Bande dessinée : 48 heures pour se plonger dans la BD

À l’instar de la fête de la musique ou du cinéma, le 9e Art a, lui aussi, sa manifestation populaire et festive. Pour sa septième édition, 48H BD, la Fête de la BD, du manga et du comics vous donne rendez-vous les 5 et 6 avril, partout en France et en Belgique et, naturellement… en Occitanie !

On compte pas moins de 167 événements prévus un peu partout en Occitanie, à l’occasion de  cette nouvelle édition des 48h BD. Impossible de les recenser tous, mais il suffit d’aller faire un tour sur le site officiel de l’événement pour en savoir plus…

Alors zoomons un peu, et regardons ce qu’il se passe dans deux points extrêmes de l’Occitanie Pyrénées-Méditerranée : à Saint-Enimie-Gorges du Tarn et à Sète, au bord de la Méditerranée.

Sète : rencontre à L’Echappée Belle

Parno, le scénariste sera à Sète, le 5 avril pour son album « Nos vies prisonnières »… Photo D.-R.

Dans la cité maritime, c’est un auteur du cru qui sera présent à la librairie L’Echappée Belle, le vendredi 5 avril à 18h : Parno, le scénariste de l’album Nos vies prisonnières (éd. Bamboo, 2019), associé au dessinateur Phil Castaza.

Ce nouvel album (one shotn de 140 pages) du scénariste installé à Sète est une belle réussite qui souligne les pires travers d’une société où la « performance » est l’unique critère au détriment de l’humain. L’éditeur présente ainsi ce bel exercice de style :

« C’est l’histoire de gens ordinaires, piégés dans des vies subies… C’est l’histoire d’un père qui craque et abandonne femme et enfant. C’est l’histoire d’un médecin désabusé qui se retrouve à la croisée de tous ces destins. Qui recueille les dernières volontés du père mourant et promet de retrouver le fils. C’est l’histoire de l’enquête menée par le médecin pour retrouver ce fils, près de 20 ans après la trahison. C’est aussi l’histoire d’une réparation qui rayonne sur tous les protagonistes et les libère de leurs vies prisonnières… »

Une fin très optimiste

Sur la fin, le récit se veut gentiment optimiste, voire angélique, en supposant que la démarche tellement altruiste du médecin a pu faire réfléchir et infléchir les pensées et les destins de plusieurs protagonistes. Avouons que cela fait du bien, même si dans la triste réalité de la France d’aujourd’hui, tous ces personnages seraient sans doute demeurés aussi cyniques et agités qu’ils l’étaient auparavant.

La thématique de Nos Vies Prisonnières n’est pas sans écho avec le dernier album de Jim (avec Antonin Gallo pour les décors) Détox (T1), d’ailleurs chez le même éditeur Bamboo.

Jim invite à s’échapper

Avec ses albums qui pourraient être autant de films (Une nuit à Rome, Héléna, Une petite tentation, L’érection…) , l’auteur installé à Gigean, dans l’Hérault, s’est inspiré de la mésaventure d’un proche pour raconter le parcours initiatique d’un dirigeant d’entreprise stressé qui va soudainement (suite au décès d’une collaboratrice/amante) s’inscrire à un stage « détox », loin de la ville, de son univers hyper-connecté, de son entourage… Il n’a pas fini d’en baver et nous d’attendre avec impatience la conclusion dans le tome 2.

Plus au nord de l’Occitanie, en route pour Saint-Enimie (où aura lieu le traditionnel Festival de BD, les 29 et 30 juin prochains) qui invite les visiteurs à « sauver les BD ! »  en participant à une véritable aveture digne des meilleurs scénaristes :

Enquête en Lozère et Gorges du Tarn

Dans la cité médiévale de Sainte Enimie, le Drac et la Princesse se livrent une lutte impitoyable pour conserver le trésor du Monastère : sa bibliothèque de BD ! Chaque joueur, seul ou en équipe (en famille, c’est encore mieux) muni d’extraits de BD écrites ou dessinées sur le patrimoine local, va partir en quête d’indices pour trouver ce trésor, le récupérer et le partager avec les visiteurs de l’opération 48H de la BD dans les Causses et Gorges du Tarn… qui pourront ainsi le faire dédicacer par les auteurs et illustrateurs présents.

Exposition et librairie serviront de ressource documentaire pour aider les joueurs dans leur quête médiévale. Bref : La BD partout et pour tous en milieu rural isolé… du jeu, de l’atelier, de l’expo, de la dédicace et de la vente d’ouvrages à 2€ .

Nouvelle maison d’édition

Pour rester en compagnie des auteurs régionaux, on peut notamment citer le dernier album de l’un des grands noms de la BD, Christian Gine (Neige, Finkel, Capitane Sabre, etc) qui signe (avec Roger Seiter au scénario) une belle adaptation d’un roman d’Arthur Conan Doyle : En l’an de grâce 1349, issu d’une noble famille de guerriers tombée en disgrâce, le jeune Nigel Loring va tenter de faire démentir le destin en prenant part aux côtés du roi d’Angleterre à la guerre de Cent Ans. De simple écuyer, il deviendra un illustre chevalier… Sir Nigel T1, Le Preu du pont de Tilford (éd. Glénat).

