Monument historique, la forteresse est apparue en beauté dans la mini-série Néro comme si elle n’avait pas pris une ride depuis le XVe siècle et ses guerres entre France et Espagne. Pièce maîtresse, le donjon est désormais accessible en visite libre
Elle fait tellement partie du paysage que, de l’autoroute A 9, tout le monde l’aperçoit sans vraiment la voir. Ni l’admirer. La forteresse de Salses, près de Perpignan (P.-O.) existait pourtant bien avant ce rouleau de bitume qui file vers l’Espagne ! Faites une halte sur l’aire d’autoroute éponyme d’où l’on peut, à pied, rejoindre la forteresse ancestrale, datant du XVe siècle. C’est, d’ailleurs, de son intégration au paysage qu’elle tirait, jadis, sa vocation de défense du territoire.
Un mois de tournage pour Netflix

En fait, beaucoup l’ont vue cette année mais depuis de leur canapé ! Notamment parmi les 300 millions d’abonnés à Netflix dans le monde ont pu (re)découvrir la forteresse de Salses : elle a servi de décor d’époque à Néro, série-événement de la plateforme payante, du nom du héros de la fiction, assassin cynique mais malgré tout au grand coeur… “Le tournage a duré environ un mois et les visiteurs ont pu profiter des décors provisoires qui avaient été installés notamment dans le donjon de la forteresse”, confie Lionel Izac, conservateur.
Un coup de pub mondial pour ce joyau du patrimoine catalan ! C’est en partie dans ces lieux chargés d’histoire que cette série historique qu’elle se dévoile peu à peu au fil des épisodes. Comme le furent le fort de Bellegarde ou le château d’Aubiry, deux monuments également dans les P.-O. !
Le donjon de la forteresse de Salses en visite libre
La forteresse a surtout des arguments intrinsèques, proposant cette année des nouveautés aux visiteurs, à ceux qui voudront marcher sur les pas de Nero ou les férus d’histoire : le Centre des monuments nationaux (CMN), dont dépend ce monument, ouvre désormais le donjon de la forteresse de Salses, en visite libre, offrant ainsi aux visiteurs l’opportunité de découvrir autrement le monument.
C’est avant tout un morceau d’histoire. Elle fut forteresse, prison, magasin à poudre, logement pour garnison… Et Monument historique depuis… 1886. Cette forteresse a des spécificités : elle est semi-enfouie, c’est aussi la “seule ancienne forteresse espagnole conservée en France. C’est un cas unique”, explique Lionel Izac, conservateur.
Rendre le patrimoine plus accessible et de mieux accompagner les publics dans leur découverte de ce fleuron du patrimoine du Roussillon”

Dominant stratégiquement la plaine du Roussillon, cette ancienne place forte espagnole majeure est toujours posée là, au coeur des Pyrénées-Orientales, entre étang et montagne. Toujours resplendissante, imposante et ultramoderne pour l’époque, marquant une rupture dans l’histoire de l’architecture militaire. Semi-enterrée, murs épais comme jamais, galeries souterraines, systèmes hydrauliques…
Autre argument : “La signalétique est également entièrement renouvelée contribuant à enrichir le parcours de visite et tous les espaces ont bénéficié d’un nouvel éclairage pour magnifier une architecture unique. Dès l’entrée, le public peut également découvrir une grande maquette tactile en bronze de la forteresse.” Et : “Cette initiative s’inscrit dans la volonté du CMN de rendre le patrimoine plus accessible et de mieux accompagner les publics dans leur découverte de ce fleuron du patrimoine du Roussillon.”
Avec le Traité des Pyrénées, la forteresse appartient définitivement à la France

En 1544, la paix signée Charles Quint et François 1er un siècle de tranquillité. Lors de la Guerre de Trente Ans (1618-1648), elle est assiégée par les Français mais elle ne tombe pas. Mais définitivement conquise le 5 sept 1642. Et le 16 novembre 1659 est signé le Traité des Pyrénées : le Roussillon appartient définitivement à La France.
Cette forteresse tenait la frontière franco-espagnole. Les Français, avaient incendié le fortin espagnol qui se trouvait à l’emplacement de la forteresse ; le roi de France revendiquait à cette époque la frontière et le Roussillon qu’il voulait annexer. “C’était une guerre au niveau européen.” Toute cette période trouble a accouché du fameux traité des Pyrénées en 1659 avec une frontière bien plus bas, comme elle l’est devenue aujourd’hui. Dès lors, la forteresse devient française perdant de son intérêt défensif et son rôle guerrier.
“Très complexe, l’architecture de Salses avait été imaginée pour résister aux tirs d’artillerie des Français”

