Des militants d’organisations occitanistes manifestaient dimanche devant le conseil département de l’Aude, à Carcassonne, pour dénoncer le nom de la candidature, “Forteresses Royales”, qui rend hommage au Roi de France en 1244 au détriment des victimes de l’histoire, les cathares. Faux rétorque Hervé Baro, de l’Association mission patrimoine.
Les vainqueurs ont toujours raison… C’est aussi ce que dénoncent des organisations occitanistes à l’origine d’un rassemblement devant le conseil général de l’Aude, à Carcassonne, dimanche. Ils entendaient ainsi protester contre le nom donné au château cathares rebaptisés « Forteresses Royales », comme Dis-Leur vous l’a expliqué ICI.
Cette colère, explique Jean-Pierre Laval, président de Païs Nostre, “dépasse le cadre de la défense de l’occitan » ; il en veut pour preuve les quelque 7 000 signatures qui ont noirci une pétition. Et ravive les blessures identitaires dont la dernière date de 1244 ; quand le roi de France gagna contre les Cathares et s’empara des châteaux. Et, pour faire table rase du passé, il les fit reconstruire à sa main, dans son style. Les occitanistes en appellent à la trahison de l’histoire de notre région qui marqua, à l’époque, le rattachement du Languedoc au Royaume de France.
C’est une façon de célébrer les vainqueurs sur les vaincus, la population locale, qui a payé ces guerres par de nombreux morts dont le fameux bûcher de 1244 de 220 Cathares au pied de Montségur, en Ariège”
“Donner cet adjectif de « Royales » pour un dossier de classement à l’Unesco, c’est une façon de célébrer les vainqueurs sur les vaincus, la population locale, qui a payé ces

guerres par de nombreux morts dont le fameux bûcher de 1244 de 220 Cathares au pied de Montségur, en Ariège”, souligne Jean-Pierre Laval qui invoque les grandes tragédies de cette époque : croisade contre les Albigeois, Béziers et ses 20 000 morts… Pourrait-on plusieurs siècles après cette tragédie tourner cette page…? “Non, ici on a vécu un drame, coupe-t-il. Au-delà du nom, c’est une question de respect de notre identité, sans parler de la question financière : il va falloir remplacer de nombreux panneaux sur les routes, les fléchages… Cet argent pourrait servir à autre chose, la promotion de la langue occitane, par exemple » : « Les Châteaux cathares ne sont pas des forteresses royales. C’est un déni de notre victoire et du martyre cathare.”
Fortifications de Carcassonne, châteaux de Lastours, Termes, Aguilar, Peyrepertuse, Quéribus, Puilaurens et Montségur

Entre Aude et Ariège, huit citadelles sont candidates sérieuses au patrimoine mondial de l’Unesco. Il y a un an, la candidature est officiellement déposée pour ce système défensif historique de ces huit “forteresses royales du Languedoc”, unique au monde, une étape importante dans un chemin qui a commencé il y a 12 ans. Le caractère exceptionnel et la qualité universelle de ces monuments seront-ils reconnus au patrimoine mondial ? Réponse attendue cet été.
Cette candidature officielle est portée par le département de l’Aude et élaborée depuis plus de 10 ans par l’Association mission patrimoine mondial concerne huit monuments répartis entre les départements de l’Aude et de l’Ariège : les fortifications de Carcassonne (la ville-cité est déjà au patrimoine mondial, là il s’agit du système défensif) et autour d’elles, les châteaux de Lastours, Termes, Aguilar, Peyrepertuse, Quéribus, Puilaurens et Montségur.
Cette candidature décrit ce qui s’est passé historiquement dont la réalité et la sincérité sont attestés par les faits”
Représentant de l’Association mission patrimoine, Hervé Baro dit : “Je comprends qu’il puisse y avoir une interrogation sur cette candidature à l’Unesco, sur le nom Forteresses royales. Cela ne remet pas en cause pour les Audois et les Ariégeois notre territoire. Le programme Pays Cathare continue d’exister. Les sites du pays cathares continuent aussi d’exister. A noter qu’il n’y a jamais eu de châteaux cathares dans la communication du département. Les scientifiques que nous avons mobilisés il y a douze ans ont élaboré une candidature dont la valeur universelle exceptionnelle se situe sur ce qui s’est produit après l’épisode cathare au moment où le roi de France annexe ce territoire et reconstruit les châteaux.”

Hervé Baro ajoute : “Nous ne sommes pas en opposition avec les châteaux cathares. Le bûcher de Montségur où les dissidents religieux sont brûlés c’est en 1244. La France, alors, détruit tout ce qui existe jusqu’aux habitations, réduit même la hauteur du rocher. Et construit le château à partir de 1245. Ce qui est agaçant, c’est qu’un certain nombre de formations occitanistes disent que l’on trahit l’histoire. On ne trahit rien. Cette candidature décrit ce qui s’est passé historiquement dont la réalité et la sincérité sont attestés par les faits. La candidature porte sur l’histoire et l’architecture qui est pleinement royale et qui se retrouve sur l’ensemble des sites qui sont construits sur le même modèle que la Cité de Carcassonne” dont les remparts font partie de la candidature.
Olivier SCHLAMA
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