Festival à Thuir : Le punk prolétaire et populaire des Wampas s’accorde aux esprits festifs

Les Wampas. Ph Mathieu Ezan.

La 7e édition de cette manifestation, en plein centre-ville, c’est toujours deux jours de festivités, du 7 au 9 août, dans cette ville des P.-O. Du cirque, des concerts, etc. Et tout y est gratuit…!

Il débute l’interview et la finit par “Salut !”. Simple, direct, sans falbalas. Amical. Générationnel. Comme un blanc-seing vers l’authenticité. Didier Wampas (en hommage à une tribu dans la BD Rahan qu’il lisait enfant dans le magazine coco Pif Gadget) est “sans faux semblant”. Comme sa musique. Et ça fait du bien.

Son punk prolo est aussi une secousse intello, comme on l’avait pressenti au mitan des années 1970 : ces chansons là étaient en prise directe avec le chômage, la guerre, le consumérisme, l’hypocrisie des gouvernants… Il a une énergie que l’on ne rencontre plus trop ailleurs, sauf dans ce rock alternatif dont ils sont les dignes représentants. Surtout pas dans les concerts standardisés… “On ne fait pas semblant. On ne fait pas le même show tous les soirs. Je donne tout franchement ; je me suis trop fait chier aux concerts en général. Neuf fois sur dix.”

Le punk, ça ne veut plus rien dire, de toute façon… Oui, oui, j’essaie de garder cet esprit-là : on fait ce que l’on veut et on pense ce que l’on veut”

Didier Wampas, par Topolino.

Ce sera le cas également au festival d’été de Thuir, près de Perpignan (P.-O.), baptisé les Arts au Soleil, du 7 au 9 août, où le les Wampas, groupe créé en 1983 jouera son nouvel album, le 15e, Où va nous ? Punk is not dead !? Lui, l’un des derniers représentants du punk ? “Ça, je m’en fous ! claque Didier Wampas. Le punk, ça ne veut plus rien dire, de toute façon… Oui, oui, j’essaie de garder cet esprit-là : on fait ce que l’on veut et on pense ce que l’on veut. On s’habille comme on veut. Aujourd’hui, le punk, c’est tout le contraire, c’est un uniforme. De pensée, de musique, de tout. Le contraire de la liberté.” Il se réclame du punk des origines. Pas des Clash dont on retrouve les riffes aujourd’hui dans les ascenseurs et les supermarchés… “Il y a comme ça des musées morts du punk…”, formule-t-il.

“Cirque contemporain, spectacles de rue, concerts et arts plastiques investissent les places, ruelles du centre-ville”

Premier adjointe, à Thuir, Alix Bourrat souligne que ce groupe “reflètent bien l’état d’esprit que nous voulons à ce festival des arts de rue, Les Arts au Soleil, qui succède à Passarel, les Journées catalanes”. Certes, il y a une reviviscence en France des concerts de rock alternatifs, voire de punk, parce que d’autres styles se sont par trop embourgeoisés. Mais la raison essentielle est ailleurs.

Ph. Ville de Thuir.

Alix Bourrat explique : “Nous en sommes à la 7e édition de ce festival. Entièrement gratuit, il est organisé par l’office municipal de la culture et de l’animation de la commune. Pendant deux jours, cirque contemporain, spectacles de rue, concerts et arts plastiques investissent les places, ruelles et façades du centre-ville pour offrir à toutes les générations (enfants, familles, amateurs de cultures actuelles) un rendez-vous festif, exigeant et résolument accessible. Et à chaque fois, nous avons des propositions éclectiques et un programme intergénérationnel. Nous voulons toucher des publics différents.”

“Il y a beaucoup de monde à ces concerts et ces soirées avec, parfois, plus de 3 000 personnes”

Ph. Ville de Thuir.

