Compostelle : Les 200 rendez-vous culturels, l’autre raison de « faire » les Chemins

Panneau Commune halte Navarrenx @AFCC JJGelbart

L’Agence française des Chemins de Compostelle attend les propositions d’associations, collectivités, offices du tourisme pour composer cette programmation en lien avec les Chemins, classés à l’Unesco. Cette année, le thème sera Compostelle sous les Projecteurs qui s’appuie sur le long métrage Compostelle avec Alexandra Lamy en salles le 1er avril. « Un plus » pour cet ouvrage unique en son genre qui a déjà fait résonner les pas d’un demi-million de cheminants en 2024.

« Quand j’entends certains parler de sur-tourisme… C’est un peu saugrenu… » Président de l’agence française des Chemins de Compostelle, John Palacin ne renie pas que ces voies piétonnes, dont le réseau est classé à l’Unesco depuis 2018 attirent de plus en plus de monde. Depuis 28 ans et ce label cet engouement ne s’est jamais démenti.“Je sens que c’est une thématique dans le fond de l’air qui prend, commente John Palacin, par ailleurs conseiller régional. Ce n’est pas seulement l’idée de la déconnection mais aussi du retour sur soi, de se reconstruire, de se réinventer, d’échapper un peu à ce monde qui devient fou… » Et ce, via un patrimoine unique.

« Valoriser les biens des Chemins de Compostelle inscrits au patrimoine de l’humanité”

Saint-Jean-Pied-de-Port. Chemins de Compostelle. Ph. AFCC

Prendre le temps de perdre son temps n’a jamais été aussi tendance. Les Chemins accueillaient 350 000 marcheurs en 2019. Quelque 500 000 personnes les ont foulées en 2024 (dont près de 60 000 à Saint-Jean-Pied-de-Port), soit + 12 % par rapport à 2023 avec, dans le trio de tête, à l’arrivée en Espagne : les Espagnols, Américains et Italiens. La crise du covid est passée par là. John Palacin, qui ne le conteste pas, dit : “Notre première mission, confiée par l’Etat, rappelle-t-il, est de valoriser les biens des Chemins de Compostelle inscrits au patrimoine de l’humanité. Dans ces biens, il y a 78 composantes placées sur plusieurs voies. Une voie est très utilisée : celle du Puy. Ce qui est intéressant, c’est de faire découvrir les autres voies, celles du Piémont, du Littoral, d’Arles…”

“Les gens qui veulent emprunter les chemins, se disent : “Tiens, en plus, il y a une série d’événements…”

Voie de Tours. Marche, Chemins de Compostelle. Ph. Couland.

Comme chaque année, l’Agence des Chemins lance un appel à manifestations pour remplir un calendrier culturel, quelque 200 événements – concerts, conférences, etc.- ont ainsi été organisés en 2025. Et ça en est ainsi depuis 2018 John Palacin décrypte : “On n’est pas dans une logique d’activité pour l’activité mais d’abord de montrer en créant une saison culturelle – qui est en fait l’assemblage de l’activité de centaines d’associations sur le territoire des Chemins – qu’il y a une activité autour de ce réseau et qui a une certaine cohérence. Nous l’assemblons autour d’une saison culturelle pour encourager des événements, parfois de les soutenir. Et de montrer que cela fait un. Les gens qui veulent emprunter les chemins, se disent : « Tiens, en plus, il y a une série d’événements… » Alors qu’avant, ils se disaient : « On va faire les Chemins et à tel endroit, dans le meilleur des cas, je me renseignerais sur ce qu’il s’y passe.”

“C’est vrai, qu’à certains endroits, il n’y a pas d’hébergements”

Chemins de Saint-Jacques de Compostelle.

Y a-t-il des projets d’encourager de création de logements ou d’étapes ? « À certains moments et dans certaines parties de l’itinéraire, il faut que l’on puisse travailler à ce qu’il existe des hébergements. Pas forcément commerciaux. Cela peut être des hébergements associatifs, des haltes communales… Les Chemins se mettent souvent en décalage avec la logique commerciale ; on y pratique certains types de prix ; c’est souvent des bénévoles ; il y a un certain nombre de règles associatives… On suit la question d’une certaine continuité des hébergements. C’est vrai, qu’à certains endroits, il n’y a pas d’hébergements, comme nous le font remonter certaines associations. Ce n’est pas de notre responsabilité, mais des communes, des associations.”

