Bassin de Thau : Protéger son logement avec des mesures anti-inondations presque gratuites

Après ses panneaux artisanaux, Jean Scolary a fait appel aux services de ThauAlabri pour installer des batardeaux et protéger sa maison des inondations. Ph. Olivier SCHLAMA

Dans le Bassin de Thau, 15 000 logements et 2 000 entreprises sont exposés au risque d’inondation ou de submersion. Pas de fatalisme ! Grâce au Fonds Barnier, créé par l’Etat, on peut bénéficier d’un diagnostic gratuit et de travaux subventionnés à 80 % un peu partout en France et beaucoup sur notre littoral. Le dispositif, Thau Alabri, est porté par le Syndicat mixte du bassin de Thau.

Menuisier de profession, le Sétois Jean Scolary avait bien posé un batardeau de sa conception pour éviter les inondations à répétition dans sa cave et même un fort ruissellement. Aussi bonne qu’elle soit, son idée n’était pas assez efficace.

Il raconte : “Mon neveu qui habite en région parisienne, qui a déjà bénéficié d’aides pour des travaux, m’a parlé du dispositif Alabri qui est dupliqué un peu partout en France.” Il s’agit de faire appel soit directement à la préfecture, soit à un service municipal ou intercommunal dédié, soit à une entreprise qui en a obtenu délégation. Dans le Bassin de Thau, c’est un service public – l’un des rares en France ! -, Thau Alabri, qui s’en charge. Et c’est un sacré plus. “Surtout qu’en vingt minutes de pluies fortes, et c’est l’inondation garantie…!”

80 % de subvention issues du fonds Barnier

Débordement d’un cours d’eau, ruissellement lors de fortes pluies ou submersion marine : sur le territoire de Thau, les inondations peuvent prendre différentes formes. Lorsqu’on est propriétaire, il n’est pas toujours facile de savoir si son logement est concerné, jusqu’où l’eau pourrait monter ou ce qu’il faudrait faire pour mieux le protéger. Parmi les secteurs les plus touchés : le littoral et notamment Frontignan-Plage ; Marseillan-Plage.

Image d’illustration, Unsplash

Batardeaux et/ou pompes à installer ; occulations de soupiraux ; mettre en hauteur certains équipements sensibles ; poser des clapets anti-retour pour que les eaux usées de refoulent pas… Chaque bâtiment est différent : à chaque situation, ses solutions pour mieux se protéger.

Un expert à domicile et gratuit

Le principe est simple comme le détaille Jean Scolary qui s’impatiente de recevoir ses matériels anti-inondations : “Un expert de l’Agglopôle vient faire un diagnostic gratuit à domicile ; il vous explique les différentes techniques existantes pour éviter les inondations au domicile suite à des fortes pluies. Dans mon cas, je suis en train de faire fabriquer deux batardeaux sur mesure avec des chambres à air à une entreprise spécialisée et agréée. Il y en a pour 2 000 € mais 80 % sont payés par un fonds spécial, le fonds Barnier. Jean Scolary n’aura à payer que 400 € pose comprise.” Et sans conditions de ressources. Le plus souvent ce sont des restes à charge bien moins élevés pour protéger l’intégrité de sa maison qui date de 1 900. Et ce n’est pas la seule : dans son 1er atlas du risque, l’IGN identifie l’Occitanie comme très exposée aux inondations.

Un quart des Français sont directement concernés par le risque d’inondation, idem en Occitanie. Gestion des cours d’eau simplifiée, indemnisation plus juste, davantage de moyens… Un récent rapport du Sénat propose de ne plus penser lutte contre les inondations mais adaptation au réchauffement climatique, avec trois idées force : simplification administrative, solidarité entre les territoires et résilience.

15 000 habitations et 2 000 entreprises exposées

Jean Scolary, qui est aussi bénévole aux Restos du Coeur, ne tressottera plus quand il recevra les messages impressionnants sur son portable de FR Alert comme ce fut le cas mercredi. Tranquillisé par ce dispositif. Seule et unique condition : habiter dans une zone référencée comme zone inondable. Les études menées sur le bassin de Thau montrent qu’environ 15 000 habitations et 2 000 entreprises pourraient être exposées lors d’un événement d’inondation centennal, c’est-à-dire un événement ayant une probabilité de 1 % de se produire chaque année.

Diagnostic gratuit et travaux subventionnés

Jean Scolary a fait appel aux services de ThauAlabri pour installer des batardeaux et protéger sa maison des inondations. Ph. Olivier SCHLAMA

Avec Thau Alabri, le Syndicat mixte du bassin de Thau (SMBT) accompagne (pour les habitants des communes du Bassin de Thau) donc gratuitement habitants et professionnels situés en zone inondable. Un agent du SMBT évalue l’exposition du bien, identifie les points les plus vulnérables et propose des solutions adaptées. Après avoir été confiés à une entreprise, ces diagnostics gratuits reprennent sur le territoire de Thau en régie directe par des agents qui sont formés à la vulnérabilité des bâtiments. Et ce n’est pas le profit qui guide ces experts.

