Hautes-Pyrénées : Le département aux petits soins des métiers du… soin

Habituellement boudées, ce sont pourtant des professions dont on a de plus en plus besoin. Dans les Hautes-Pyrénées, aides-soignants, assistantes sociales, infirmiers, AES… font l’objet d’une valorisation remarquable.

Face à une population qui vieillit, un nombre d’actifs en diminution et de nombreux métiers du soin, “en tension”, qui n’attirent pas forcément dans un marché de l’emploi qui manque de candidats, le département des Hautes-Pyrénées se montre particulièrement dynamique pour rendre plus attractifs ces métiers du social, du médico-social et sanitaires.

Pilote de l’une des 15 plateformes du genre en France, Hervé Lustemberger, chef de projet attractivité des métiers de l’accompagnement et du soin depuis deux ans au département des Hautes-Pyrénées, multiplie ainsi les initiatives, copiloté qu’il est par l’ARS, l’Agence régionale de santé. “Depuis deux ans, il y a la volonté de développer des actions de valorisation de ces métiers de fidélisation de ces métiers auprès des employeurs”, dit celui qui est ingénieur pédagogique. Des emplois non délocalisables.

Le parcours inspirant de Sophie, infirmière qui, à l’origine, voulait arrêter ses études

C’est le cas Sophie Borde, 48 ans, qui est infirmière. Après sept ans dans un service de psychiatrie, elle travaille à l’Ehpad d’Argelès-Gazost depuis 17 ans. Elle est l’incarnation du parcours inspirant. “À l’origine, dit-elle, j’attendais impatiemment mes 16 ans pour arrêter les études. Venant d’un milieu modeste, c’était important de m’assumer le plus tôt possible. Ma maman ne l’a pas entendu comme ça (rires) ; j’ai par ailleurs aussi eu la chance de rencontrer des profs bienveillants et pédagogues.”

Sophie Borde entame alors un BEP sanitaire et social. Son prof principal décèle chez elle la capacité d’aller plus haut : “Il a contacté l’hôpital ; j’y ai fait des stages ; ça m’a plu surtout sur le côté attentionné envers les patients… Ce prof avait réussi à ce que je fasse un stage avec des infirmières. Et là j’ai eu le déclic. Mais, pour devenir infirmière, il faut le bac ; j’ai donc fait une première d’adaptation puis un bac au lycée de Tarbes ; une année de préparation au concours d’infirmière” qu’elle réussit.

Bonne parole auprès des lycéens et stagiaires

A l’Ehpad de d’Argelès-Gazost (Hautes-Pyrénées). DR

Cette professionnelle du soin apporte cette parole auprès des élèves infirmiers mais “aussi auprès des jeunes gens qui viennent nous voir soit dans le cadre de la découverte de métiers soit sur des stages de lycéens professionnels. J’adore pouvoir leur dire : tu vas passer ton bac, chez nous, toutes les portes te sont ouvertes et que tu puisses choisir le métier qui te plait le plus.”

Sophie Borde le certifie : les jeunes s’identifient plus facilement quand un professionnel leur parle de son métier. “Je me souviens d’un jeune de 16 ans, en décrochage scolaire qui nous rejoint comme stagiaire. quand il a été interrogé par la proviseur, il a un peu parlé de soins. Du coup, on lui a organisé deux jours d’école et trois jours à l’Ehpad. Franchement, dès les premiers instants, on sentait la fibre d’un soignant. Sa façon de se comporter ; il avait la bonne attitude. Du coup, il n’a pas abandonné ses études…” 

“Valoriser” ces métiers du soin

Elle déroule : “Il faut répéter que nous faisons des métiers de l’humain, de la relation. Il faut être proche des gens pour pouvoir le comprendre. Il faut le répéter parce que les jeunes n’en ont qu’une idée assez vague. Venir en stage, discuter avec les professionnels.” Elle aussi veut transmettre les possibilités d’évolution existantes pour “valoriser” ces métiers du soin.Et sa vision vaut pour l’après-diplôme, pour “se spécialiser, pour continuer à s’enrichir avec des diplômes inter-universitaires, continue-t-elle ; se réorienter vers un poste de cadre, etc.” Elle joint la parole aux actes : “Là, moi-même, je postule pour un diplôme inter-universitaire sur les pathologies neuro-psychiatriques en gériatrie. C’est mon second ; le premier diplôme, c’était sur la maladie d’Alzheimer”…”