Enfin, ces 48h BD sont aussi l’occasion de saluer la naissance d’une nouvelle maison d’édition installée à Sète : Le 9e Elément, dont le premier album Dryodes, 1.Les Récolteurs, est paru en février de cette année. L’auteure Camille Maestracci -qui était déjà présente au Festival BD d’Aurillac, les 9 et 10 mars- est de Montpellier, où elle a fait ses études. Elle invite le lecteur à se plonger dans un univers aussi biomécanique que poétique, sur les traces de Graw et Grou, les deux personnages-clé d’une aventure dont le prochain tome s’annonce plus sombre…

Philippe MOURET

Toujours à L’Echappée Belle, samedi 6 avril à 16h : quiz sur la BD pour les 8-12 ans, avec des BD à gagner…

Coup de coeur : « Choc » acte 3

Avec Les Fantômes de Knightgrave (dont la troisième et dernière partie paraît ce 5 avril) les auteurs Maltaite et Colman mettent un point final à l’une des plus belles réussites parmi les reprises de héros légendaires de la BD.

Tome 3 et fin de cycle pour l’excellente série « Choc »

Alors que Spirou, Lucky Luke, Ric Hochet, Asterix ou Blake et Mortimer font l’objet de reprises plus ou moins réussies, ils ont eu l’audace de choisir le méchant de l’aventure. Pas de Tif et Tondu, mais un préquel de Monsieur Choc, l’un des plus beaux « méchants » de l’histoire de la BD…

L’itinéraire d’un enfant gâché : tel est le sous-titre que l’on pourrait trouver à ce triptyque (Les Fantômes de Knightgrave, éd. Dupuis) consacré au passé de Monsieur Choc, le redoutable vilain créé par Rosy et Will. Que sait-on de l’un des plus fameux et des plus terribles méchants de la bande dessinée franco-belge ? Quels événements le conduisirent à fonder le gang de la Main blanche, à se coiffer de cet imprenable heaume, à régner sans partage sur le monde de la criminalité ?

La saga Choc traverse les âges, d’une guerre mondiale à l’autre, et parcourt cinq décennies majeures du XXe siècle afin de retracer une tragique existence : celle d’un homme qui se déshumanise. Furieux, sans concession, brutal, mais aussi vibrant et grave, ce récit n’a rien d’une promenade de santé. En fusionnant les exigences du roman graphique au style de l’École belge, Stéphane Colman et Éric Maltaite inventent ainsi le premier roman dessiné de l’école de Marcinelle et font de Choc un monument inclassable, aussi mémorable que son protagoniste.

Picsou se met au vert !

Grosse révolution chez Picsou : le gadget, c’est fini ! Disney Hachette Presse lance une nouvelle formule de Picsou Magazine ce 3 avril. Plus de pages, deux fois plus de BD et plus écologique avec moins de plastique, le titre fait peau neuve…

Le canard le plus riche du monde a fêté ses 70 ans en 2017. Il a été créé par le génial Carl Barks qui lui a donné son caractère colérique, économe et aventureux. Le dessinateur écrira plus de 450 histoires jusqu’à sa retraite en 1966. Dans les années 90, Don Rosa reprendra le flambeau en s’attaquant à la biographie du personnage. La jeunesse de Picsou a ainsi été développée, écrite et dessinée entre 1991 et 1993 et a fait de son auteur une star de la pop-culture et de la bande dessinée. Preuve de la modernité du personnage : la série animée des années 80 La Bande à Picsou a eu droit à un reboot arrivé en France sur Disney Channel en décembre 2018 et aussi diffusée sur France 3.

Picsou Magazine, plus de 45 ans d’histoire(s)

Nouvelle formule pour « Picsou Magazine »

Toute la bande dessinée des canards se trouve dans Picsou Magazine depuis février 1972. C’est en effet cette année là que la France, la Belgique et la Suisse découvrent le premier numéro d’un nouveau journal. Trente-huit ans après Le Journal de Mickey, le lancement de Picsou Magazine est une vraie réussite. Dans le même esprit que Pif gadget (lancé en 1969) les cadeaux collectors (sou fétiche, coffre-fort…) ont aussi contribué à son succès. Mais après 541 numéros, Picsou Magazine se réinvente et dit adieu à son gadget « pour mieux répondre aux attentes des lecteurs dans une nouvelle formule enrichie », souligne l’annonce par Disney Hachette.

Un max de BD et des surprises tout en papier !

Premier gros changement : le nombre de pages augmente pour passer de 148 à 304 pages ! Dont plus de 240 pages de BD. Et deux types de papier pour distinguer deux parties : la BD et le magazine. Les lecteurs retrouveront donc deux fois plus d’histoires dans un cahier spécial BD avec des aventures imaginées par Carl Barks, les nouveautés de Donaldville, des histoires oubliées, un auteur star et les grands classiques, inédits ou rares.

L’éditeur promet par ailleurs « une partie éditoriale plus riche avec l’interview d’une star, une rubrique sur le Japon et sa culture, un focus sur un champion de glisse ou de sports extrêmes, des scoops ciné, jeux vidéo et série télé… »  Et dans un esprit qui se veut écologique, fini les gadgets en matière plastique, place aux « surprises en papier », poster, cartes à collectionner, stickers… A noter, pour finir que cette augmentation du nombre de page et la nouvelle formule technique ont un prix : une augmentation du prix de vente qui passe de 4,90 € à 5,5 €. Le vieux grigou ne perd pas le nord !