Très mobilisée, Carole Delga a écrit au Premier ministre qui la reçoit jeudi pour tenter de sauver la société qui a deux usines, à Saint-Gaudens (Haute-Garonne) et Tarascon. Elle risque le redressement judiciaire le 15 avril et les 10 000 emplois de la filière forêt, bois, papier. Représentant de l’intersyndicale, Laurent Quinot “garde espoir” : “Carole Delga est à nos côtés depuis le premier jour (…)”, dit-il, révélant qu’un projet de diversification est possible.
Carole Delga, présidente de la région Occitanie, a adressé, la semaine dernière, un nouveau courrier le 31 mars au Premier ministre l’alertant sur la “situation critique de Fibre Excellence” et “appelant à la mise en œuvre urgente des mesures expertisées”. En réponse, Carole Delga rencontrera le Premier ministre ce jeudi 9 avril après-midi à Matignon. Elle participera, le matin même, à la manifestation organisée par l’intersyndicale sur le site de Saint-Gaudens.
Risquant une fermeture imminente, les usines papetières de Fibre Excellence – jadis La Cellulose – sont en sursis, celles de Saint-Gaudens (Haute-Garonne) et de Tarascon (Bouches-du-Rhône). Pesant de tout son poids, Carole Delga réclame un meilleur prix de rachat de l’électricité pour l’une des dernières usines françaises de papier, située à Saint-Gaudens. Politiques et syndicalistes espéraient que les différentes réunions permettent d’actionner des leviers d’action pour éviter une fermeture imminente. Un millier d’emplois directs sont en jeu.
700 emplois à Saint-Gaudens et Tarascon
Pour rappel, l’entreprise de production de pâte à papier emploie près de 700 personnes sur ses deux sites de Saint-Gaudens (Haute-Garonne) et de Tarascon (Bouches-du-Rhône), dont dépendent également plus de 10 000 emplois de la filière forêt, bois, papier. Malgré les multiples alertes de Carole Delga et des élus du territoire et une mobilisation continue aux côtés des salariés et syndicats, l’État n’a fait part d’aucune solution durable pour préserver l’entreprise. L’ensemble des solutions techniques mises sur la table – notamment l’ajustement du tarif de rachat de l’électricité – n’a pas fait l’objet d’un examen sérieux.
Menace d’un redressement judiciaire le 15 avril

Carole Delga tire à nouveau la sonnette d’alarme et fait part au Premier ministre de son incompréhension et de sa colère : “Sans action immédiate de votre part, l’entreprise basculera en redressement judiciaire le 15 avril prochain, entraînant la perte de centaine d’emplois et d’un savoir-faire industriel clef pour la souveraineté de notre pays. Il serait incompréhensible pour nos concitoyens que l’État, qui a fait de la réindustrialisation son cheval de bataille, reste inactif et fataliste alors que les élus locaux, les syndicats, les représentants de la filière bois se battent sans relâche pour préserver et développer l’emploi ainsi que notre souveraineté industrielle.”
“Sentiment de plus en plus net et tenace que rien n’est fait”
Dans son courrier au Premier ministre, la présidente de la région Occitanie et de Régions de France souligne encore : “À la suite des précédentes alertes, le ministre délégué chargé de l’Industrie avait bien voulu mobiliser les équipes compétentes de Bercy avec les élus du territoire, les organisations syndicales, les représentants de l’actionnaire et la direction de l’entreprise. Depuis lors, les réunions se sont multipliées avec le sentiment de plus en plus net et tenace que rien n’est fait pour que les solutions techniques mises sur la table (ajustement du tarif de rachat de l’électricité et possibilité d’avenant contractuel avec EDF, sécurisation et optimisation de l’approvisionnement en bois français, rééchelonnement financier, mesures classiques d’accompagnement, voire entrée de BPI au capital) soient sérieusement explorées puis mises en œuvre.”
