Montpellier : depuis le 7 juillet, la nouvelle gare fonctionne et irrite les écologistes

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Dans l’ombre de Georges Frêche, une deuxième gare TGV pousse Montpellier vers la mer. L’UE enquête. Avec ses airs de soucoupe volante, posée en plein champ, sur un espace de 10 000 m², la nouvelle gare TGV de Montpellier (nommée gare « Montpellier Sud de France », ex « gare de la Mogère ») est spectaculaire !

Spectaculaire, tant au niveau de son design futuriste que de ses ambitions : faire du quartier où elle est implantée, et où elle fonctionne depuis samedi dernier, un tout nouveau centre palpitant pour Montpellier, le quartier « Cambacérès » (*). De fait, la capitale héraultaise poursuit sa formidable mue urbaine vers la mer, comme le souhaitait ardemment l’enfant terrible de la politique du sud, Georges Frêche, mentor de l’actuel maire de Montpellier, le DVG sans étiquette, ex-PS, Philippe Saurel, proche du Président Macron et de Manuel Valls.

Contre-inauguration de la « gare fantôme »

Une contre-inauguration pour la « gare fantôme » de Montpellier… Photo R.-M.

Philippe Saurel – peu semblent s’en souvenir – a longtemps été réfractaire à ce projet, porté par Georges Frêche, dès les années 1980, avec une première officialisation, en 1999. Ce n’est donc pas lui, l’instigateur du projet. Un Saurel, qui est venu – en toute discrétion, sans inauguration officielle – accueillir les premier voyageurs du premier train de la nouvelle gare, le 7 juillet à 6h41, et qui est devenu LA bête noire des écologistes, tout en étant lâché par la présidente de Région, la PS Carole Delga.

Samedi dernier, une poignée de militants écologistes issus des rangs de EELV, de La France insoumise (dont la controversée députée Muriel Ressiguier ), du collectif « Stop Mogère » se sont livrés à une « contre-inauguration », sur la BO du film « Ghostbusters », dénonçant une « gare fantôme », « inutile », « coûteuse », « anti-moderne et anti-écologique » et mal desservie par les transports en commun.

Pour l’heure, pour rejoindre la place de la Comédie il faut, de fait, que les voyageurs prennent une navette jusqu’à Odysseum, d’où ils doivent prendre le tram jusqu’à … la première gare TGV de Montpellier ! Presque 40 minutes de trajet… alors que les deux gares ne sont éloignées que de quelques kilomètres. Autant dire que, samedi, les premiers voyageurs étaient loin d’être ravis.

Delga : « Le compte n’y est pas ».

Il y a deux ans, alors que le chantier battait son plein, Carole Delga avait estimé que, niveau desserte de trains, dans la future gare, « le compte n’y [était] pas » : pas assez rentable, la nouvelle gare. Aujourd’hui, 4 A/R vers Paris et Marne-La-Vallée sont prévus ainsi que 2 A/R intercités vers Bordeaux et Marseille. Or il faudrait 45 trains par jours, pour que l’affaire soit rentable.

Résultat : la Présidente avait remisé son chéquier, revenant sur les engagements pris par la Région. Une démarche douteuse : le contrat de partenariat avec RFF (Réseau ferré de France, devenu SNCF Réseau), signé par la Région, ne fait, en effet, nulle part état d’un nombre minimal de dessertes obligatoires. Par ailleurs, il semble évident que seulement très peu de trains peuvent arriver à la nouvelle gare, aussi longtemps que le contournement Nîmes-Montpellier se sera pas opérationnel et que la gare de Nimes-Manduel ne sera pas construite.

Gymnastique politique

Il faut dire que Carole Delga se débat dans un positionnement interne avec sa majorité et doit composer avec Gérard Onesta (Nouveau Monde), sans qui elle est privée de ladite majorité. Or ce n’est un secret pour personne : l’ancien candidat aux régionales est un farouche opposant au projet de « La Mogère ». On comprend bien le souci qui se pose, au niveau de la Région : si Carole Delga entend poursuivre, in fine, ce projet-là, et payer la part qui incombe à la Région, il va lui falloir des appuis politiques, des appuis qu’elle devra vraisemblablement aller chercher du côté du centre voire de la droite, car, dans son camp, les pro-nouvelle gare ne sont pas légion.