Lionel Izac remonte le temps : “L’architecture de Salses est très complexe. Elle avait été imaginée pour résister aux tirs d’artillerie des Français ; au moment où, dans l’histoire l’artillerie se perfectionne, il a fallu trouver des solutions architecturales pour notamment résister aux boulets de fer qui venait d’être mis au point : les remparts ont ainsi été épaissis, passant de deux à trois mètres à six et onze mètres. On équipe aussi les portes de plaques de fer pour lutter contre les incendies, les boulets de fer étant chauffés au rouge. On a aussi de remarquables l’abandon des mâchicoulis (galerie en pierre en surplomb au sommet des murs d’un château fort dont le sol percé de trous servait à lancer des projectiles sur l’ennemi, Ndlr), de remparts classiques qui auraient été vite détruits par les engins de sièges, surtout quand ils étaient très hauts. Salses, c’est la quintessence de ce qui se fait de mieux au début de la Renaissance.”
“Entre 80 000 et 90 000 visiteurs par an”
Les touristes espagnols n’ont pas oublié : “Catalans et Espagnol sont notre plus gros contingent de visiteurs européens qui viennent notamment en décembre ! Nous avons entre 80 000 et 90 000 visiteurs par an. Nous accueillons assez régulièrement aussi des classes d’élèves espagnols, de la région de Gerone ou de Barcelone. Il est bien identifiés de nos amis espagnols. D’ailleurs, dans le nouveau parcours que nous devons de mettre en place, il est en quatre langues dont le catalan et l’espagnol, c’est le seul monument géré par le CMN qui en bénéficie.”
Le donjon, “l’un des plus beaux endroits du monument avec ses salles d’apparat”

Quant à ce nouveau parcours, on peut visiter librement le donjon, “l’un des plus beaux endroits du monument avec ses salles d’apparat”, sans avoir à s’inscrire à une visite guidée. On pouvait se casser le nez en fonction de l’heure à laquelle on arrivait. “Cela faisait plusieurs années qu’on s’attelait à cela. Nous avons obtenu le budget – 500 000 € – pour sécuriser sur les trois niveaux les passages ; refaire les éclairages ; la sécurité ; la signalétique. Il y a un espace immersif. Il y a aussi une maquette en bronze apportée par une fondation mécène, Vizio, qui travaille avec les mal-voyants et aveugles qui ouvre la visite dans la place d’armes avec une possibilité tactile. Elle a été conçue avec l’apport des associations de malvoyants de Perpignan qui ont participé au projet.”
“Expo de photos d’armures japonaises de la fin du Moyen-Âge, de la même période que Salses au Japon”

Quant au nouveau parcours, “il a une thématique famille, un peu ludique pour présenter l’histoire de ce monument. Et il y a toujours les visites avec nos guides. Les casques pour l’audioguide, on les aura en novembre, notamment pour les étrangers. L’audio-guide n’est pas achevé mais on a voulu ouvrir dès cet été”.
La forteresse est animée toute l’année, par ailleurs. “Nous accueillons, jusqu’à la fin de l’année, une expo de photos d’armures japonaises de la fin du Moyen-Âge, de la même période que la forteresse de Salses mais au Japon. C’est une photographe polonaise, qui travaille au Samurai Muséum de Berlin qui possède l’une des plus belles collections d’art asiatique en Europe, qui crée de grandes scènes épiques avec des samouraïs ou des scènes d’intérieur, plus apaisées.”
Onze monuments en Occitanie
Le CMN s’occupe aussi du Panthéon, 104 monuments classés monuments historiques et ouverts à la visite au total en France comme l’Arc de Triomphe, Notre-Dame, Carcassonne (avec l’ouverture intégrale des douves depuis un an)… Dont 11 en Occitanie d’autres monuments (1) pour lesquels il peut exister des billets jumelés. C’est le cas, via des partenariats, de Salses avec le Mémorial de Rivesaltes ou l’abbaye de Fontfroide, par exemple. Il existe aussi un pass, Pass-et-Monuments, moyennant un tarif annuel de pouvoir entrer avec un tarif réduit dans les 104 monuments du CNM (tous gratuits pour les moins de 26 ans). Enfin, à l’occasion de la panthéonisation de Marc Bloch, on a créé une expo itinérante qui va tourner dans plusieurs monuments pendant un an. Et sans doute dans la région.
Olivier SCHLAMA
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(1) En Occitanie, au-delà de la forteresse de Salses, d’autres monuments sont gérés par la CMN : Tours et remparts d’Aigues-Mortes, Château d’Assier (Lot), l’Abbaye de Beaulieu-en-Rouergue (Tarn-et-Garonne), le château et remparts de la cité de Carcassonne, bien sûr ; le Château de Castelnau-Bretenoux ; le site archéologique et musée d’Ensérune (Hérault) ; le château de Gramont ; le château de Montal : les sites et musée archéologiques de Montmaurin ; et le Fort Saint-André de Villeneuve-lez-Avignon.