La SNCF a lancé début janvier une offre qui propose un wagon où la présence des enfants de moins de 12 ans est interdite. La Haute-Commissaire à l’enfance, Sarah El Haïri s’est dite choquée (*) par cette “offre” qui alimente (et met en lumière) la tendance dite “no kids.” Pour contrecarrer cette discrimination larvée, le ministère de la Santé, des Familles, de l’Autonomie et des Personnes handicapées a lancé les prix “Le choix des Familles” qui distinguent des établissements engagés dans “un accueil bienveillant des enfants et de leurs familles.” Quatre sont situés en Occitanie (voir en bas de l’article).
Pour Sarah El Haïry le message est clair : “Les enfants ont toute leur place dans la société.” Le prix “Le Choix des Familles” s’inscrit dans cette ambition, en valorisant celles et ceux qui font le choix d’un accueil inclusif, adapté et respectueux des familles, à rebours de la tendance croissante des espaces excluant les enfants.
“Les enfants ont toute leur place dans notre société”
Reposant sur une plateforme participative (www.lechoixdesfamilles.fr), cette initiative a permis de donner directement la parole aux familles, invitées à recommander les lieux où elles se sentent réellement les bienvenues avec leurs enfants. Entre le 1er juillet et le 1er novembre 2025, 2 792 recommandations de familles ont été recueillies partout en France (**).
Cinquante lauréats nationaux, issus de tous les territoires et de secteurs variés, ont été plébiscités par les familles. La haute-commissaire à l’Enfance leur a remis un diplôme accompagné du logo à apposer sur la façade de leur établissement.
“Accueillir un enfant, ce n’est pas un compromis, c’est une richesse”
À cette occasion, Sarah El Haïry a rappelé : “Alors que se multiplient les lieux “no kids”, nous affirmons avec force, corps et âme, que les enfants ont toute leur place dans notre société. Remettre les prix Le Choix des Familles, c’est célébrer celles et ceux qui font le choix d’un accueil inclusif, bienveillant et respectueux des familles. Parce qu’accueillir un enfant, ce n’est pas un compromis, c’est une richesse. Ces 50 établissements lauréats, dans tous nos territoires et tous nos secteurs, incarnent cette ambition : construire une France où chaque enfant, partout, peut être accueilli, écouté et respecté. J’invite dorénavant tous les français à se rendre dans ces établissements disposant du logo Le choix des familles.”
La Haute-commissaire pointe ainsi une problématique qui va croissant. Elle rappelle que “depuis quelques années, une tendance s’installe. Pas toujours affichée. Souvent enveloppée de mots doux : Le confort, la tranquillité, l’expérience premium. Et parfois, derrière ces mots, une réalité plus brutale : l’exclusion progressive des enfants. Des lieux où l’on tolère à peine leur présence. Des offres pensées d’abord pour des adultes. Des regards qui s’agacent. Des soupirs. Parfois même des pancartes. Ce mouvement a un nom : la culture du no kids.”
“L’enfant n’est pleinement accepté que s’il reste discret…”
Une forme de discrimination qui ne dit pas son nom. Et pourtant, comme le souligne dans les colonnes de L’Union Eric Delemar (Défenseur des enfants) c’est dire “au fond que nos enfants seraient en dehors de l’espace public. Qui oserait dire aujourd’hui qu’il faut interdire tel espace de transport, tel espace public, à telle catégorie d’adultes ?“
C’est aussi ce que souligne Sylvain Wagnon (professeur des universités en sciences de l’Education, Université de Montpellier) en élargissant le sujet : “Le statut des enfants dans notre société demeure marqué par une forme de discrimination ordinaire, souvent banalisée et peu remise en question (…) L’enfant n’est pleinement accepté que s’il reste discret, docile et presque invisible, ce qui limite profondément sa liberté d’expression et d’existence dans l’espace public, territoire de liberté qui se restreint pour les enfants.”
Lire l’intégralité de l’article : https://www.umontpellier.fr/articles/espaces-no-kids-une-discrimination-contraire-au-vivre-ensemble
Les quatre établissements distingués en Occitanie sont le camping La Romiguière à Montpeyroux (Aveyron), la Maison Confettis à Nîmes et Circus Kids à Vauvert (Gard) et le restaurant Champêtre à Toulouse (Haute-Garonne).
Philippe MOURET
(*) “Derrière ce qui a été présenté comme une simple offre commerciale, presque anecdotique, il y a en réalité un symbole puissant. Quand une grande entreprise publique laisse entendre que le confort pourrait passer par l’absence d’enfants, ce n’est pas seulement un choix marketing : c’est un message sociétal. Un message qui s’écrit en filigrane, mais que tout le monde comprend. Il dit quelque chose de la place que nous accordons aux enfants dans l’espace commun. Et à force de petites décisions techniques, c’est parfois une vision du vivre-ensemble, voire une vision civilisationnelle, qui se dessine sans débat. Je ne crois pas à un progrès qui se construit en rendant les enfants invisibles. Je crois à un progrès qui sait organiser l’espace pour que chacun y trouve sa place, y compris les familles. Quand on choisit qui a le droit d’exister dans l’espace public, on ne fait pas du marketing. On écrit une page de société et, malheureusement, que la SNCF cède sur cela me fait mal au cœur.” (Sarah El Haïri)
(**) Pour pouvoir être sélectionné, un établissement devait réunir au moins trois recommandations et obtenir une note minimale de 16/20. Les établissements ont été évalués par les familles selon quatre critères : une tarification enfant, au moins un événement pour enfant par an, du personnel bienveillant à l’égard du jeune public, et des aménagements adaptés (chaises enfants, toilettes enfants, espace jeux…).
