de Sheila Hicks en 1981, travaillant dans son atelier à Paris. En 1983, elle étudie ensuite à l’atelier textile d’Edward Baran à l’école des Beaux-Arts d’Angers. Isa Rabarot a réalisé au cours de son parcours un grand nombre d’installation et d’expositions notamment au Grand palais de Paris à Tokyo en 1988 et a également attiré l’attention de collectionneurs tel que la FRAC de Bretagne. Sous son vrai nom, Isabelle Rabarot mène une brillante carrière de coloriste de bande dessinée, elle a collaboré régulièrement avec Michel Plessix, Olivier Vatine, Lewis Trondheim, Dave Stevens et Geof Darrow. Elle vit et travaille à Montpellier.

D’une expo à l’autre…