Le très couru label Commune Halte

L’Agence française des Chemins a aussi initié une labellisation. “C’est pour cela que nous avons surtout développé un label Commune Halte qui a beaucoup de succès {37 sont déjà labellisées et 103 hébergeurs référencés, Ndlr} et le label des hébergeurs pour essayer d’encourager le respect d’un certains nombre de critères et aussi les investissements dans des aménagements et surtout pour arriver en appui de – parfois petites – communes pour lesquelles les Chemins sont un axe de développement. Ça peut les mettre en lien avec l’étape d’avant et l’étape d’après et de faire du travail intercommunal également. On offre un cadre pour se développer.”

 “Donner le goût à de nouveaux publics”

Carte Chemins de Compostelle.

Chargée de la programmation culturelle, Laetitia Marin a expliqué que le but est de « donner le goût à de nouveaux publics », un peu tout le monde est, selon elle, concerné, “familles, touristes, seniors, jeunes, locaux…”, invités qu’ils sont à fouler les Chemins de Compostelle. Quoi de plus réjouissant que de piocher dans la saison culturelle des Chemins, de quoi susciter l’envie d’y venir ; de se reposer pour certains marcheurs… ? Ces rendez-vous culturels ont un rôle majeur à jouer avec des « événements inspirants » que peuvent porter associations, communes, etc., “pour décloisonner et faire ensemble.”

Long métrage Compostelle avec Alexandra Lamy

Laetitia Martin évoque la sortie d’un film, Compostelle, prévu dans les salles obscures le 1er avril. Avec Alexandra Lamy qui joue une éducatrice dans le rôle principal. “Tourné dans le Lot, et réalisé par Yann Samuell, le film raconte l’histoire d’un jeune (Julien Le Berre) qui, sorti de prison, décide de faire les Chemins, grâce à une association, pour donner du sens à sa vie et se reconstruire…” De quoi en tout cas donner le ton à une saison qui portera le nom de Compostelle sous les Projecteurs. Ce long métrage sera en effet la locomotive de quelque 200 rendez-vous que, petit à petit, associations et collectivités, offices du tourisme, etc., liées aux Chemins de Compostelle font remonter à l’Agence. Ils ont jusqu’au 7 février prochain pour le faire. « Notre but est de rassembler dans un programme les événements et d’en être le relais », dit-elle. Et si les bonnes volontés n’ont pas d’idées, l’Agence française des Chemins de Compostelle peut en fournir grâce à ses propres ressources (tel. 05 32 09 02 26).

Des projets comme l’entretien des Chemins

Il y aura sans doute des conférences de la fameuse Adeline Rucquoi à laquelle Dis-Leur ! a consacré un article. A titre d’exemple fort, Laetitia Marin évoque l’action remarquable d’une association lotoise, Mille Mains à la Pâte, qui, le 1er week-end d’octobre, mobilise des bénévoles pour reconstruire des murs en pierres. Et ça marche : « Ils étaient une dizaine, ils sont trois cents. Cela peut aller, au-delà de ce week-end, jusqu’à tailler des branches, entretenir le chemin avec des familles, des jeunes, des retraités, tout le monde. Cela donne envie qu’il y ait ce genre d’opérations sur d’autres chemins que la voie du Puy. » De la même manière Laetitia Martin confie que les propositions d’événements seront retenues que « si elles ont un rapport avec les Chemins. La visite guidée de la Lauzerte, je prends, car c’est en rapport avec Compostelle».

Faire “Les Chemins…” Comme on se lance à la poursuite de son Graal

Chemins de Saint-Jacques de Compostelle. credencial et tampons voie d’Arles Photo : ACIR Compostelle

Faire “Les Chemins…” Comme on se lance à la poursuite de son Graal personnel. Ces marcheurs foulent les différentes voies en calant leurs pas sur ceux des pèlerins de jadis, davantage dans une quête de sens et de soi-même sur ces 17 000 kilomètres classés à l’Unesco. Qui sont-ils ? Quelles sont leurs motivations ? Et comment améliorer leur expérience ; les services ; l’hébergement ; faire connaître tous les itinéraires… ? L’Agence de développement des Chemins avait commandé une étude que Dis-Leur vous avait révélée ICI. Avec un public majoritairement français et de plus de 55 ans. Mais “un marché potentiel auprès des 30 ans-45 ans en “quête de sens” ; une clientèle avec jeunes enfants ; les étudiants…”

