En France comme en Occitanie, première pour le thermalisme, les cures sont un moteur économique. Le gouvernement, qui recherche à réaliser des économies, pourrait en limiter le remboursement à seulement 15 %, soit à peine 200 M€, alors que la filière génère 4,8 milliards d’euros de retombées… Le P.D.-G., Didier Calas, en explique toute l’aberration. Une pétition a été lancée.
On s’était habitués, depuis 30 ans, à entendre les tenants des 95 stations thermales de l’Hexagone crier régulièrement au loup, sans que la situation ne change au final. Ainsi, on se disait que cette attitude était avant tout préventive et que rien ne pourrait entamer les bases de cette économie aux nombreux atouts, dont celui de n’être pas délocalisable. Avec une eau – et parfois une boue – dont on connait les bienfaits depuis les Romains et qui, finalement, réduit la consommation de médicaments et de personnels (para)médicaux…
Devant les députés dès ce lundi dans l’Assemblée

Cette fois, malgré le procès en illégitimité gagné ; malgré les différends rapports de la Cour des comptes qui défendent malgré tout cette économie qui doit évoluer, certes ; et même venant de sa déclinaison régionale évoquant un écosystème “fragile” dont Dis-Leur vous a parlé ICI. Malgré, aussi, le lobbying pourtant intense de parlementaires pro-thermalisme à l’Assemblée ; les pas moins de 42 études sur le service médical rendu et les retombées économiques, les cures thermales risquent de prendre un coup mortel. Car leur remboursement pourrait passer de 65 % comme aujourd’hui à seulement 15 % de remboursement par la Sécu. Cette affaire-là est sérieusement étudiée par les parlementaires, à la faveur du vote du budget, qui reprend ce lundi.
Occitanie, première région thermale de France
D’importance, pour les 95 stations thermales de l’Hexagone, dont 28 se situent en Occitanie. Des stations qui ont doucement remonté la pente de la crise du covid. Rivalisant d’aménagements pour attirer une clientèle plus large, proposant des cures médicales et mini-cures. Et des espaces bien être de plus en plus attirants. Des stations de plus en plus complexes comme les Fumades, près d’Alès, dans le Gard (30 M€ investis) ou Luchon (40 M€). Quant à Balaruc-les-Bains, elle fait vivre un dialogue social poussé pour in fine une meilleure expérience client qui pourrait faire des émules, comme dis-Leur vous l’a expliqué ICI.
Un décret pour éviter le vote des députés ?

Didier Calas est le P.D.-G de la première station thermale de France (51 200 curistes), Balaruc-les-Bains, employant 395 salariés – premier employeur du bassin de Thau ! – et réalisant un chiffre d’affaires de 41 M€ dont un résultat net de plus de 3 M€. Les retombées économiques de cette seule station s’élève, selon la chambre régionale des comptes, à plus de 12 M€ par an. Il dit, juste avant de se rendre au Congrès des maires de France à Paris ce lundi : “Dans ce pays, une très grande majorité des députés et des sénateurs connaissent les territoires et sont contre le déremboursement des cures. Trois amendements avaient été déposés, les trois ont été massivement rejetés par le Parlement. Or, nous avons appris que le gouvernement avait un projet de décret sous le coude, dit celui qui fait partie du Conseil national des établissements thermaux. Avec ce décret, qui prévoit le remboursement de 65 % à 15 % des cures, longues maladies comprises, plus besoin d’en passer par le Parlement pour le faire exécuter ! D’où le tollé général.”
“On estime entre 70 % et 80 % de baisse du nombre de curistes, une catastrophe”
Conclusion, “on a fait nos calculs entre stations et on estime entre 70 % et 80 % de baisse du nombre de curistes, une catastrophe. A Balaruc, en trois semaines, par exemple, le curiste qui a parfois de petits moyens, se rend trois fois à Sète et mange quatre fois au resto… Le gouvernement ne réfléchit qu’en termes d’économies à court terme. En outre, il ne tient pas compte des bienfaits médicaux !” Pour l’Etat, ce serait une économie totalement marginale, de l’ordre de 200 M€ de remboursement alors que, selon l’Observatoire de l’économie des stations thermales, cofinancé par l’Etat et la Fédération des stations, l’activité thermale génère 4,8 milliards d’euros de retombées économiques ! Ils perdront donc 3 milliards d’euros ! C’est une aberration. Ces soi-disant 200 M€ d’économisés, le seront peut-être mais les curistes qui ne viendront plus iront davantage chez le toubib, le kiné… Et génèreront des dépenses de santé. Ce gouvernement est complètement hors-sol. C’est pourquoi, nous faisons signer une pétition que nous avons bien sûr nous-mêmes signée.” (ci-dessous).
Cette pétition a été lancée par Denis Fégné, député des Hautes-Pyrénées, président du groupe d’études thermalisme à l’Assemblée nationale, Jean-Marc Boyer, sénateur du Puy-de-Dôme, Fondateur des Journées parlementaires du thermalisme, Thierry Dubois, Président du Conseil national des Etablissements Thermaux (CNETh), Julien Dubois, maire de Dax et président du Grand Dax, président de l’Association nationale des maires de communes thermales (ANMCT). Par ailleurs, “exploitants de stations thermales et maires des communes où elles sont implantées ont également signé une lettre commune qu’ils ont adressées au préfet de leur département”, confie de son côté Guillaume Dalery. Le maire de Lamalou-les-Bains et président de la Fédération thermale d’Occitanie se dit “évidemment en phase avec l’avis généralisé des exploitants de stations thermales”.
149 000 curistes en Occitanie, 1 700 emplois directs