“Si on aime les relations humaines, c’est bingo”

Gladys Labat, ASH depuis quatre ans à l’Ehpad d’Argelès-Gazost. DR

Gladys Labat, ASH depuis quatre ans à l’Ehpad d’Argelès-Gazost, affirme, elle, que les métiers du soin “mériteraient à être davantage connus. Il faudrait partager ce que nous faisons. C’est pour cela que nous avons eu un temps du mal à recruter. Nous gérons surtout des humains. Je dis à ceux qui veulent s’y pencher que s’ils aiment les relations humaines, c’est bingo. Il faut leur expliquer et ceux qui veulent faire un métier du soin qu’ils doivent prendre du recul. Tout en ayant de l’empathie.”

Gladys ne fait ce métier que depuis quatre ans. Avant, elle était conseillère clientèle pour un grand opérateur de téléphonie. Jusqu’au burn out. “La pression, je n’en pouvais plus. J’ai aussi dû m’occuper de ma grand-mère.” Ce qui l’a naturellement dirigée vers le métier d’ASH. Et Gladys, âgée de 35 ans, va évoluer : “J’ai postulé pour faire l’école d’aide-soignante ; le passe le concours le 1er avril…”

Redonner aux professionnels du soin le pouvoir d’agir

Delphine Deletoile, qui dirige, elle, l’Ehpad Les Balcons du Hautacam, à Argelès-Gazost résume : “Nous participons le plus possible à des actions de valorisation des métiers du soin, pose-t-elle. Portes ouvertes, présences dans des établissements scolaires… Ce n’est surtout pas moi qui m’y rend. Les meilleurs pour en parler, ce sont les professionnels eux-mêmes.” Ce qui attire les candidats ? “Cela dépend de l’âge. Pour les quadras, quinquas, détaille-t-elle, c’est un recrutement local. Pour des jeunes, l’accroche va passer par les réseaux sociaux. Facebook, Linkedin et il faudrait que nous allions sur Intagram aussi. Ce qui attire aussi c’est la démarche Montessori, qui aide à l’autonomie des résidants. Et j’ai redonné depuis dix-huit mois aux professionnels de santé le pouvoir d’agir.”

Dès lors que cela apporte quelque chose aux résidants et à vous ; parce que c’est le sens de ce que vous faites ; oui, on a le droit”

Delphine Deletoile directrice de l’Ehpad Les Balcons de Hautacam, à Argelès-Gazost
Delphine Deletoile directrice de l’Ehpad Les Balcons de Hautacam, à Argelès-Gazost. DR

Par exemple : “Nous sommes en mode gestion de projet, tout est basé sur l’autonomie des professionnels”, y compris dans leurs tâches au quotidien. “On est sortis du classique découpage immuable de la journée (à 8 heures je coupe pain ; à 8h02, je beurre la tartine et à 8h05, je débarrasse la table…) Les professionnels s’organisent. Ça, ça plait aux jeunes. Ils se disent, à raison, en dehors des incontournables, on peut innover ; je peux faire une partie de dominos ? Oui. Faire un massage des mains ? Oui, je peux aussi aller me promener dans le parc. Et je ne serais pas sanctionné pour ça.”

Delphine Deletoile confie encore sur sa philosophie : “Quand je suis arrivée ici, les professionnels n’arrêtaient pas de me dire :“Est-ce que j’ai le droit de…” Je leur ai répondu : “Dès lors que cela apporte quelque chose aux résidants et à vous ; parce que c’est le sens de ce que vous faites ; oui, on a le droit.” Aujourd’hui, par exemple, c’était la fête du printemps {l’interview s’est déroulée en mars, Ndlr}, les professionnels ont mangé avec les résidants, ils ont fait de la déco… Même sur les animations, ils en discutent avec les résidants. Par résidence, les équipes ont aussi un budget à l’année pour acheter feutres, déco et autres et ils font ce qu’ils veulent avec.”