“Un simple engagement suffirait…”
Et de préciser : “J’ajoute que l’actionnaire a indiqué qu’un simple engagement, même de principe, de l’État à examiner l’ajustement du tarif de rachat à court, moyen ou long terme suffirait à déclencher de nouveaux apports financiers en faveur de l’entreprise. Plutôt que d’apporter une réponse favorable à cette demande, votre gouvernement a annoncé à grand renfort de presse, un soutien de 150 M€ à Fibre Excellence. Cette annonce n’a fait l’objet d’aucune concertation et ne répond, en conséquence, aucunement aux problématiques réelles de l’entreprise que vos services ont pourtant bien identifiées. Elle m’interroge sur la volonté réelle de l’Etat de préserver l’entreprise.”
Une “première avancée avait été obtenue grâce à la mobilisation déterminée de Carole Delga et des collectivités : l’État s’engage désormais à rechercher 5 M€ pour soutenir la trésorerie” du papetier. “Ce signal, salué par les syndicats, doit impérativement être suivi d’un engagement clair de l’actionnaire, dont le silence depuis plusieurs jours est à la fois inquiétant et incompréhensible alors que le risque de redressement judiciaire se rapproche”, expliquait en mars un participant.
“Soutien renforcé pour restaurer la confiance des fournisseurs”

Quant à la filière bois, Carole Delga s’était inquiétée en marge d’une visite à Bize-Minervois dans le cadre des municipales plus largement pour l’avenir de la filière bois. Elle est justement largement intervenue pour demander “un soutien renforcé permettant de restaurer la confiance des fournisseurs, preuve que tout un écosystème veut sauver cet outil industriel stratégique”, en contestant les arguments juridiques avancés sur le prix de rachat de l’électricité biomasse : “Un avenant sera nécessaire pour sécuriser l’avenir. L’État et l’actionnaire doivent désormais prendre leurs responsabilités. L’actionnaire doit s’exprimer très rapidement : c’est une exigence pour les salariés et pour le territoire.” Et, avait-elle ajouté : “L’objectif est de continuer d’agir en pack avec l’ensemble des partenaires institutionnels et syndicaux pour les 700 familles et ne pas revivre le scénario de la SAM. Comme l’a souligné Carole Delga lors de la manifestation de vendredi, il n’est pas question que la région connaisse une nouvelle fois une telle épreuve.”
Réviser à la hausse le prix du rachat de l’électricité le temps de lancer un projet de diversification”
Contacté, Laurent Quinot, délégué CGT de l’usine de Tarascon et représentant de l’intersyndicale CGT/FO/CFDT qui se réunit le 10 avril, veut “garder espoir”. Car, dit-il, “déjà, Carole Delga est à nos côtés depuis le premier jour ; elle ne lâchera pas le morceau”. Laurent Quinot explique que l’Etat doit aider les deux usines à franchir cette mauvaise passe. “On sait que réviser le tarif de rachat de l’électricité ne se fera pas cette année : la décision doit être inscrite dans la loi de finances. Mais si on nous le promet pour 2027, alors l’actionnaire majoritaire de nos usines restera à nos côtés, le temps que nous engagions une diversification plus rémunératrice de nos activités. Le prix du bois ne baissera pas ; la parité euro-dollar nous désaventage, etc. Non, la seule variable sur laquelle on peut agir, c’est la hausse du rachat du MGW/heure. La cour des comptes le dit comme le rapport d’expertise que nous avons commandé.”
Laurent Quinot évoque “un projet de diversification d’ici cinq ans sur des marchés plus porteurs et rémunérateurs pour la société comme fabriquer de la pâte fluff pour des papiers et serviettes hygiéniques et tout ce qui est packaging (pâte isolante pour remplacer l’amiante dans le fibrociment)”.
Olivier SCHLAMA
👉 UN DON POUR SOUTENIR NOS JOURNALISTES !
L’information a un coût. En effectuant un don, vous réduisez, en plus, votre impôt en soutenant les journalistes indépendants de Dis-Leur ! à partir de 1 € et défiscalisé à 66% !
Après notre premier prix un concours national organisé par le ministère de la Culture en 2018 devant 500 autres medias, après l’installation de bandeaux publicitaires en 2019, après avoir été agréés entreprise de presse, nous lançons en collaboration avec le syndicat de la presse numérique (Spiil) un appel aux dons. Merci pour votre générosité et merci de partager largement !