Emploi : Chez Coop’action, on réussit comme entrepreneur et… salarié

Dis-Leur donne la parole à Sébastien Krémer, gérant d’une entreprise originale doublée d’une réussite, implantée à Toulouse, la première coopérative dans les métiers du bâtiment qui permet d’être entrepreneur-salarié. Un statut hybride consacré par une loi de 2014. Méconnu, il mériterait d’être davantage utilisé.

« Nous accueillons pas mal de profils de jeunes gens qui cherchent souvent du sens à leur vie. Comme, par exemple, ces deux hommes de 28 ans et 33 ans. Bac S, avec mention, master 2 en informatique et spécialiste en OGM qui ont préféré bifurquer. L’un vers un diplôme de charpentier ; le second vers une formation sur le bâti ancien. »

Ce n’est pas forcément Bizance côté salaires, si l’on prend un autre exemple, celui d’un ancien cadre d’une filiale d’Airbus, mais cela nourrit son homme, le mettant en accord avec ses valeurs. En outre, cette nouvelle forme de travail appointé est une réussite collective, comme l’explique Sébastien Kremer, le gérant de Coop’action. Cette société, basée à Ramonville, près de Toulouse, à la particularité d’être une coopérative d’activité (CAE) permettant d’être à la fois entrepreneur et salarié. Et ça marche ! A tel point que Coop’action est devenu propriétaire de ses locaux qui seront inaugurés le 27 septembre.

Tester son activité et son marché

Coop’action est d’ailleurs la plus ancienne CAE de l’Hexagone exerçant dans les métiers du bâtiment. Comme elle, il en existe seulement 25 en France, soit un quart (110) de l’ensemble des CAE françaises. Le principe est simple. La CAE sert de coquille juridique, propose ses conseils et son suivi personnalisé. En échange, l’entrepreneur-salarié lui reverse 10 % de son chiffre d’affaires, plafonné à 6 000 euros par an, chez Coop’action. Au bout de trois ans, soit on crée sa boîte en s’affranchissant de la CAE soit un devient coopérateur, associé de la structure.

Les CAE ne permettent pas de créer une entreprise au sens strict du terme. Une existence juridique, oui mais au travers de la CAE : impossible de recruter, de trouver des fonds, de vous associer… Il s’agit avant de tester son activité et son marché. Idéal pour des gens en reconversion. Les CAE ont été reconnues par la loi sur l’économie sociale et solidaire du 31 juillet 2014. (1)

Le bâtiment est un secteur très spécial avec des risques, des assurances, etc. Nous leur donnons le pouvoir d’agir, d’être un tremplin. »

Sébastien Krémer, gérant de Coop’action

Coop’action est une CAE en pleine croissance qui regroupe tous les métiers du bâtiment. Créée en 2002, la coopérative s’adresse aux porteurs de projet qui souhaitent, avant de créer leur entreprise, tester la viabilité de leur projet dans les métiers du bâtiment. Peu importe le niveau de formation ou l’expérience dans l’entrepreneuriat : ce qui compte, c’est avant tout la maîtrise du métier. « Le bâtiment est un secteur très spécial avec des risques, des assurances, etc. Nous leur donnons le pouvoir d’agir, d’être un tremplin. »

« Chez Coop’action, nous proposons des services de gestion comptable et administrative mutualisés et un accompagnement progressif permettant de tester, développer et pérenniser une activité professionnelle dans un cadre sécurisé grâce au statut d’entrepreneur-salarié. Ce statut récent régi par le Code du Travail permet de concilier l’autonomie de l’entrepreneuriat et la sécurité du salariat, socialement et juridiquement. Tout le monde a le droit de devenir un jour entrepreneur », explique Sébastien Kremer, gérant de la coopérative depuis 2016.

La coopérative fait travailler 130 entrepreneurs-salariés pour un chiffre d’affaires atteignant les 3,5 millions d’euros et peut-être 4 millions en 2019… »

Ce n’était pas gagné d’avance. Avec ses seuls CAP et BEP de maçonnerie, Sébastien Kremer, issu du compagnonnage, a pris les commandes de Coop’action après une crise qui a failli la voir disparaître suite « à un important  détournement d’argent du comptable en 2015. Je n’ai pas relevé la coopérative tout seul, dit-il. J’ai eu la chance d’avoir dans la coopérative un couple qui m’a beaucoup aidé. Lui était plombier mais avec un bac + 5 en gestion et sa femme avait passé 11 ans dans un cabinet d’expert comptable. » Une bonne base pour constituer une nouvelle équipe.

Sur les trois dernières années, Coop’action affiche une croissance insolente, qui fait d’elle la première CAE de France spécialisée en bâtiment. Entre 2016 et 2017, le nombre d’entrepreneurs-salariés a augmenté de 32 % et a continué de grimper entre 2018 et 2019 avec une croissance de 12 %. Aujourd’hui, « la coopérative fait travailler 130 entrepreneurs-salariés pour un chiffre d’affaires atteignant les 3,5 millions d’euros », soit plus de 25 % par rapport à 2018.

Même s’ils ne deviennent pas des entrepreneurs indépendants, ces années passées avec nous fait grandir les gens. Ils acquièrent une vision globale de ce qu’il faut faire dans leur corps de métier… »

« Nous prévoyons un chiffre d’affaires de 4 millions à 4,5 millions d’euros en 2019 pour 130 entrepreneurs-salariés contre 40 seulement en 2014. » C’est une réussite « avant tout parce que c’est un chouette modèle qui n’est pas très connu et pas utilisé comme il le devrait. On l’associe souvent au portage salarial ; ce n’est absolument pas ça », confie Sébastien Kremer. Sur ces 130 entrepreneurs-salariés, seulement quatre ou cinq créent finalement leur propre boîte. « Ils sont très bien chez nous ! » Ils sont issus à 80 % de Haute-Garonne mais aussi du Gers, du Lot, d’Aveyron et même l’un d’entre-eux est installé à… Malaga en Espagne !

Photo : DR.

« Nous avons 13 % d’anciens ingénieurs et 40 % de bac + 2. C’est un modèle qui redonne confiance en soi. Et même s’ils ne deviennent pas des entrepreneurs indépendants, ces années passées avec nous fait grandir les gens. Ils acquièrent une vision globale de ce qu’il faut faire dans leur corps de métier… »

Sébastien Kremer a souhaité mettre l’accent sur la formation coopérative pour renforcer son équipe et ses compétences. Ces formations sont proposées et animées par l’Union Régionale des Scop ; elles sont essentielles pour appliquer un management adapté à l’entreprise coopérative mais aussi pour contribuer au bon développement économique de la structure. La CAE a également été labellisée Coopérer pour entreprendre, un gage de qualité permettant d’améliorer ses pratiques et de renforcer son attractivité et sa pérennité.

Olivier SCHLAMA

(1) Réseau des coopératives d’activités et d’emplois : www.cooperer.coop/

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