Maintien des personnes âgées à domicile

Ph. Unsplash

Services autonomie à domicile (SAD) ; Ehpad ; services de soins infirmiers à domicile (SSIAD) ont des besoins importants : plusieurs centaines de postes sont à pourvoir dans ce département, tous métiers du soin confondus. Or, reprend Hervé Lustemberger, “essentiels à la cohésion sociale et à la prise en charge des publics les plus vulnérables, ils souffrent d’un déficit de visibilité et d’une méconnaissance persistante de la diversité des parcours professionnels qu’ils offrent. Ils sont souvent méconnus”. Qu’à cela ne tienne !

Hervé Lustemberger parle du virage “domiciliaire” : le département accompagne une tendance de plus en plus prégnante : le maintien de personnes âgées chez elles qui ne souhaitent pas aller en établissement. “C’est un mouvement observé depuis quelques années et qui va se renforcer dans les cinq à dix ans qui viennent, résume-t-il. On aura donc besoin d’équipes de soins à domicile pour les personnes âgées mais aussi pour des personnes handicapées”, précise Hervé Lustemberger qui travaille depuis la Maison départementale de l’autonomie (MDA).

À la rencontre des collégiens et lycéens

Dans le département des Hautes-Pyrénées, au total vingt-cinq actions de terrain ont été menées en 2025 et, déjà une vingtaine de nouvelles étaient prévues au premier semestre 2026. Rencontres avec collégiens et lycéens, forums, ateliers où interviennent des ambassadeurs-métiers motivés pour parler de leur profession : aides-soignants, infirmiers, assistantes sociales, moniteurs-éducateurs… Les demandeurs d’emplois en reconversion ne sont pas oubliés. Parmi les métiers les plus demandés, on trouve aide-soignant, infirmier, AES (accompagnants éducatifs et social), aide à domicile, moniteurs-éducateurs et éducateurs spécialisés.

“Sur 20 élèves, entre 5 et 10 veulent entrer dans le soin”

Comment attirer des jeunes à embrasser des métiers dont l’image est “dégradée” ? “Nous faisons passer un message positif. On ne leur ment pas. Ce sont des métiers difficiles, parfois mal payés. Mais ce n’est pas totalement vrai : il y a des primes, des avantages… Au finale, à chaque intervention, sur une classe de vingt élèves j’en ai toujours entre cinq et dix qui veulent entrer dans ce secteur du soin. C’est encourageant.” Sa méthode est celle du terrain. Pas question de céder à la mode du jeu ou du casque virtuel pour présenter ces métiers. Hervé Lustemberger promeut, lui, “un choix de métiers, sur des échanges avec des professionnels avec de vrais débats.”

“Des métiers, centrés sur l’humain, qui ont du sens”

Ph. Unsplash

Qu’est-ce qui motive finalement des jeunes à devenir professionnels du soin ? “La question que je me suis souvent posée, c’est de savoir si la vocation existe toujours. J’ai conscience que la nouvelle génération n’est pas du tout sur le même modèle que les précédentes. Nous, on était juste contents d’avoir un travail. Point. Là, ils ne veulent pas de CDI. Que des CDD. Pas d’engagement. Ceux qui ont la vocation sont peu nombreux, même s’il y en a : parce que les parents sont eux-mêmes aides-soignants, infirmiers, etc. Ils sont imprégnés. Les autres, je leur dis en plaisantant que s’ils veulent gagner beaucoup d’argent qu’ils fassent influenceurs à Dubaï ; quoi que, aujourd’hui… Mais dans ces métiers du soin il y a des valeurs qui peuvent leur plaire : intégrité, bienveillance, écoute, communication. Ce sont des métiers centrés sur l’humain, qui ont du sens : quand on se réveille le matin, on se dit que l’on fait quelque chose d’utile pour des personnes et pour la société. C’est aussi et surtout un travail d’équipe de soignants, avec des kinés, ergothérapeutes…”

