Exposition : Peter Saul, rétrospective aux Abattoirs de Toulouse

Peter Saul aux Abattoirs de Toulouse;.. Photo Boris CONTE.

Cette rétrospective, première exposition dans un musée en France depuis 1999, de l’artiste américain Peter Saul couvre la carrière d’un des tout derniers contemporains du Pop Art, depuis la fin des années 1950 jusqu’à aujourd’hui. Pop, Funk, Bad Painting and more, c’est jusqu’au 26 janvier aux Abattoirs-Musée-Frac Occitanie de Toulouse.

Peter Saul naît en 1934 à San Francisco, en Californie. Après un passage à la California School of Fine Arts, il étudie de 1952 à 1956 àla Washington University School of Fine Arts,où il enrichit déjà d’éléments Pops les toiles qu’il réalise sous l’œil réticent de ses professeurs, désireux, selon ses propos, d’en « rehausser le réalisme. » « La soi-disant bonne peinture est comme une parade de penseurs intelligents. Je suis content d’être en dehors de ça. Traitez-moi de cinglé si vous voulez« , insiste-t-il encore aujourd’hui…

Californie, Paris, Rome… Californie

Peter Saul, à découvrir aux Abattoirs de Toulouse jusqu’à la fin janvier 2020. Photo Boris CONTE

L’exposition des Abattoirs propose de remonter le temps et de découvrir les différentes étapes qui ont constitué les jalons d’une carrière marquée par sa manière exubérante et colorée de figurer l’histoire et la culture du monde et des États-Unis, y compris lorsqu’il s’attache à réinterpréter l’histoire de l’art, comme dans la salle de l’exposition consacrée au « Musée de Peter Saul« , un musée libre, drôle et décalé.

Son parcours commence étonnamment à Paris, à l’orée des années 1960. C’est là que l’artiste réalise ses premières œuvres reproduisant des super héros, des comics et des objets quotidiens de l’American Way of Life.A des milliers de kilomètres de l’épicentre du Pop Art auquel il se défend d’appartenir tout en partageant ses thèmes. Son Pop Art est violent, vulgaire, et l’un des premiers à attaquer le versant sombre de la nouvelle vie occidentale et ses figures populaires.

En 1964, après un passage par Rome, Peter Saul rentre aux États-Unis, en Californie, où il mêle sous plusieurs influences (du Surréalisme à l’Expressionnisme abstrait) les couleurs sales, dissonantes et les distorsions d’échelle qui le relient à la Funk de San-Francisco. En 1967, il participe d’ailleurs à l’exposition fondatrice du Berkeley Museum, Funk…

Le lien entre art et politique…

Peter Saul, d’hier à aujourd’hui… Photo Sylvie LEONARD

Le lien entre art et politique devient à ce titre un des ressorts de son travail. Il aborde sans concession les sujets sensibles qu’il traite au Day-Glo, peinture synthétique fluorescente, offrant à ses œuvres un aspect velouté ,doucereux, appliqué au service d’une séduction d’autant plus puissante qu’elle firte avec le vulgaire. Sous son pinceau, le rêve américain se transforme et laisse exprimer le sentiment de révolte qui meut la contre-culture…

Au début des années 1980, annonçant l’irrévérence et la culture de Bad Painting, il semblait plus déterminé que jamais à saper les fondements du « politiquement correct ». La manière dont, à la fin des années 1970,Peter Saul revient sur l’histoire de l’art annonce le grand mouvement de retour à une peinture à la fois libre et cultivée qui est l’une des grandes lames de fond des années 1980, « A New Spirit in Painting » selon le titre de la fameuse exposition.

Cependant, inclassable, Saul considère une nouvelle fois qu’il est indépendant de ces courants, rejetant les affiliations strictes. Pour lui, la pérennité de ses œuvres dépend justement de son indépendance face aux courants artistiques, voués à disparaître, alors que son œuvre se poursuit. Dans cette section, outre une série d’œuvres qui évoquent la « Bad Painting« , la grande nef des Abattoirs est transformée en galerie de portraits, avec un portrait par arcade…

Une « Joconde » très cartoonesque !

La Joconde de Peter Saul vomissant pizza et spaghettis ! Photo Sylvie LEONARD

Enfin, une salle de l’exposition est consacrée au « Musée de Peter Saul« , c’est-à-dire une galerie de chefs-d’œuvre de la peinture revus et corrigés par l’artiste lui-même… Peter Saul réinterprète ici des figures classiques comme Vélasquez et Rembrandt, ou des artistes pionniers du modernisme comme Picasso, Dali, Duchamp, pour ne citer qu’eux. Avec humour, dans les années 1990, La Joconde, encore elle, bénéficie également d’une réappropriation. Chez Peter Saul,  elle vomit des spaghettis et de la pizza avec des yeux exhorbités dans un esprit très cartoonesque.

En conclusion : « Peter Saul est depuis les années 60 l’ennemi auto-proclamé du politiquement et artistiquement « correct ». Il dérange volontiers les règles de l’art moderne. Il est l’héritier politique et le créateur d’une nouvelle forme de peinture historique. Son message semble donc avoir enfin trouvé le succès qu’il mérite, plus de deux décennies plus tard. Pour lui, l’art a toujours été un moyen de révolte contre les normes, une alternative au comportement criminel qu’elles peuvent engendrer (…) Sous l’humour et l’outrance, son art est l’expression d’un travail réfléchi, capable de divertir et de réveiller à la fois. »

Franck Riester : Une « exposition (…) exemplaire »

On comprend qu’une telle exposition ait été reconnue d’Intérêt national (*) par le ministère de la Culture : « L’exposition Peter Saul – Pop, Funk, Bad Painting and More présentée par Les Abattoirs est à cet égard exemplaire. L’intérêt du thème traité, comme sa qualité scientifique lui confèrent les atouts nécessaires pour en faire un événement d’intérêt national, accessible au public le plus large« , souligne le ministre de la Culture, Franck Riester.

Philippe MOURET

(*) Le label Exposition d’intérêt national a été créé par le ministère de la Culture pour mettreen valeur et soutenir des expositions remarquables organisées par les musées de France. Ilrécompense un discours muséal innovant, une approche thématique inédite, une scénographieet un dispositif de médiation destinés aux publics les plus variés, tout particulièrement dans lecadre de l’éducation artistique et culturelle. Trois expositions ont obtenu ce label en Occitanie : La rétrospective Peter Saul à Toulouse; André Masson, une mythologie de l’être et de la nature (au Musée d’Art moderne de Céret, Pyrénées-Orientales, exposition terminée) et L’aventure phocéenne. Grecs, Ibères et Gaulois en Méditerranée nord – occidentale au Site archéologique Lattara – Musée Henri-Prades à Lattes (Hérault) à partir du 23 novembre et jusqu’au 6 juillet 2020.

Les Abattoirs Musée – Frac Occitanie Toulouse Musée d’art moderne et contemporain Fonds régional d’art contemporain 76 allées Charles de Fitte 31300 Toulouse www.lesabattoirs.org 33 (0) 5 62 48 58 00 (accueil, administration)ou 33 (0) 5 34 51 10 60 (serveur vocal) Accès Métro : ligne A, arrêt « Saint-Cyprien République »Bus : n°31 et 45, arrêt « les Abattoirs » Horaires Ouvert du mercredi au dimanche de 12h00 à 18h00. Nocturne le jeudi jusqu’à 20h00 (hors vacances scolaires). Tarifs Plein tarif : 8,00€ Tarif réduit : 5,00€