Au lendemain de l’assemblée générale de la Fédération thermale d’Occitanie, il y a quelques jours, l’élue régionale chargé du thermalisme, Florence Brutus, évoque sur les réseaux sociaux un bilan parlant de cette année thermale. “L’Occitanie, c’est la première région thermale française, avec près de 149 500 curistes en 2024, près d’un tiers de la fréquentation nationale, soit + 3,8 % par rapport à 2023. » Florence Brutus évoque les 1 700 emplois directs ; les 6 millions de nuitées liées au thermalisme ; les 145 M€ de retombées économiques directes, et les 1,25 milliard d’euros de chiffre d’affaires généré par la filière (direct, indirect et induit).”
La Région Occitanie au soutien

Car, depuis 2019, la Région Occitanie soutient fortement “cette filière d’excellence à hauteur de 10,7 M€ pour les projets des établissements thermaux, 35 M€ pour les communes thermales, 215 000 € à la Fédération Thermale, dont le financement d’une étude pour l’Institut du Thermalisme. Ces investissements traduisent une conviction forte : le thermalisme n’est pas un atout du passé. C’est un levier d’avenir, au croisement de la santé, du bien-être et du développement durable”.
Alors que les débats nationaux autour du déremboursement des cures thermales suscitent de légitimes inquiétudes, conclut-elle, “la Région reste pleinement mobilisée pour défendre la pérennité économique de la filière, l’égalité d’accès aux soins, et la vitalité de nos communes thermales. Nous devons continuer à parler d’une seule voix pour valoriser la pertinence médicale, environnementale et territoriale du thermalisme”.
100 projets, principalement privés, jadis identifiés
Pour rester la première région thermale de l’Hexagone, la Région avait lancé il y a quatre ans une étude auprès du fameux cabinet Ernst and Young, comme Dis-Leur vous l’a révélé ICI. Car ce secteur a toujours été fragile, hormis la réussite éclatante des thermes de Balaruc-les-Bains, près de Sète (Hérault). Au milieu des années 2000, le thermalisme pâtissait d’une image poussiérieuse. Ce n’est plus le cas.
Ainsi, le cabinet Ernst & Young avait identifié il y a quelques années 100 projets pouvant donner lieu jusqu’à 300 M€ d’investissements, principalement privés, au total sur les dix prochaines années, dans l’ensemble des 29 stations (élargissement de l’offre, rénovation, etc.) “Mais, précisait-il, ces projets sont très hétérogènes ; certains ne sont pas forcément matures.” Pas sûr qu’ils le soient encore…
Olivier SCHLAMA
Retrouvez la pétition nationale ICI
Balaruc-les-Bains : 100 M€ de retombées
À sa création, 60 M€ avaient été investis dans les Thermes de Balaruc, dont 26 M€ de financements publics apportés par Thau Agglo (10 M€), la Région Occitanie (11 M€) et le Département de l’Hérault (5 M€).

Exploitée par une Société publique locale d’exploitation (SPLE), société anonyme à capitaux publics (85 % commune, 14 % Thau Agglo, 1 % département de l’Hérault), la structure est aujourd’hui le premier employeur privé du bassin de Thau. L’activité thermale rayonne bien au-delà de ses murs : 400 emplois directs sont recensés au sein de l’établissement, auxquels s’ajoutent environ 2 000 emplois induits sur l’ensemble de l’agglomération.
904 000 nuitées en 2024
Les curistes et leurs accompagnants représentent une part essentielle de la vie locale : ils comptent pour 54 % de l’occupation des logements touristiques de Balaruc-les-Bains, soit 904 000 nuitées sur une capacité de près de 15 000 lits.
Pour mieux cerner leur profil et leur impact économique, une enquête menée en 2024 par l’Archipel de Thau a recueilli les réponses de plus de 5 100 curistes. Il en ressort que chaque curiste dépense en moyenne 1 972 € sur place (hors soins), répartis comme suit :
881 € pour l’hébergement
328 € pour la restauration et les bars
313 € pour les courses alimentaires
132 € pour les spécialités locales
96 € pour les parkings et carburant
79 € pour les cadeaux et souvenirs
72 € pour les loisirs et activités
71 € pour les autres dépenses diverses
En multipliant cette dépense moyenne par le nombre de curistes accueillis, ce sont près de 100 M€ qui irriguent chaque année l’économie locale. Un chiffre qui confirme le rôle central du thermalisme comme levier économique structurant et durable pour le territoire.