Malgré un soutien inconditionnel de Carole Delga et du gouvernement français, l’actionnaire majoritaire ne veut pas aller plus loin. La société, qui s’est déclarée en cessation de paiement, se retrouvera devant le tribunal de commerce de Toulouse, mardi. L’intersyndicale demande une mise sous tutelle de l’Etat pour sauver le dernier fabricant de pâte à papier du pays.
Cruelle désillusion pour Fibre Excellence, comme le dit le porte-parole de l’intersyndicale Laurent Quinto “lâchée par son actionnaire”, l’homme d’affaires indonésien Jackson Wijaya qui met “en péril” les deux usines françaises de pâte à papier. Un sentiment qui tranche du tout au tout avec l’espoir affiché il y a une semaine.
Laurent Quinto souffle : “Il a refusé la seconde offre de l’Etat et la Région Occitanie en disant que ce projet est trop fragile économiquement, que cela ne correspond pas à son modèle économique. Nous avons appris cette mauvaise nouvelle jeudi soir. Rendez-vous maintenant mardi 21 avril à 11 heures au tribunal de commerce de Toulouse, sachant qu’aucun repreneur ne s’est manifesté et que l’actionnaire n’a pas fait de contre-proposition…” Le dernier fabricant français de pâte à papier (pour du papier toilette, des emballages et du papier), à court d’argent, s’est en effet déclaré en cessation de paiement, trois mois après que l’alerte des syndicat eut résonné.
“Une immense violence sociale et une profonde injustice”

Ces deux usines emploient 670 salariés et génèrent plus de 10 000 emplois indirects dans la filière forêt-bois-papier elle-même en danger à cause de la possible disparition de cet acteur majeur qu’est Fibre Excellence. Le tribunal de commerce doit se prononcer le 27 avril. En espérant que ne sera pas prononcée la liquidation judiciaire.
Dans un communiqué, Carole Delga partage leur douleur et leur colère : “Je pense avant tout aux 700 salariés des usines de Saint-Gaudens et Tarascon ainsi qu’à leurs familles. C’est une immense violence sociale et une profonde injustice. La Région Occitanie continuera d’être à leurs côtés dans les semaines à venir. Leur combat exemplaire (…) a démontré qu’il doit y avoir un avenir pour la pâte à papier produite en France (…)” La présidente de la région Occitanie cite un projet industriel de production de carton d’emballage recyclé sur le site de Fibre Excellence, à la Chapelle Darblay, en Normandie, existe (…)”
Concurrence asiatique, “bouleversements géopolitiques”…

Tout ceci ressemble à un immense gâchis. Comment ces dernières usines de pâte à papier du pays pourraient-elles être sauvées ? L’actionnaire jette l’éponge malgré un investissement important de l’Etat et une éventuelle entrée au capital de la Région Occitanie. Le 19 février dernier, le ministre délégué à l’industrie, Sébastien Martin avait proposé un engagement sur les finances publiques de 150 M€.
Dans un courrier du 16 avril au ministre, les dirigeants de Fibre Excellence expliquent avoir apporté à ces usines “un soutien financier de 293 M€ (…)” Ils citent la concurrence asiatique, “les bouleversements géopolitiques en cours, notamment le conflit au Moyen-Orient. Ces facteurs s’ajoutent à une tendance structurelle de surcapacité sur le marché mondial de la pâte à papier, qui va continuer à exercer une pression baissière durable sur les prix”. Même la révision substentielle du prix de rachat de l’électricité produite et vendue par Fibre Excellence de + 20 % n’y suffit pas…
Projet de diversification qui s’éloigne de plus en plus
Laurent Quinto expliquait récemment à Dis-Leur ! : “On sait que réviser le tarif de rachat de l’électricité ne se fera pas cette année : la décision doit être inscrite dans la loi de finances. Mais si on nous le promet pour 2027, alors l’actionnaire majoritaire de nos usines restera à nos côtés, le temps que nous engagions une diversification plus rémunératrice de nos activités. Le prix du bois ne baissera pas ; la parité euro-dollar nous désaventage, etc. Non, la seule variable sur laquelle on peut agir, c’est la hausse du rachat du MGW/heure. La Cour des comptes le dit comme le rapport d’expertise que nous avons commandé.”
Laurent Quino évoquait un projet qui s’éloigne de plus en plus “de diversification d’ici cinq ans sur des marchés plus porteurs et rémunérateurs pour la société comme fabriquer de la pâte fluff pour des papiers et serviettes hygiéniques et tout ce qui est packaging (pâte isolante pour remplacer l’amiante dans le fibrociment)”.
“Nous sommes certains qu’avec les aides de l’état et nos projets chiffrés nos usines sont viables”

Dans un communiqué, l’intersyndicale vide ses poumons : “Nous sommes en danger, en tant que salariés et avec nos familles, alors aujourd’hui, c’en est assez : nous sommes fatigués, nous sommes en colère. Il ne faut plus tergiverser. Pour l’intersyndicale, Les seules solutions pour sauver nos deux usines, nos 670 emplois et les 10 000 emplois induits sont : immédiatement la mise sous tutelle du groupe France par l’état ou une aide financière pour éviter la liquidation par manque de trésorerie ou la nationalisation immédiate dans l’attente d’un éventuel repreneur.”
Et : “La région Occitanie est déjà comme l’intersyndicale à la recherche d’un industriel ou financier. Nous avons des projets porteurs pour nos usines. Nous sommes certains qu’avec les aides de l’état et nos projets chiffrés nos usines sont viables. Nous serons reçus par Mme Delga le mercredi 22 avril 2026 à 17 h pour monter un plan de reprise et contacter des éventuels repreneurs. L’intersyndicale demande à être reçu par le 1er ministre de toute urgence (…)”
Olivier SCHLAMA