Un AES, c’est la porte d’entrée du secteur social. Il peut devenir aide-soignant, infirmier, coordinateur d’une équipe de soignants et responsable d’une unité, d’un établissement”

Quant à la rémunération, il faut appréhender ce paramètre plus largement. “Quelqu’un peut commencer à 1 500 € par mois, décrypte Hervé Lustemberger. Et rapidement gagner 2 000 €, 2 500 €, 3 000 €. Comment ? Cela dépend des évolutions qui sont possibles. Un AES, c’est la porte d’entrée du secteur social. Il peut devenir aide-soignant, infirmier, coordinateur d’une équipe de soignants et responsable d’une unité, d’un établissement. C’est pour cela que faire témoigner des professionnels, c’est important : les jeunes savent qu’ils exercent tous les jours leur métier. Et ils écoutent”, rapporte Hervé Lustemberger qui travaille avec tous les partenaires de l’emploi, de la formation et de l’insertion.

“Dix jeunes sur cinquante envisagent ces métiers”

Et la démarche paie. “Nos actions ont démarré en septembre 2024, rapporte-t-il. A la suite d’ateliers, trois personnes de la Mission locale ont été recrutées en SAD sur Tarbes ; après des visites de lycées, deux demandes de stage ont été déposées à la suite des portes ouvertes de l’Ehpad Les balcons du Hautacam, à Argelès-Gazost. Les retombées pourront être mesurées dans deux ou trois ans pour les lycées. A ce jour, ce qui est encourageant, c’est qu’environ dix jeunes sur cinquante rencontrés envisagent de faire ces métiers. De leurs côtés, les organismes de formation, àTarbes, affichent aussi des entrées en emploi motivants. Et les CDD sont plus nombreux que les CDI en 2026.”

Développer la “marque employeur”

Hervé Lustemberger, chef de projet attractivité des métiers de l’accompagnement et du soin depuis deux ans au département des Hautes-Pyrénées,

Enfin, celui qui fut consultant en formation en management et communiciation pour des écoles de commerce et pour entreprises pendant 32 ans, défend aussi, “la marque employeur. C’est-à-dire : comment un dirigeant parle de son établissement de santé. Quels avantages propose-t-il pour attirer de nouveaux profils : tickets restaurant, atelier de communication, des réunions régulières, une communication directe avec le directeur, un groupe de travail pour connaître les possibilité d’évolution, formations ? Comment donner envie de travailler chez lui. Pour cela, j’ai monté des ateliers, ressemblant à un club RH ; j’en suis à mon 6e.” Il aide aussi à, au sens propre comme au figuré, “ouvrir les portes des établissements, en créant par exemple, certains événements comme lorsqu’on a ouvert un Ehpad à Argelès-Gazost, où j’ai fait venir les acteurs de l’emploi, du public.” Un secteur qui n’a pas (encore) ses habitudes-là, où tout est à faire.

Olivier SCHLAMA

  • Après midi portes ouvertes de l’accueil de jour des Balcons du Hautacam que nous organisons mardi 29 septembre de 14h00 à 17h00.
  • Hervé Lustemberger évoque aussi deux freins principaux dans ces métiers du soin. “La mobilité. Le territoire des Hautes-Pyrénées est vaste, cela demande d’avoir une voiture ou le permis (même si des efforts ont été fait dans certains services à domicile avec des voitures à disposition sans permis et avec permis). Et le logement : il est parfois très difficile de se loger (Arreau, Cauteret, Lourdes etc.)
    Ensuite, le spécialiste évoque “les capacités et attitudes comportementales adaptées aux métiers : Les “Soft Skills” doivent déjà être présents (communication, bienveillance, écoute…) pour réussir à exercer dans ces métiers, même si certaines aptitudes s’apprennent sur le terrain). La jeune génération qui arrive doit aussi respecter un “cadre à respecter” et se conforter “aux règles de travail”.