Saurel : « On va m’entendre hurler jusqu’à l’autre bout de la Méditerranée ! »

Philippe Saurel lors du départ du premier train de la nouvelle gare, le 7 juillet à 6h41 c’est Paris. (Crédit photo : compte Twitter de Ph. Saurel)

Toujours est-il qu’après le scud de Delga, en 2016, Philippe Saurel a remué ciel et terre pour que le chantier se poursuive coûte que coûte et que cette gare ne devienne pas la « gare fantôme » si crainte : de fait, la gare TGV de Montpellier (Saint-Roch) à peine reliftée, ne devrait pas être saturée avant… 2030. (C’est l’un des arguments des opposants au projet). Avec une fréquentation potentielle de moins de dix trains par jour, la gare de Montpellier Sud de France pourrait donc parfaitement venir gonfler la liste des des stations fantômes. « Si ça arrive, on va m’entendre hurler jusqu’à l’autre bout de la Méditerranée », avait prévenu un Philippe Saurel remonté, dans les pages de Reporterre, en juin 2016.

Montpellier dans le viseur de Bruxelles

Autre souci avec lequel Montpellier et tous les partenaires engagés dans ce projet doivent composer : la plainte, déposée, en octobre 2016, par FNE (France Nature Environnement) LR. Depuis, la Commission Européenne a entamé une procédure pour interroger la France sur la manière dont elle a autorisé l’ajout de la nouvelle gare de Montpellier sur le contournement de Nîmes et Montpellier. Il s’agit, pour Bruxelles, de vérifier si la législation européenne en matière d’évaluation environnementale a bien été respectée.

FNE LR estime que l’administration française a utilisé l’autorisation accordée au CNM (contournement ferroviaire de Nîmes et Montpellier) – projet conçu comme une ligne essentiellement dédiée au fret et ne comportant aucune gare TGV – pour construire, en réalité, un ouvrage bien différent, comportant deux projets de gares TGV, ne comportant plus l’aiguillage de Saint-Brès (qui devait raccorder la gare de Montpellier St-Roch) et qui se retrouve mystérieusement accompagné de divers aménagements urbains (ZAC Oz 1 (devenu « Quartier Cambacérès ») , création de routes, d’un nouvel échangeur autoroutier et extension du tramway L1).

L’Union Européenne pourrait ne pas apprécier que ce projet ait été ainsi « saucisonné », puisque cette façon de faire est contraire au droit européen.

Reportage R.-M.

(*) Qui paie quoi ? Qui fait quoi ? D’un coût total de 142,7 millions d’euros (accords signés en avril 2012), le projet, porté par RFF (Réseau ferré de France, devenu SNCF Réseau), a obtenu un financement d’environ 32,2 millions d’euros, soit 23,9 % de l’enveloppe, de la Région. L’Etat contribue à hauteur de 45M€, SNCF Réseau avec 45M€ et les collectivités territorriales avec 45 M€ (Conseil régional :32,175M€, Montpellier Agglomération : 11,825M€ et Nîmes Métropole : 1M€). Ces travaux s’inscrivent dans le cadre du projet plus large de contournement de Nîmes-Montpellier. Ce projet a fait l’objet d’un contrat de partenariat public privé (PPP), signé en février 2015 et attribué à un groupement piloté par Icade Promotion. Ce groupement est constitué des cabinets d’architectes Mimram et Nebout, du constructeur François Fondeville et de la société Cofely pour la maintenance future du pôle d’échange. Le gros oeuvre de cette gare-pont a été confié à l’entreprise Fondeville de Perpignan, l’un des opérateurs de ce partenariat public-privé.
« Oz » devient « Cambacérés » Situé sur la commune de Lattes, au sud de Montpellier, à 10 km de Carnon-Plage, le quartier qui accueille la nouvelle garer TGV de Montpellier Sud de France, devrait devenir un nouveau centre innovant, pour la capitale héraultaise : 130 000 m2 de bureaux et d’établissements de l’enseignement supérieur doivent en effet s’y installer. En complément de la « Halle French Tech », qui s’installera dès 2020, s’implanteront également une école du numérique (5 000 m²- 1000 étudiants) et, le cas échéant, l’école supérieure de Commerce de Montpellier (25 000 m²- 3 000 étudiants). Des startups, des entreprises de taille intermédiaire ainsi que des grands groupes prendront également place à Cambacérès. Niveau « résidentiel », 2 500 logements sont prévus (dont 500 à destination des étudiants). Reste l’épineuse question de l’accès en transports en commun…

Dès mars 2017, « Dis-Leur ! »  en avait parlé avant tout le monde : C’est très précis : la gare de la Mogère, à Montpellier, s’ouvrira aux voyageurs le 7 juillet 2018. Malgré la polémique et le coup de frein financier de la Région, cette fameuse seconde gare, pivot du projet de la grande vitesse et d’une meilleure offre des trains du quotidien, pourrait se faire à vitesse grand VLire la suite en cliquant ICI