Il y aura, par exemple, au-delà des Wampas, du cirque, donc, un double plateau avec Bilan Cajon, compagnie Konzertinaz et  Service à Tous les Étages, compagnie Lézards Bleus. “Les habitants et les touristes sont friands de cette diversité et de ce que nous proposons. Il y a beaucoup de monde à ces concerts et ces soirées avec, parfois, plus de 3 000 personnes.” Bien sûr, tout n’est pas toujours gratuit à Thuir. Tenez le festival PellicuLive propulsé les 3, 4 et 5 septembre, par le plus grand ambassadeur de la ville, l’humoriste François-Xavier Demaison, est, lui, payant. Trois jours de cinéma, musique et de la gastronomie. Là aussi, Alix Bourrat parle “d’équilibreentre les manifestations.

“Toucher tous les publics selon les moments de la journée”

Gota Alex Griffin. Ph. Ville de Thuir

La Ville de Thuir mène ainsi depuis 1989 une politique culturelle volontariste et cohérente, fondée sur une conviction simple : “La culture doit être accessible à tous, sans condition de revenu ni de transport”. Depuis plus de trente-sept ans, spectacles de rue, saison culturelle au Théâtre des Aspres, animations en plein air et soutien aux artistes locaux rythment la vie de la cité et forgent une identité culturelle forte, reconnue bien au-delà du bassin des Aspres.

Ce festival, il a été voulu différent de toutes les programmations estivales,  souvent dense : “Thuir est une ville familiale, ouverte, où il fait bon vivre et partager. Sa formule, deux jours, plusieurs espaces investis simultanément, disciplines variées, gratuité totale, est pensée pour toucher tous les publics selon les moments de la journée : les plus jeunes et les centres de loisirs en après-midi, les familles et les adultes à partir du soir.”

Didier Wampas, une écriture singulière du rock

Les Wampas. Ph Pascal Granger.

Didier Wampas a dû y être sensible. Son écriture est l’une des plus singulières du rock français, mélangeant amour – surtout – naïveté assumée, poésie, humour, critique sociale et éclairs métaphysiques. Il connut la prime amourette chansonnesque avec un certain Manu Chao. Même de cette collaboration, il dit en un retour sur soi moqueur : “C’était un tu-tube”.

Les punks proclamaient : “No future !” Mais, 52 ans après la naissance de ce courant, ils sont toujours là et bien là ! Et font même l’objet d’une vaste étude nationale dont les auteurs ont fait étape à Montpellier samedi 18 mai 2019 à l’université Paul-Valéry aux côtés de grands noms du punk héraultais. Car la scène du Clapas serait à l’origine d’un pur son punk montpelliérain !

Le punk français avait un épicentre à Montpellier

Pour le chercheur de l’université Paul-Valéry de Montpellier, Claude Chastagner, le punk c’est quand même une musique qui a décomplexé les Français. Ils se sont peut-être dits : on n’est peut-être pas les rois de la pop et du rock mais allons-y avec le punk !” Photo : Philippe Rondeau.

“Trois accords, tu fais un groupe !” Qui n’a pas entendu cette rengaine, donnant l’autorisation morale à tout détenteur d’une Fender essoufflée de s’exprimer, à défaut d’être musicien, ayant, lui, fait toutes ses gammes ? Didier Wampas n’est pas tombé à Sète par hasard : la scène punk française avait un épicentre à Montpellier, qui a connu une effervescence remarquable à partir de la fin des années soixante-dix, et plusieurs des groupes qui en furent à l’origine (OTH, Vonn, les Vierges ou encore les Sheriff) font partie de la mythologie musicale locale, mais aussi nationale, voire au-delà.

Point névralgique à Sète du temps du Heart Break Hôtel

Les Français étaient complexés par rapport au rock anglo-saxon. Le punk c’est une musique qui les a décomplexé. Sète, avec le Heart Break Hôtel (1983-1989) où passaient les plus grands groupes fit office aussi de point névralgique, y compris de la scène punk-rock. Est-ce que ceux qui ont connu cette période, est-ce que les Shériff, les OTH, les Vierges… constituent un son montpelliérain ? En tout cas, Didier Wampas a son son à lui, son énergie à lui. Sa liberté à lui. Et sa rébellion musicale à lui.

