Santé : Pour améliorer la prévention, il y a encore du travail dans les entreprises

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Les dirigeants d’entreprises sont conscients que “l’absentéisme est un vrai sujet ; que la prévention est l’une des solutions ; les maladies mentales peuvent être induites par le travail et les réorganisations mais pour passer à l’acte c’est plus compliqué : sont avancés le coût et le… manque de temps”, décrypte, sondage Odoxa à l’appui, Frédéric Malfilatre, directeur régional d’Harmonie Mutuelle.

À l’heure des bonnes résolutions, rappelons-le : la prévention, c’est l’une des clés de notre santé. Tout le monde en est d’accord. N’empêche. Harmonie Mutuelle (5 millions de clients dont 330 000 en Occitanie, 60 % de salariés en entreprises couverts), première mutuelle santé de l’Hexagone, a commandé un sondage à Odoxa (1). D’où il ressort d’intéressants enseignements.

Directeur régional d’Harmonie, Frédéric Malfilatre pose : “C’est un sondage que nous faisons tous les deux à trois ans depuis une décennie pour connaître la position, notamment des chefs d’entreprises, sur la prévention de santé de leurs salariés. C’est capital : plus l’absentéisme est important dans une entreprise, plus cela signifie que les salariés ont des pathologies. Et plus la complémentaire santé doit rembourser. Ce dernier sondage montre aussi que les indicateurs sont stables.”

“98 % des dirigeants sont au clair : des salariés en bonne santé sont moins absents”

Les niveaux d’inquiétude varient fortement selon les régions.

Justement, les employeurs ont-ils conscience que des employés en bonne santé sont en outre plus productifs parce que moins malades ? “Oui, tout à fait, répond Frédéric Malfilatre. D’après ce dernier sondage, 98 % des dirigeants sont très au clair : des salariés en bonne santé sont moins absents ; qu’ils sont plus productifs et donc entre dans un cercle vertueux.” Il résume : “Les dirigeants d’entreprises sont conscients que l’absentéisme est un vrai sujet ; que la prévention est l’une des solutions ; les maladies mentales peuvent être induites par le travail et les réorganisations mais pour passer à l’acte c’est plus compliqué : sont avancés le coût et le… manque de temps.”

Prévention : “De très nettes marges de progression”

Ils en sont conscients mais est-ce qu’ils passent à l’action, ces patrons ? Payent-ils des journées de détection, améliorent-ils les conditions de travail… ? “Les principaux freins évoqués par les dirigeants sont le manque de temps et, bien sûr, la raison financière puisque la prévention a un coût.” Il y a donc de “très nettes marges de progression”, en conclut-il. “Nous avons lancé un mouvement d’éco-santé, qui a pour objectif de faire prendre conscience aux dirigeants mais aussi les salariés, les citoyens au sens large ; les salariés de la mutuelle, etc., que la santé est un bien commun qui coûte cher. Et sur lequel on peut agir individuellement”, surligne Frédéric Malfilatre.

Vieillissement de la population, maladies chroniques en hausse…

Les habitants d’Occitanie identifient une grande variété de risques pour leur santé.

La santé a un coût et les mutuelles sont au centre des préoccupations. Selon une récente enquête de la Mutualité française, les cotisations des assurés seront en hausse de plus de 4 % en 2026. Et les complémentaires santé seront, de leur côté, surtaxées de 1 milliard d’euros, comme indiqué au Journal officiel du 1er janvier. Vieillissement de la population, maladies chroniques en hausse (diabète, cancers, maladies cardio-vasculaires, troubles musculo-squelettiques), traitement médicaux plus lourds et plus onéreux…

Frederic Malfilatre, directeur Occitanie Harmonie Mutuelle. Ph. Loïc Bruniquel

“Il y a une augmentation exponentielle du coût de la santé, pose le directeur régional d’Harmonie Mutuelle ; en France, 35 % de la population est touchée par une maladie chronique, par exemple, qui absorbent la moitié des dépenses de la Sécurité sociale. Globalement, c’est la même proportion chez Harmonie Mutuelle, autour de 30 %.” Et, en effet, les salariés le disent clairement dans le sondage Odoxa : à 83 %, ils estiment que des actions de prévention seraient utiles pour améliorer leurs conditions de travail ; leur stress (81 %) ; la sédentarité (77 %) comme la qualité de leur sommeil.

“60 % des emplois sont sédentaires”

Selon ce sondage, trois principaux risques inquiètent les salariés d’Occitanie pour leur santé : le dérèglement climatique : 37 % (31 % au niveau national) ; des difficultés financières : 36% contre 32 % de moyenne nationale : 32%. Et leur santé mentale : 29% (moyenne nationale : 31%). Presque la moitié des habitants d’Occitanie (46 %) n’effectuent pas d’examen annuel en rapport avec leur santé (44 % au niveau national).

