Après un an de silence, le fournil du village de Broquiès en Aveyron crépite à nouveau. Rencontre avec deux passionnés, Ingrid et Nicolas Vanneville, qui ont trouvé dans les paysages des Raspes leur nouveau havre de vie et de partage.
Il y a des rituels qui dessinent l’âme d’un village. À Broquiès, pendant douze longs mois, l’aube s’est levée sans cette odeur rassurante de farine cuite et de levain qui s’échappe de la boulangerie. Mais depuis bientôt trois ans, une douce fumée s’élève à nouveau dans ce village du Sud Aveyron.
Derrière les vitres embuées du commerce, Ingrid et Nicolas s’activent dans la chaleur réconfortante du fournil. Originaire du Nord de la France, le couple a répondu à l’appel de l’opération SOS Village avec un rêve simple : faire revivre un petit bourg et y insuffler leur passion. Pour Nicolas, tombé dans le pétrin à l’âge de 17 ans, le pain est une histoire d’amour de toujours. Pour Ingrid, c’est une reconversion gourmande, couronnée par un diplôme de pâtissière obtenu il y a quatre ans.

Le plaisir de partager…
Ensemble, ils forment un duo fusionnel qui fait tourner la boutique à quatre mains. “L’intégration s’est faite très naturellement”, confie Nicolas avec un sourire. “Les habitants avaient besoin de nous, et nous avions besoin d’eux.” Loin de vouloir imposer leurs habitudes, les deux artisans ont d’abord choisi d’écouter. C’est alors qu’une forme de magie s’est opérée : les villageois ont franchi le seuil de la boulangerie, leurs carnets de recettes de famille à la main. Nicolas et Ingrid se sont imprégnés de ces secrets transmis de génération en génération pour créer leur propre identité gourmande.
Aujourd’hui, l’étal de la boulangerie est un voyage entre deux terroirs. À côté des spécialités aveyronnaises, on découvre avec curiosité les généreuses spécialités du Nord. Ce doux mélange attire d’ailleurs une clientèle de passage (Belges et Néerlandais) ravie de retrouver un bout de leur pays au cœur des vallées de l’Aveyron.
Ici, les artisans ont fait le choix du goût authentique. Les farines proviennent du Moulin de Sorèze, moulu à partir de blés 100 % occitans. Le miel d’Alrance et les confitures d’Ayssènes trônent fièrement sur les étagères, symboles d’un circuit court militant. Et quand la chaleur s’installe dans les Raspes, Ingrid et Nicolas proposent des glaces et sorbets entièrement faits maison.
Pas de sachets de poudre prêts à l’emploi ni d’arômes artificiels. La crème glacée est travaillée sur une véritable base de crème anglaise infusée à la vraie gousse de vanille ; les sorbets vibrent de l’intensité de pures purées de fruits. Un travail qui réveille les papilles des petits et des grands.

… Et le désir de transmettre
Le métier est exigeant, les nuits sont courtes et le travail physique. Pourtant, dès que le rideau de fer se baisse, la magie du territoire opère à nouveau. “Quand on rentre à la maison, face à ce cadre de vie et cette vue, on a l’impression d’être en vacances”, confie Nicolas. Portés par cette énergie et une activité en constante progression depuis trois ans, les artisans ne manquent pas de projets, notamment le développement d’une offre salée pour le midi.
Mais pour grandir, la boulangerie a besoin de bras. En milieu rural, l’absence de transports en commun rend le recrutement complexe pour les jeunes du secteur. Ingrid et Nicolas lancent donc un appel à la transmission : ils recherchent activement un ou des apprentis. Leur ambition n’est pas seulement de former, mais de transmettre un savoir-faire, d’accompagner un projet de vie et d’intégrer durablement ces futurs professionnels au sein de leur entreprise.
Ph.-M.
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