Passionnés, en transition de vie, les spirituels, par défi ou découverte

Quel est le profil du marcheur sur les “Chemins” ? Un public plutôt français (88 %), davantage féminin (54 %) et de plus de 55 ans (60 %). Ils viennent prioritairement des régions Auvergne, Rhône-Alpes, Occitanie, nouvelle-Aquitaine et Ile-de-France. Un cheminant sur deux effectue son périple pour la première fois mais 25 % sont déjà allés au moins une fois jusqu’à Santiago. Ils se répartissent suivant cinq grandes familles : les passionnés grands connaisseurs des Chemins ; ceux qui veulent sont en transition (pour franchir une étape de leur vie) ; ceux pour qui c’est un élément de spiritualité ; ceux qui aiment la découverte et enfin ceux qui se lancent un défi.

Quelle est l’origine de ces Chemins ?

“Des pèlerinages, il y en a dans toute l’histoire de l’humanité. Ce n’est pas propre aux chrétiens ; on peut évoquer l’Inde, par exemple », nous expliquait Adeline Rucquoi. “Le point commun c’est qu’il y a des lieux où des gens se rendent parce qu’il y a une sacralité, une aura qu’il n’y a pas ailleurs. Pour Saint-Jacques, c’est la tombe d’un apôtre. Quand on a annoncé, au début du IXe siècle, vers 830, que le corps de l’apôtre Jacques, Jacques le Majeur, de Zébédée, avait été retrouvé en Gallice, eh bien les gens ont commencé à y aller. Un siècle après, les gens viennent de plus loin, d’Allemagne par exemple. Arrive, là dessus, le fameux évèque du Puy-en-Velay, Godescalc, célèbre pour s’y être rendu à pied en 950 ; ensuite certains marcheurs viennent de loin, parfois d’Arménie, au 10e siècle. La présence du corps et des reliques de Saint-Jacques s’est très vite diffusée. Les gens sont ainsi partis vers Compostelle.”

Olivier SCHLAMA

Monuments régionaux remarquables

Il y a 24 monuments remarquables en Occitanie :

  • Aniane – Saint-Jean-de-Fos (Hérault) : pont du Diable
  • Auch (Gers) : cathédrale Sainte-Marie
  • Audressein (Ariège) : église Notre-Dame-de-Tramesaygues
  • Beaumont-sur-l’Osse et Laressingle (Gers) : pont d’Artigues ou de Lartigues
  • Cahors (Lot) : cathédrale Saint-Pierre
  • Cahors (Lot) : pont Valentré
  • Conques (Aveyron) : abbatiale Sainte-Foy
  • Conques (Aveyron) : pont sur le Dourdou
  • Espalion (Aveyron) : pont Vieux
  • Estaing (Aveyron) : pont sur le Lot
  • Figeac (Lot) : hôpital Saint-Jacques
  • Gavarnie (Hautes-Pyrénées) : église paroissiale Saint-Jean-Baptiste
  • Gréalou (Lot) : dolmen de Pech-Laglaire 2
  • Jézeau (Hautes-Pyrénées) : église Saint-Laurent
  • La Romieu (Gers) : collégiale Saint-Pierre
  • Ourdis-Cotdoussan (Hautes-Pyrénées) : église Saint-Jacques
  • Rabastens (Tarn) : église Notre-Dame-du-Bourg
  • Saint-Bertrand-de-Comminges (Haute-Garonne) : ancienne cathédrale Notre-Dame
  • Saint-Chély-d’Aubrac (Aveyron) : pont dit “des pèlerins” sur la Boralde
  • Saint-Gilles (Gard) : ancienne abbatiale
  • Saint-Guilhem-le-Désert (Hérault) : ancienne abbaye de Gellone
  • Toulouse (Haute-Garonne) : basilique Saint-Sernin
  • Toulouse (Haute-Garonne) : Hôtel-Dieu Saint-Jacques
  • Valcabrère (Haute-Garonne) : basilique Saint-Just

📌Regardez la vidéo de l’Agence des Chemins de Compostelle ICI 

Courrez vers les Chemins avec Dis-Leur !

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