Inondations : Les habitants mènent l’enquête

Nîmes (Gard), le 9 septembre 2005. Entre Aubord, Vergèze et Vestric et Candillac. La géographe du CNRS Isabelle Ruin remet en perspective le contexte de cette enquête, en rappelant que "suite aux crues rapides qui ont touché l’Etat du Colorado en 2013, ou la Côte d’Azur à l’automne 2015, les journaux soulignaient "la bêtise" ou "l’irrationalité" des habitants lors de tels événements, concluant que de nombreux décès auraient pu être évités si les victimes s’étaient mieux comportées." Photo : Dominique QUET, Maxppp

Tandis-que la préfecture de l’Hérault organisait ce mercredi 6 septembre un exercice d’évacuation du camping le Castellas, à Sète et Téorix, à Marseillan (Hérault), bordant la Méditerranée, selon un scénario d’épisode cévenol intense, les chercheurs du CNRS se lancent dans une enquête approfondie en ligne avec le concours des habitants volontaires qui ont été témoins d’un épisode cévenol dans l’année pour mieux comprendre pourquoi ils ne changent rien à leurs habitudes lors d’une crue.

C’est une démarche innovante. Les chercheurs du CNRS tentent de créer un modèle de prédiction d’impacts sociaux lors d’épisodes cévenols, c’est-à-dire que « plutôt que de simplement prévoir les pluies plus ou moins intenses, on espère d’ici quelques années, pouvoir créer une échelle d’impact auprès des habitants. Car, comme l’explique Isabelle Ruin, géographe à l’IGE (Institut des géosciences de l’environnement), au CNRS à Grenoble, « tant que les habitants ne constatent pas d’eux-mêmes l’ampleur de l’épisode, ils ne font rien ». Du coup, les scientifiques lancent une enquête sociale en demandant à des volontaires de répondre à un questionnaire en ligne. Son but final : permettre aux gens, ainsi informés, de se sentir davantage concernés. Les habitants mènent finalement leur propre enquête !

« Après la crue mémorable dans le Gard de 2002, explique Isabelle Ruin, nous allions faire une enquête de terrain pour comprendre ce qu’avait fait les habitants concernés ; s’ils s’étaient mis à l’abri ; quelle perception avaient-ils de cet événement, etc. Cela prenait une semaine à quatre ou cinq personnes pour seulement une trentaine d’entretiens. On a donc opté, en complément, pour une autre méthode, l’enquête en ligne. Avec une majorité de questions fermées. On leur demande quel est le pire moment qu’ils ont vécu, ce qu’ils ont compris et ce qu’ils ont fait pendant l’épisode,  etc., et on compare avec les données de l’Observatoire Cévennes-Vivarais » (1).

Témoins directs

Cette enquête est réalisée par des chercheurs CNRS en hydrologie et géographie des laboratoires de recherche LTHE et Pacte de Grenoble. Elle vise à collecter les observations de toute personne ayant été témoin direct d’un événement pluvieux intense datant de moins d’un an. Une même personne peut répondre à l’enquête autant de fois qu’elle a été le témoin visuel d’un nouvel événement. Cette enquête est menée dans le cadre du programme Mistrals qui finance la campagne d’observation Hymex (www.hymex.org) s’intéressant à l’évolution du cycle de l’eau en Méditerranée dans un contexte de changement climatique, du programme de recherche ANR MobiClimex s’intéressant aux mobilités en période de crises hydro-météorologiques.

Répondre à cette enquête ne prend que quelques minutes. Vos réponses resteront anonymes et confidentielles (usage limité à des fins de recherche scientifique). Vos réponses ne pourront être prises en compte que si vous répondez à l’ensemble des questions obligatoires de l’enquête.

Anticiper ou faire face : les comportements face aux crues

Isabelle Ruin remet en perspective le contexte de cette enquête, en rappelant que « suite aux crues rapides qui ont touché l’Etat du Colorado en 2013, ou la Côte d’Azur à l’automne 2015, les journaux soulignaient « la bêtise » ou « l’irrationalité » des habitants lors de tels événements, concluant que de nombreux décès auraient pu être évités si les victimes s’étaient mieux comportées. » Exemple : « Le 19 septembre 2013, le quotidien local « Aurora Sentinel » de la 3e ville de l’Etat du Colorado (Etats-Unis), titrait « Flood drivers throw doubt on intelligent life in Aurora ».

« Comportement idiot des automobilistes »

« L’article insistait ensuite, précise-t-elle, sur « le comportement idiot des automobilistes qui, au beau milieu d’une pluie torrentielle, alors que la ville était largement inondée, conduisaient sciemment leur véhicule au travers de grandes surfaces en eau. L’auteur de l’article, témoin de ces comportements, soulignait qu’il ne s’agissait pas selon lui d’un problème de perception ou de sous-évaluation de la hauteur d’eau dans les rues. Ainsi, il décrit des scènes récurrentes où les conducteurs de petites et grosses voitures attendent leur tour successif pour traverser des surfaces inondées ou des zones de ruissellement intense tout en observant les voitures précédentes s’enfoncer dans l’eau jusqu’à hauteur de roue, s’y retrouver coincées, ou pire, emportées dans le courant. Le plus intéressant concernant cet article en ligne, ce sont les réponses et commentaires postés par ses lecteurs révélant une partie des motivations qui sont à l’origine des réactions des automobilistes. » 

Olivier SCHLAMA

  • ENQUETE. On peut participer à l’enquête aussi par le biais des sites de l’observatoire hydro-météorologique Méditerranéen Cévennes-Vivarais
    http://ohmcv.osug.fr
  • Ou de l’observatoire du Risque inondation dans le Gard :
    http://www.noe.gard.fr