Municipales : Les électeurs plébiscitent la question environnementale

La perception des communes en « avance » est encore minoritaire. Sans doute pas dans la ville d’Elne, véritable labo de solutions. Ph. Ville d'Elne

Contrairement à l’écolo-bashing ambiant, l’écologie est un repère fort et surtout transversal, selon une étude de l’institut Terram et de l’ONG Project Tempo. À l’heure du changement climatique, l’échelon local montre toute sa pertinence. Avec une demande de réponses immédiatement intelligibles. L’association Générations Futures propose, elle, un site ayant compilé des données dans les communes sur l’eau, les pesticides et l’alimentation.

La santé et les déserts médicaux ; la sécurité ; les dépenses publiques locales : derrière le trio de tête pour ces élections municipales, on trouve comme thème central l’écologie. L’enjeu, c’est “sa crédibilité opérationnelle” au niveau local, ce qu’une ville comme Elne (P.-O.), exemplaire, a réussi à faire, comme Dis-Leur vous l’a expliqué ICI. C’est selon une étude de l’Institut Terram, think tank dédié aux territoires, et l’ONG Project Tempo, spécialisée sur cette question environnementale, qui vient d’être publiée, une préoccupation majeure des Français. Près de la moitié des Français (45 %) associent le thème de la sécurité à la sécurité environnementale et sanitaire ; à la sécurité économique et sociale, etc.

Les élections municipales de 2020 avaient été marquées par la conquête de plusieurs grandes villes par des listes écolos dont Besançon, Bordeaux, Grenoble, Lyon, Poitiers, Strasbourg et Tours ainsi que leur participation à des majorités municipales dans des métropoles comme Paris ou Marseille, largement constitutifs d’une « vague verte ». Mais à relativiser, vu notamment le fort taux d’abstention et les désistements en vue du second tour.

Même des mesures contraignantes soutenues

Les ramassages de déchets sont l’occasion de rassembler tous les pratiquants de la montagne. Photo Loïc BAILLIARD

Encourager la rénovation thermique des bâtiments ; développer le tri et de la réduction des déchets comme les transports en commun ; planter des arbres… Même des mesures plus contraignantes restent majoritairement soutenues, comme la limitation de la circulation automobile (à 57 %) ou la transformation de places de stationnement en espaces verts (52 %). Seules les éoliennes ne recueillent pas une majorité absolue des répondants (49 %). Cette année, les élections municipales s’annoncent différentes avec des thèmes qui dépassent la préocupation écologique : la sécurité, le pouvoir d’achat, le manque d’argent des collectivités locales. Sans parler de la montée en puissance d’un discours réactionnaire et illibéral. Mais où la question environnementale traverse tous les thèmes.

Écologie : sept Français sur dix satisfaits de leur maire

L’enquête a été réalisée par un docteur en sciences politiques, Antoine Bristelle et directeur de Project Tempo. En premier lieu, le spécialiste dresse le bilan de la mandature qui se termine (2020-2026) et en conclut globalement que les municipalités sortantes ont plutôt bien fait leur job dans leur ensemble : plus de sept Français sur dix (71 %) s’en disent satisfaits de l’action de leur conseil municipal en matière d’actions sur l’environnement et même une forte minorité (10 %) affirment en être « très satisfaits ». Et 61 % “plutôt satisfaits”.

Perception des communes “en avance” minoritaire

A Elne, l’agrocéologie est un effort permanent. Photo : Ville d’Elne

Sauf que le défi est immense. Et l’action est, malgré tout, jugée insuffisante. “Ce jugement positif traverse largement les clivages politiques, générationnels et sociaux, confirmant la commune comme un échelon d’action publique jugé concret et efficace. Toutefois, seul un tiers des Français (32 %) estiment que leur commune est aujourd’hui en avance en matière de protection de l’environnement.”

“Ce chiffre tombe à 27 % concernant la réduction des pollutions et à 24 % pour l’adaptation aux risques climatiques, comme les inondations ou les canicules. Même sur des politiques historiquement investies par les collectivités, la perception d’une commune « en avance » reste minoritaire : 37 % pour les transports durables, 41 % pour la préservation des espaces naturels.”

De la gestion des déchets aux pollutions sonores

L’étude met en évidence une forte différenciation territoriale des préoccupations environnementales. Quasiment deux tiers des Français (66 %) sondés déclarent avoir déjà ressenti dans leur commune les effets du changement climatique, mais “cette proportion varie fortement selon la taille des communes : 55 % dans les communes rurales, contre 70 % dans les villes de plus de 100 000 habitants et 68 % dans l’agglomération parisienne. Cette expérience différenciée structure la hiérarchie des inquiétudes locales. À l’échelle nationale, les principales préoccupations environnementales citées relèvent d’abord des pollutions : gestion des déchets (43 %), pollution de l’air (38 %) et pollution sonore (32 %). La qualité de l’eau constitue également un motif d’inquiétude majeur pour un tiers des Français (33 %), devant l’urbanisation excessive (32 %) et les risques d’inondation (22 %)”.

