Sport extrême : À Québec, les “frappés” du canot à glace ont frappé un grand coup !

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À l’heure des JO d’hiver, cette discipline confidentielle mérite d’être découverte ! Un équipage français, majoritairement occitan, concourt souvent avec succès chaque année à ces épreuves gelées sur le fleuve Saint-Laurent. Un sport très éprouvant qui utilise un canot qui, jadis, était un instrument de survie dans cette partie de la planète particulièrement hostile.

Joutes, l’été ; canot à glace, l’hiver. De la macaronade à la… Poutine (frites, fromage, sauce…) Du Canal Royal au Saint-Laurent. De Sète à Québec. Cela mériterait que leur soit créés des JO réservés à ces sports traditionnels, patrimoniaux dont le moteur est la ferveur. C’est le Sétois Eric Bonijoly qui en parle le mieux, adepte de la rame en Ile Singulière et équipier sur le seul canot à glace français sur les rives du Saint-Laurent. Deux disciplines qui l’ont façonné. Avec “des sensations assez inexplicables comme le bruit du canot sur la glace et bien sûr l’adrénaline…”

“Un tiers de chance, un tiers de technique et le reste à la stratégie de course”

A la barre, ce sport réclame endurance et force. Et passion. Dans la catégorie sport, cil s’agit de boucler un triangle de plusieurs kilomètres le plus vite possible, parfois avec un genou à terre et un genou dans le bateau. Ce sport se pratique à cinq. “Dans notre catégorie, Sport, où il y avait dix-huit concurrents cette année, on a remporté cette première place à la Course dite du Carnaval en une quarantaine de minutes, précise Eric Bonijoly. La traversée du fleuve Saint-Laurent, c’était chouette. C’était dur. Et à – 20 degrés. Il y a environ un tiers de chance, un tiers de technique et le reste à la stratégie de course. » Dans cette course dite du Carnaval, près de 60 équipes se divisent en trois catégories.

Dans l’équipage de cinq sportifs sur ce canot à glace, un Sétois donc, un Toulousain, un Grauléen… Un équipage lourdement chargé en sportifs de la région. Ils ont aussi fait dans une autre course une place de seconds. De la glace, de l’eau gelée, des veines d’eau avec un énorme courant qui oblige à anticiper et jouer avec. Le déclic pour cette génération de sportifs de l’extrême, c’est lorsque Annick Artaud de Cettarames, une association de rames traditionnelles, avait montré ce genre de défi il y a 20 ans, à Didier Voindrot, capitaine, barreur et cofondateur de Cettarames. Le Québec ayant déjà classé ce sport au patrimoine immatériel avec son écomusée sur L’Isle à Coudres. En attendant le classement de ce sport extrême à l’Unesco au même titre que les joutes languedociennes ? “Moi, c’est ma 13e participation”, confie Eric Bonijoly, pompier à Sète qui oeuvre dans cette discipline dans la catégorie Sport, qui se situe juste en dessous de la catégorie Elite, quasi-professionnelle.

“Les Québécois en Elite utilisent des cires au fluor, très coûteuses. Nous, c’est du fartage classique, comme au ski”

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“Pour tout l’équipage il faut bien sûr une très bonne condition physique ; de l’agilité pour les avants et de la puissance pour les arrières. Et pour le barreur une bonne lecture des condition de glace de courant et de stratégie car en fonction des itinéraires et des choix de course, tout peut se jouer”, nous expliquait-il déjà en 2020 ICI.

Il ajoutait : “Sur glace, les Québécois sont plus forts que nous. Nous avons, nous, de bons éléments en rames, et nous avons la chance d’avoir Didier qui est très bon en stratégie de course. Il y a aussi des paramètres à prendre en compte comme la bonne préparation du canot, comme l’emploi des bonnes cires de lustrage. Les Québécois en catégorie Elite utilisent des cires au fluor, très coûteuses. Nous, c’est du fartage classique, comme au ski.” Les canot à glace, eux, sont en kevlar, carbone et résine. “Là bas, c’est un sport national. A la TV, chaque semaine, il y a des émissions sur le canot à glace. Tous les Québécois suivent ce sport avec intérêt. Même quand il fait – 20 degrés, ils sont 10 000 spectateurs à sortir pour assister à une course », complétait Didier Voindrot.

Les Français réfléchissent à la catégorie supérieure

Une bande copains. DR

Peut-on imaginer que l’équipage français puisse un jour se hisser dans la catégorie supérieure, Elite ? “C’est vrai que l’on arrive à faire de bons résultats dans notre catégorie, confie Eric Bonijoly. On dispute la dernière course ce samedi à L’Isle à Coudres. Si on fait un bon résultat, on envisagera de faire au moins une saison dans la catégorie au-dessus, Elite.” Ce qui les encourage c’est que sur une course précédente, dont le parcours était identique pour tous, les Occitans étaient loin d’être ridicules. Ils se sont même bien placés. “Les Québécois nous félicitent. Ils sont très heureux de voir que l’on fait leur sport une fois par an. C’est un sport historique. Très éprouvant », sourit Eric Bonijoly.

Le canot à glace, à l’origine instrument de survie

Le canot à glace était à l’origine un instrument de survie dans un milieu hostile pour devenir sport traditionnel classé au patrimoine immatériel. Avant l’arrivée du moteur, les Amérindiens ont, les premiers, traversé le fleuve Saint-Laurent en canot l’hiver, faisant du portage sur les glaces entre les espaces navigables. Dès le 17e siècle, les premiers colons et les explorateurs ont adopté ce mode de transport pour circuler sur les cours d’eau partiellement gelés. “À l’époque, on faisait tous les déplacements en canot à glace : livraison de courrier, pour transporter les malades, etc. Québec est le seul endroit au monde où ça existe.” C’était le seul moyen de survie dans l’un des endroits les plus hostiles de la planète. Dans les années 1950, quand le bateau à moteur s’est généralisé, c’est devenu un sport de tradition. “On compte peu de pays participants : les USA avec Chicago ; Calgary (Canada) et nous qui sommes en quelque sorte l’Equipe de France.”

Olivier SCHLAMA