“Je monte les dossiers et je les envoie à la préfecture” 

Ingénieur spécialisé dans la prévention des inondations, Peter Muller pilote ce service à la SMBT : “Ce diagnostic existe chez nous depuis 2024, dit-il. Les deux premières années nous l’avions confié à une entreprise. Comme nous n’en étions pas satisfaits, on l’a repris en régie directe depuis janvier 2026. Cela a permis de diminuer le coût et d’augmenter la qualité de service. Nous n’avons aucun intérêt pécuniaire ; la seule chose qui nous motive, c’est que les gens sont contents et qu’ils fassent les travaux pour se protéger.”

Concrètement, à l’issue de la visite-diagnostic, il rend un guide de financement pour les travaux. Il suffit de faire faire un devis pour acheter une pompe par exemple. “C’est moi qui rassemble les devis et les pièces et qui monte les dossiers à envoyer à la préfecture en vue de la subvention. Une fois les travaux faits, les propriétaires sont remboursés sur facture. Il y a aussi un système d’avance possible.”

Je relève tout ce qui pourrait être vulnérable : les chemins d’accès ; portes ; fenêtres ; les équipements électriques ; de chauffage… L’objectif est de comprendre comment l’eau pourrait entrer et quels équipements pourraient être touchés”

Pour déterminer si votre terrain est en zone inondable, il se base sur le PPRI, Plan de prévention des risques d’inondation, un document qui fait foi. En plus d’autres missions, Peter Muller a fait 50 diagnostics depuis janvier dernier. Le service vise à réaliser 150 diagnostics en 2027 et pour cela, une personne à mi-temps sera embauchée prochainement.

inondations Nîmes septembre 2005

Lors de sa visite, il échange avec le propriétaire et observe les caractéristiques du logement ou du local : ouvertures, équipements électriques, évacuations, hauteur potentielle de l’eau… “J’utilise aussi un appareil GPS pour mesurer exactement le niveau d’eau auquel on peut s’attendre à avoir un jour. Je relève tout ce qui pourrait être vulnérable : les chemins d’accès ; portes ; fenêtres ; les équipements électriques ; de chauffage… L’objectif est de comprendre comment l’eau pourrait entrer et quels équipements pourraient être touchés. Le plus classique préconisé, c’est le batardeau. Et avec deux ou trois mesures complémentaires, cela fait souvent l’affaire pour protéger la plupart des maisons.” Il précise : à Villeveyrac récemment un propriétaire a protégé son garage avec une pompe et des batardeaux. Il y en a eu pour 1 500 € et n’a sorti que 300 € de sa poche.”

A Marseillan une prise en charge à 100 %

Quels sont les cas les plus difficiles ? “C’est quand on s’attend à avoir plus d’un mètre d’eau dans la maison. Parce qu’un batardeau ne peut être plus grand que cela. C’est réglementaire : sinon la poussée de l’eau serait trop forte. Là on accepte que lors d’un événement extrême de l’eau entre dans la maison. C’est la que se pose la question de “l’espace refuge” à l’étage. Pour les maisons de plain-pied, il faut alors réfléchir en amont à l’évacuation des lieux ou à la création d’un espace refuge à l’intérieur.”

Un restaurant les pieds définitivement dans l’eau aux Aresquiers, à Frontignan… photo : archives Dominique Quet.

À l’issue, le propriétaire reçoit un rapport personnalisé qui présente les éventuelles vulnérabilités du bien et les travaux qui peuvent être envisagés pour limiter les dommages en cas d’inondation. Et surtout : le diagnostic ne coûte presque rien au propriétaire. Il est grandement pris en charge par l’État (50 %), la Région Occitanie (20 %), le département de l’Hérault (10 %) et le SMBT (20 %). Ailleurs, c’est d’emblée une aide à 100 % comme à Nîmes. “À Marseillan, confie encore Peter Muller, il est arrivé que dans l’un des quartiers proche du ruisseau l’Homme-Mort, quelques propriétaires obtiennent une aide de 100 %. C’est un cas particulier. Cela aurait coûté plus cher pour faire des travaux sur le cours d’eau…”

Peter Muller sent une “prise de conscience des risques chez les propriétaires qui ont été touchés récemment par une inondation”.

Olivier SCHLAMA

  • Thau Alabri s’inscrit dans le Programme d’Actions de Prévention des Inondations (PAPI) de Thau, labellisé en avril 2026, qui vise notamment à mieux protéger les habitants, les activités et les biens du territoire. Pour en savoir plus ou faire une demande : 06 77 87 48 53 et : thaualabri@smbt.fr www.thaualabri.fr

Parfois jusqu’au rachat de maisons

Le fonds Barnier a été créé en 1995. L’option de fonds de prévention des risques naturels est la principale source de financement de prévention des risques naturels. De quoi subventionner des travaux ; effectuer des études de vulnérabilitéIl permet même à l’Etat de racheter des maisons situées dans des zones à risques majeurs quand les dégâts représentent plus de la moitié de leur valeur sans dépasser 240 000 €, comme ça a été le cas en 2024 dans la communauté d’agglomération de Saint-Omer (Pas-de-Calais). Le Fonds Barnier, ce sont pour 2026, 300 M€ et 228 M€ en crédits de paiement. Le produit attendu du prélèvement CatNat est, lui, de 720 M€.

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