35 % des Français favorables à une hausse d’impôt

Sauf que ces mesures, il faut les financer. Là, se crée un hiatus. Plus d’un tiers des Français (35 %) se déclarent favorables à une hausse modérée des impôts locaux pour financer la transition écologique. En revanche, près des deux tiers (65 %) soutiennent des politiques environnementales financées par la réorientation des dépenses municipales existantes. Surtout : « Près de sept Français sur dix (69 %) estiment que la politique environnementale doit être pensée comme une politique transversale, intégrée à l’ensemble des décisions publiques locales. » Et être à même d’articuler les autres actions.

Avec un constat positif et l’un des enseignements de cette étude très riche : l’écologie doit être pensée comme une action transversale et systémique pour 69 % des personnes interrogées, touchant tous les autres champs d’intervention des collectivités locales : “Loin d’être marginalisée, la dimension environnementale irrigue en profondeur ces différents enjeux. Sécurité, santé, qualité de vie, attractivité économique ou résilience territoriale intègrent désormais, explicitement ou implicitement, une composante écologique dans les représentations des citoyens. » Et ce, même si l’écologie de parti est considérée parfois comme marginale dans le panorama politique du pays.

“La transition écologique peut s’opérer sans ralentir la croissance économique”

Pollution cours d’eau, STEU. Ph. Service environnement et risques (DDT) du département de l’Ariège.

Autre enseignement, y compris pour les candidats eux-mêmes, on peut “faire de la politique environnementale un levier du développement économique local (…) Dans de nombreuses analyses, économie et écologie sont encore fréquemment présentées comme des objectifs antagonistes : le développement économique serait nécessairement obtenu au détriment de la protection de l’environnement. L’enquête montre que cette opposition est largement rejetée par l’opinion publique. À un niveau général, qui dépasse le seul cadre municipal, près des trois quarts des Français (72 %) considèrent que la transition écologique peut s’opérer sans ralentir la croissance économique.”

“Adapter les réponses aux réalités locales”

Autre levier d’intervention,territorialiser l’écologie : adapter les réponses aux réalités locales ». “les communes ont tout intérêt à s’appuyer sur des diagnostics environnementaux territorialisés, combinant données objectives et perceptions citoyennes. Une écologie municipale crédible ne saurait se contenter de solutions standardisées ou de référentiels uniformes. Elle suppose au contraire des réponses ciblées, adaptées aux vulnérabilités locales et clairement identifiables par les habitants. Cette inscription territoriale renforce à la fois l’efficacité des politiques mises en œuvre et leur légitimité sociale.”

Olivier SCHLAMA

Qualité de l’eau, cantines, pesticides : Générations Futures va à la source

Parce que cela ne coule pas de source, l’association Générations Futures propose d’obtenir des réponses concrètes sur les efforts fournis par les communes en matière d’écologie. « Quel est le pourcentage d’aliments bio à la cantine de mes enfants ? » ; Y a-t-il des des polluants dans l’eau qui coule de mon robinet ? » Etc. Autant de questionnements auxquels vous pouvez obtenir la réponse de l’association qui s’était fait remarquer nationalement suite à son combat contre les pesticides, le glyphosate, les Pfas. Générations Futures propose l’outil Sourcecommune, « créé pour les élections municipales », en partenariat avec d’autres associations, cet outil qui compile de nombreuses données publiques disponibles.

Toulouse, a déjà fait l’objet de 400 recherches

A ce jour, la plateforme est plutôt populaire avec, en un mois, 18 000 clics et 6 500 communes recherchées au moins une fois, sur les 36 000 communes existantes dans l’Hexagone. Toulouse génère un intérêt certain : la 3e ville de France ayant fait l’objet de plus de 400 recherches. “Les données proviennent de sources tout à fait officielles : les ARS  pour la qualité de l’eau ; l’Etat ; l’Agence Bio…”, précise Andy Battentier de Générations Futures.

“Dix engagements du maire”

C’est une façon d’aller à la source en ne prenant pas pour argent comptant les discours politiques des maires en place ou des opposants. En outre, Générations Futures propose un tract avec « les dix engagements du maire » qui recense les 10 propositions issues de ses recommandations. Les candidats sont invités, en scannant un QR code, au recto du tract, à transmettre leurs promesses de campagne sur un formulaire dédié. On y trouve l’aide aux agriculteurs bio ; favoriser les circuits courts, assurer une information claire sur la qualité de l’eau du robinet…

O.SC.

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