Image d’illustration par senivpetro – Freepik

“Aujourd’hui, en France, 60 % des emplois sont sédentaires”, complète Frédéric Malfilatre. « Des salariés passent sept à huit heures par jour devant un ordinateur. Cela fait fortement exploser les maladies chroniques, notamment cardio-vasculaires. C’est pour cela que l’on a lancé de notre côté, puisque nous sommes promoteur de prévention auprès de nos clients, un mouvement. Il faut que 100 % de nos salariés soient convaincus que la prévention c’est le bon facteur pour embarquer tout le monde.”

C’est la raison pour laquelle, le 18 novembre dernier, Harmonie Mutuelle a fermé l’entreprise au public et a offert une sorte de check-up lors d’une journée dédiée à ses 5 600 salariés. “C’était une journée pour eux, explicite Frédéric Malfilatre. On leur a proposé des actions de prévention, de dépistages, de la marche, de l’activité physique. Avec des praticiens sur site. Sur Toulouse, on a eu différents ateliers – insuffisance rénale, vaccination contre la grippe, sur le mal de dos, un bilan cardio-vasculaire, dépistage du mélanome, puisqu’il est très difficile d’obtenir un rendez-vous chez un dermatologue. Et quand on parle de dermatologue, on parle aussi de déserts médicaux et de la difficulté d’accéder à un professionnel de santé ». Et : « On a fait prendre conscience à nos 5 600 salariés, dont 400 en Occitanie que la prévention est importante, qu’ils pouvaient eux-mêmes en être l’acteur, sans dépendre d’un organisme », dit-il.

Hommes, femmes, trop peu de dépistages

Cancer du sein. Ph. Institut national du cancer.

Côté salariés, sachez qu’ à peine la moitié des Français se font dépister et les mêmes jugent, à 61 %, en même temps, que leur entreprise n’en fait pas assez pour leur santé. Frédéric Malfilatre souligne : “A peine 45 % des femmes parmi celles qui y sont éligibles se font réellement dépister pour le cancer du sein en Occitanie. C’est beaucoup trop faible. Chez les hommes, c’est à peine 25 % à 30 % de dépistage colorectal. La santé cela ne tombe pas du ciel ; il faut être acteur de sa santé ; manger un peu mieux ; faire de l’activité physique ; et se faire dépister. Et vous serez mieux en forme. Et si c’est le cas individuellement, la collectivité sera en forme.”

Harmonie Mutuelle : 70 % des salariés pratiquent le télétravail

Les progrès des conditions de travail façon retraite progressive, semaine de quatre jours comme Dis-Leur vous l’a décrypté jouent-ils en faveur d’une meilleure santé ? “La retraite progressive, précise-t-il, il faut bien informer les salariés qu’ils ont ce droit-là et cela nécessite de l’accompagnement. Nous ne faisons pas de semaine de quatre jours mais du télétravail, de un à trois jours. 70 % de nos salariés en font ; la grande majorité, c’est sur une journée. Il y a aussi la possibilité pour ceux qui ne les prennent pas tous leurs RTT d’en faire des dons et ça marche plutôt bien. Les conditions de travail sont bonnes pour nos salariés.”

Directeur régional d’Harmonie Mutuelle, Frédéric Malfilatre estime que son “job a du sens dans une entreprise – devenue entreprise à mission en 2021 – parce que l’on aide les citoyens à accéder à des praticiens aux meilleurs coûts et on permet l’accès à la santé au plus grand nombre. Cette journée dédiée à la santé de nos salariés, cela donne une philosophie, une structure intéressante. On sait pourquoi on se lève tous les matins. C’est riche. À la direction, c’est un travail stratégique pour mettre les hommes et les femmes en réussite. De faire appliquer la stratégie au plus près du terrain. Ce sont des métiers qui nécessitent d’avoir une vision globale économique, des grands enjeux sociétaux en France”.

C’est aussi être dans la prévention que de faire un travail que l’on aime. “Quand on fait un travail avec des valeurs et du sens, on a davantage d’entrain”, confie encore Frédéric Malfilatre. Son parcours ? Un pur produit de l’ascension sociale dopé par l’ADN de l’entreprise favorisant les promotions internes. Titulaire d’un BTS action commerciale, il a gravi tous les échelons de l’entreprise après avoir bossé à l’immobilier, France Télécom, l’Urssaf, l’assurance. Puis, à Harmonie Mutuelle, il devient manager d’une équipe, d’un département, de deux régions et enfin directeur régional. Savoir-être et savoir-faire.

Olivier SCHLAMA

  • (1) Enquête réalisée par internet du 18 au 30 septembre 2025. Afin de pouvoir lire des résultats précis à l’intérieur de chaque territoire, un échantillon de 500 personnes environ, représentatif de la population régionale âgée de 18 ans et plus, a été interrogé dans chacune des 12 régions métropolitaines françaises. Nombre d’interviews par territoire Deux échantillons permettant de mettre en « miroir » les perceptions des salariés et des dirigeants Echantillon de 6 031 Français âgés de 18 ans et plus, représentatif de la population nationale dont 3 255 salariés.

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