Tourisme exemplaire : Au camping La Tamarissière, “notre but, c’est que nos équipes grandissent”

Sébastien Pelezar, 32 ans, n’a pas le sourire dans sa poche. Il théorise en substance sa relation avec ses équipes à l’occasion du lancement de la Semaine des métiers du tourisme : pour que le client soit satisfait, le personnel doit l’être aussi. Et pour qu’il le soit et le fidéliser - une avanie dans ce secteur - et ne pas avoir à recruter ad vitam. Ph. Olivier SCHLAMA

Rendre possible une vraie évolution de carrière dans le tourisme, bénéficier d’un management bienveillant et proposer des postes qui aient du sens : c’est dans un établissement exemplaire, à Agde (Hérault), que France Travail Occitanie lance la semaine des métiers du tourisme avec 130 événements. Directrice régionale de France Travail, Karine Meininger souligne que l’hôtellerie de plein air offre “un vaste panel d’emplois stables. Et même des emplois à l’année ou sur neuf mois”.

L’été, la remarquable pinède de 10 hectares étale son ombre bienfaitrice sur deux mille heureux vacanciers, répartis sur 521 emplacements – dont 300 sont nus, pour la tente et la caravane, ce qui est rare. Certains chalets disposent même d’une piscine privée (!). Lieu, unique, est bordé par la Méditerranée et le fleuve Hérault qui s’y déverse, créant de jolis mascarets. Le tout, à un jet de boule de pétanque…

La clientèle de plus en plus exigeante, les salariés itou

Sébastien Pelezar, directeur du camping la Tamarissière, au Grau d’Agde (Hérault). Ph. Olivier SCHLAMA

De l’autre, un personnel ravi d’y travailler ; ce qui est tout aussi rare. Ce n’est pas une brochure vantant un lieu touristique idéalisé. Au camping – 4 étoiles – La Tamarissière – dites la Tama – à Agde (Hérault), comme partout dans le secteur du tourisme, et peut-être davantage encore en hôtellerie de plein air, plébiscitée, la clientèle devient de plus en plus exigeante. Les salariés itou. La montée en gamme s’affiche des deux côtés. Certains patrons l’ont bien compris. La Tamarissière compte quelque 70 salariés dont une bonne partie d’équipes de ménage, une trentaine, une denrée rare. La Tama est exploitée par un particulier – qui en possède un autre à la Clape – bénéficiant depuis cinq ans d’une délégation de service public de la mairie d’Agde, propriétaire.

Semaine des métiers du tourisme

Directeur du site depuis un an, originaire de Saint-Jean-de-Maurienne (Savoie), ex-directeur de camping en Ardèche d’un grand groupe, Sébastien Pelezar, 32 ans, n’a pas le sourire dans sa poche. Il théorise en substance sa relation avec ses équipes à l’occasion du lancement de la Semaine des métiers du tourisme : pour que le client soit satisfait, le personnel doit l’être aussi. Et pour qu’il le soit et le fidéliser – une avanie dans ce secteur – et ne pas avoir à recruter ad vitam.

Rendre possible l’évolution de carrière dans le tourisme

Une curiosité de la Tam’, l’un ded bunkers de la Seconde Guerre mondiale qui se visitent ! Ph. Olivier SCHLAMA

Lui a recours aux forums annuels et autres job dating. Il loue le professionnalisme de France Travail qui l’aide singulièrement à recruter et y voir clair parmi les nombreux CV qu’il reçoit. Avant tout, Sébastien Pelezar parle “management d’évolution”. Qui donne sa chance aux volontaires, à ceux qui s’en donnent la peine. Lui, en est un pur produit de ce management éclairé. Il est lui-même un exemple d’évolution de carrière. Titulaire du Bafa, pro de l’animation, évoluant vers un poste de direction… Le savoir-être et le savoir-faire, il connaît. Les habiletés et les diplômes ou les formations internes, aussi. Sébastien Pelezar et ses équipes participent aux différents événements de France Travail – “France Travail est venu à moi”, dit-il satisfait (lire ci-dessous) – comme le job dating de la semaine dernière, à Agde.

Tout commence entre candidat et employeur, « par un bon feeling », pose-t-il. Tout le reste en découle. « Maintenant, quand on recrute un salarié, les choses ont changé. Quand on se quitte après un entretien d’embauche, chacune des deux parties doit avoir envie de revenir vers l’autre ; ce n’est pas du seul bon vouloir du recruteur. Ce n’est pas comme avant où l’employeur disait : Je vous rappelle si vous convenez”. Ce qui paraissait impensable, jadis, est devenu la règle.

“Les gens recherchent des boulots qui aient du sens et des valeurs. C’est que nous leur offrons”

Cela s’accompagne d’une empreinte, d’un « esprit familial. Par exemple, pour faire cohésion, on organise des événements pour les salariés et leurs familles comme un repas collectif à Noël ; quand un salarié nous demande s’il peut amener son fils au lagon du camping pendant un jour de congé, on valide sans problème, etc. » Il prévoit d’offrir petits séjours et nuitées dans d’autres campings. “Le covid a fait du mal à la profession et on ne reviendra jamais comme en 2019. Les gens se sont aperçus des avantages du télétravail ; des weekends en famille et recherchent des boulots qui aient du sens et des valeurs. C’est que nous leur offrons. Parallèlement, on, va distribuer les toutes premières primes et on travaille à d’autres avantages. » Mais c’est en tout premier un management bienveillant qui les fait adhérer au projet d’entreprise. Pas forcément le salaire. « Nous sommes dans une démarche respectueuse. Et écoresponsable.”