Avec ses 80 dates par an, entre Fête de l’Huma et un bon baloche dans les P.-O., Didier Wampas (Cheppedelaine, pour l’état civil), 64 ans, jadis ouvrier à la RATP, originaire de la Garenne-Colombes (Hauts-de-Seine), près de Paris, a toujours la “niaque”. Sur scène, sa promesse ? “J’en ai pas !”, provoque le nihiliste. Si : elle est celle des vrais survivants d’une musique authentique.

Il n’y a pas de message particulier mais c’est plus qu’un bon moment : j’espère que quand celui qui en ressort a quelque chose de plus que simplement d’avoir fait la fête”

Elle n’est pas de ressentir ses influences musicales, disons éclectiques. Celui qui a posé ses guitares à Sète il y a dix ans, entre la Fête du PCF et Thuir, quel rapport ? “Aucun. Chaque concert est un concert. Je ne me renseigne pas. Je ne promets rien du tout. J’essaie en tout cas de faire un concert de rock à fond tous les soirs. C’est pas un show à l’américaine… Il n’y a pas de message particulier mais c’est plus qu’un bon moment : j’espère que quand celui qui en ressort a quelque chose de plus que simplement d’avoir fait la fête.” 

À Sète, on y sent encore un esprit de liberté. Ce n’est pas forcément celui d’il y a 40 ans mais oui. Ceci dit, je connais des gens qui sont contents que Sète ait un peu changé”

Pourquoi Sète ? Pas un peu trop bobo ? “Ça va, quand même…” : Didier Wampas ne prend pas le contrepied pour juste le prendre. C’est un punk pragmatique. “Toutes les villes comme Sète ont des centres-villes morts ; je préfère avoir des magasins ouverts pour bobos que fermés. Ça donne de la vie. Sète est animée toute l’année. C’est bobo mais pas trop friqué encore. Beaucoup de gens comme moi sont arrivés il y a dix ans. Moi, j’ai toujours rêvé d’habiter au bord de la mer ; le Nord, la Normandie et la Bretagne, il fait froid ; la Rochelle, c’est hors de prix et c’est trop clean. Il y a bien Marseille mais bon je suis Parisien quand même… Agde, l’hiver, laisse tomber. Il ne restait plus que Sète. En plus ça reste populaire. Le port de commerce ; on voit des bateaux de pêche au centre-ville. Ailleurs, on les a virés de là. Marseille, au Vieux-Port, c’est fini. À Sète, on y sent encore un esprit de liberté. Ce n’est pas forcément celui d’il y a 40 ans mais oui. Ceci dit, je connais des gens qui sont contents que Sète ait un peu changé.”

Qui saura de Mike Brant, le Hit Parade d’Europe 1, les Rubbettes !

Ado “pas très bien dans sa peau”, “pas trop de copains”, il n’aime pas le foot. Puis, vient la musique. “A 12 ans, la première chanson qui m’a touché c’est Qui Saura de Mike Brant ! Ça m’a pris le coeur, l’âme, tout. Je ne l’explique pas.” C’était pas encore la découverte fondatrice des Clash et des Ramones. Ensuite ? “J’ai écouté le Hit Parade d’Europe 1 tous les soirs ; il y avait parfois les Stones, Bowie que j’aimais beaucoup ; Rebel Rebel passait sur les ondes… J’étais fan. Même Johnny qui reprenait Eddy Cochrane… C’est comme ça que j’ai découvert le rock. N’oublions pas les Rubbettes. Juke Box Baby, ouah !

Les Sex Pistols ! “On m’aurait dit ça en 1977… !”

Le punk déboule ensuite. “J’ai vu les Clash à la TV un jour en 1977.” Et voilà. Le 4 septembre, les Wampas seront au Théâtre de la Mer, à Sète, à domicile. “Et mardi prochain, on joue avec les Sex Pistols à Carcassonne.” Les Sex Pistols, la légende du punk ! “On m’aurait dit ça en 1977… !” Yes Future… !

Olivier SCHLAMA