Bande dessinée : Joris Mertens, un talent qui laisse sans voix, primé à Sérignan

De g. à d. : Olivier Vatine (Président du Jury), Joris Mertens (Grand prix de la Ville) et le maire de Sérignan Frédéric Lacas. Photo Ph.-M.

Alors que de nombreux festivals de bande dessinée ont baissé le rideau pour cause de crise sanitaire, celui de Sérignan dans l’Hérault a fait face à la tempête. Sous le signe des pirates, contre vents et marées, l’événement fête ce week-end son 25e anniversaire et récompense un superbe album : « Béatrice » de Joris Mertens…

Paru en mars 2020, l’album a forcément souffert de la crise sanitaire et du confinement… Ce Grand prix de la Ville au Festival BD de Sérignan offre ainsi l’occasion de redécouvrir ce bijou de poésie et de talent graphique. Si c’est son premier album de bande dessinée, l’auteur, Joris Mertens, a notamment travaillé comme directeur artistique et story-boarder pour le cinéma et la télévision.

Un récit sans paroles, envoûtant et poétique

D’où un découpage très cinématographique avec de nombreux changements de plans et de perspective. Un récit tellement maitrisé qu’il faut avoir parcouru plusieurs pages, dans le sillage de Béatrice, pour réaliser soudain qu’il n’y a pas de bulles… et qu’il n’y en aura pas. Une histoire sans paroles, mais riche de sentiments. C’est la deuxième fois que le jury de Sérignan récompense un tel parti pris après « Le clown » (éd. Mosquito) de Le Hir en 2012. Mais revenons à 2020 :

Béatrice est vendeuse au rayon gants d’un grand magasin. Chaque jour elle prend le train pour se rendre au travail. Dans la cohue de la gare, un sac à main rouge attire son attention. Jour après jour, à chaque passage dans la gare, il semble l’attendre. Succombant à sa curiosité dévorante, Béatrice, en emportant l’objet chez elle, ouvre les portes d’un monde nouveau loin de sa routine quotidienne et qui la transporte dans une autre époque. Béatrice pourra-t-elle revivre une autre vie et pour combien de temps ? Le mythe de Faust n’est pas loin…

Le prix de la Narration à Lucie Quéméner

Il y a quelque chose des ambiances d’Amélie Poulain, des dessins de Gibrat ou du duo Loisel-Tripp de « Magasin Général »… Mais au-delà d’éventuelles influences, Joris Mertens est un artiste sensible et original. Un auteur belge, flamand, qui a su trouver la bonne façon de s’adresser au coeur de tous, sans un seul mot, pourtant…

Un très belle découverte à qui on souhaite de connaître un plein succès. Et pour être tout à fait complets, précisons que c’est le roman graphique « Baume du Tigre » (Delcourt) de Lucie Quéméner qui a reçu le prix de la Narration, récompensé par l’agglo Béziers-Méditerranée. L’autrice y raconte comment dans une famille d’immigrés asiatiques, « trois générations de femmes tentent chacune à leur manière de fuir le poids des traditions, abandonnant la protection du clan, pour conquérir leur liberté. »

Les dédicaces se poursuivent ce dimanche 27 septembre. Photo Ph.-M.

Une vingtaine d’auteurs en dédicace

Et puis, le Festival de Sérignan ça continue en ce dimanche 27 septembre avec plus d’une vingtaine d’auteurs en dédicace. Avec bien sur le président du jury, Olivier Vatine mais aussi Fabrice Tarrin et Fred Neidhardt, Claude Pelet, Mic, Hugues Labiano (dont le dernier album, « X » fait l’objet d’une expo), Olivier Boiscommun, Eric Hübsch, Alain Julié, Anna Chronique, etc, etc. Merci à tous ces auteurs, mais aussi aux organisateurs et aux visiteurs qui permettent ainsi à la BD et plus largement à la culture de rester vivante en Occitanie…

Dis-leur ! ne manquera pas de vous informer sur les autres événements qui permettent ainsi de garder l’esprit ouvert et le regard curieux…

Philippe MOURET

« Béatrice », de Joris Mertens, aux éditions Rue de Sèvres : 112 pages, 24 x 32 cm, 19€

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