À la fois hyper-familial et sérieux dans le travail, j’adore”

Victor, Anaïs et Sébastien, le directeur du camping la Tamarissière. Ph. Olivier SCHLAMA

« Notre but, c’est que les salariés se sentent bien chez nous, qu’ils s’y sentent comme chez eux », synthétise Sébastien Pelezar. Et cela semble être le cas des deux salariés rencontrés. Anaïs, 25 ans, et Victor, 28 ans, par exemple, qui viennent d’être promus réceptionniste et chef réceptionniste. Salariée, chaque année, en CDD de 9 mois, la première est décrite comme “un soleil” par son directeur ajoutant qu’elle a un « super relationnel » : « Ce que j’aime surtout, c’est le management bienveillant”, répond en écho celle qui passa de l’animation d’un baby club dans un camping d’une grande enseigne à la réception de la Tama. « C’est à la fois hyper-familial et sérieux dans le travail. J’adore. » Originaire de Toulon (Var), la jeune femme a démissionné d’un poste dans une multinationale de l’hôtellerie de plein air pour ce camping familial où elle est peut-être amenée à avoir davantage de responsabilité.

Tri, jardin pour enfants, potager, des jardins partagés

Victor, lui, a déjà eu une vie professionnelle bien remplie dans le tourisme : après un bac et un BTS en région parisienne, il s’installe dans la région. Il tiendra un restaurant à Pézenas. Ce qu’il aime par-dessus tout, celui qui bénéficie d’un CDI, l’un des sept du camping ? « La relation client ; partager, énonce-t-il naturellement, tout sourire. Sébastien Pelezar, lui, formule joliment : « Ce que je souhaite c’est que nos équipes grandissent. » Déjà pour être en phase avec la société d’aujourd’hui, la Tama s’est lancée dans le tri ; le jardin pour enfants ; un potager ; des jardins partagés pour les clients…

“Certains employeur l’ont bien compris, d’autres moins”

Est-ce une démarche rare, ce management d’évolution ? C’est un sujet qui a été abordé lors d’une « matinale » de la CCI de l’Hérault – un temps de Rencontre avec des entreprises sur un thème précis – explique Monique Rouby, de France Travail, à Agde, qui anime le Comité local pour l’emploi réunissant Béziers, Agde, Pezenas. “Certains employeur l’ont bien compris, d’autres moins”, clarifie-t-elle. Deux jours de repos consécutifs ? “Je le leur conseille pour ne pas qu’ils ne perdent leurs salariés en cours de saison… » La Fédération de l’hôtellerie de plein air travaille également “sur une marque employeur et comment fidéliser leurs salariés”. 

Majoritairement des emplois en CDI

Directrice départementale de France travail de l’Aude et responsable de la filière tourisme d’Occitanie, Murielle Henry rappelle l’importance toute première de ce secteur. « L’été dernier, l’Occitanie a été la deuxième région de France métropolitaine la plus fréquentée par les vacanciers français. Cette filière représente 13 millions de touristes, souligne-t-elle. Et 10 % du PIB régional : soit 18 milliards d’euros. Ici, c’est emblématique tant l’hôtellerie de plein air est en plein essor comme en France. De plus, c’est un lieu « écochic », avec des valeurs écolos et du confort. « Avec cette semaine de l’emploi, nous avons plusieurs objectifs : présenter les métiers du tourisme et leurs spécificités aux scolaires et leur montrer qu’il existe des formations vers un emploi durable : on a l’habitude de penser, à tort, que le tourisme, ce sont majoritairement des emplois saisonniers. C’est faux : nous réceptionnons 38 000 offres par an en Occitanie, soit 13 % des offres totales d’Occitanie, dont 56 % sont en CDI. Et ça le grand public ne le sait pas.”

Les campings offrent un vaste panel d’emplois stables et à 74 % ils sont à temps complets”

Directrice régionale de France Travail, Karine Meininger rejoint le propos du directeur de la Tamarissière de la relation avec les employeurs de ce secteur : « 90 % des campings d’Agde ont recours à nos services. Ce qui n’était pas le cas il y a quelques années. Pourquoi on les prospecte ? Parce qu’ils ont un vaste panel d’emplois stables. Et même des emplois à l’année ou sur neuf mois. Et sur les 38 000 offres, 91 % sont satisfaites en 23 jours en moyenne. Et, à 74 %, elles sont à temps complet.» Hérault et Haute-Garonne représentent plus de 40 % de ces offres.

Directrice régionale de France Travail, Karine Meininger. Ph. Olivier SCHLAMA

Karine Meininger développe à propos de la semaine des métiers du tourisme : “Nous avons plus de 130 événements cette semaine en Occitanie : job dating, portes ouvertes, ateliers découvertes… Au job dating d’Agde la semaine dernière, plus d’un millier de personnes s’y sont rendues. Il y en a eu un aussi en Lozère il y a quelques jours et il y en aura un second lundi prochain ; à Decazeville, autre exemple, il y a une détection de potentiels, pour inciter certaines personnes à s’orienter vers les métiers du tourisme. Dans le Tarn, à Carmaux, il y a une « plongée » dans l’univers de la restauration avec le recrutement par simulation, avec des tests sur les compétences et les habiletés. Le 19 février, il y aura également un gros événement avec 12 campings de l’Hérault qui ouvrent leurs portes entre 10 heures et 16 heures. A Soullac, dans le Lot, France Travail organise un forum de l’emploi le 12 février qui couvre tout ce territoire, vallée de la Dordogne comprise, Rocamadour, Padirac. Il y a aussi des événements remarquables à Argelès…”

Olivier SCHLAMA