Transition écologique : « Ce n’est pas la fin des chaudières au fioul »

Tous ceux qui ont une chaudière 100 % fioul domestique pourront la garder et continuer à s’en servir. Jusqu’à ce qu’elle meure de sa belle mort. Pas de fin prématurée donc pour ce moyen de chauffage relativement polluant qui devrait toutefois incorporer de l’éther de colza à partir du 1er janvier 2022. Comme l’explique à Dis-Leur ! le président national de la FF3C, Eric Layly.

Même si l’été joue les prolongations, il faut penser à remplir sa cuve de fioul pour se chauffer cet hiver. « Les clients nous interpellent régulièrement sur la fin des chaudières au fioul. Pas plus tard que ce week end, j’étais à une soirée où certains croyaient que c’était bientôt notre fin… »

Comme Gérard Polop, distributeur de fioul au Vigan (Gard) et représentant régional de la FF3C, Fédération française des carburants, lui et ses collègues tentent de rassurer. Et ils font bien. Tous ceux qui ont une chaudière 100 % fioul domestique pourront la garder et continuer à s’en servir. Jusqu’à ce qu’elle meure de sa belle mort. Ils ont bien fait car, pendant ce temps, Barbara Pompili a discrètement avalé son chapeau. Et tant pis pour ses convictions écolos.

« Gouvernement pris en tenailles entre les écolos et le RN… »

Gérard Polop. DR.

La nouvelle ministre de la Transition écologique est revenue sur une promesse déclamée sabre au clair : au 1er janvier 2022, on pourra garder sa plus ou moins vieille chaudière, sans culpabiliser ni être un écolo-délinquant ! « Au moment de l’annonce de la fin des chaudières 100 % fioul pour les remplacer par d’autres moins polluantes avec 30 % d’éther de colza, il y eut un tweet de Marine Le Pen parlant d’hérésie », confie le Niçois Eric Layly.

Pour le président de la FF3C, qui, avec 1 500 entreprises spécialisées, réunit les trois-quarts des revendeurs de l’Hexagone, c’est clair : « Le gouvernement est pris en tenailles entre les écolos et le RN, traduit-il. Nos clients sont souvent les mêmes que ceux qui roulent au gazole, qui habitent la campagne, ce sont souvent des Gilets jaunes… Et à 18 mois de la présidentielle, ça compte… » Impossible donc d’aggraver l’impopularité du gouvernement, à  raison de 8 000 € la chaudière…

Une mesure plus drastique avait été annoncée le 27 juillet dernier : finies les terrasses chauffées à tous les vents, interdiction des nouvelles chaudières au fioul ou au charbon… À l’Elysée, le cinquième conseil de défense écologique avait été chargé de donner une première traduction de la convention citoyenne pour le climat, avant les lois en cours de rédaction. Ce conseil des ministres restreint avait opté pour des mesures qui peuvent être mises en œuvre rapidement par la voie réglementaire – décret ou arrêté – rapidement. Elles émanent des 149 propositions formulées par les 150 citoyens de la Convention, parmi lesquelles le président de la République en a retenu 146.

Trois types de chaudières cohabiteront

Eric Layly, président de la FF3C. DR.

Conclusion, le marché continuera, certes, à reculer structurellement de 5 % par an depuis 20 ans, mais concernera toujours peu ou prou une dizaine de millions d’habitants dans l’Hexagone, soit 3,5 millions de maisons (12 % des résidences principales. D’autant qu’une chaudière vit très longtemps : en moyenne… 25 ans… ! « On va donc pouvoir se retrouver en 2022 avec des chaudières classiques, indique Eric Layly ; mais aussi celles avec 7 % de colza incorporés et également une nouvelle génération de bio-chaudières avec 30 % de biocarburant de colza. » Le gouvernement préfère jouer sur les incitations à d’autres modes de chauffage que d’interdire les chaudières classiques. « Ce n’est donc pas la fin des chaudières au fioul. »

Coup de pouce envers la pompe à chaleur

Le président de la FF3C souligne que, « selon un sondage que nous avons fait réaliser, 67 % de nos clients se disent satisfaits de leur chaudière et ne veulent pas en changer. Les annonces gouvernementales successives ont eu pour effet de figer le marché ; les gens n’investissent plus : il se vend à peine 50 000 chaudières par an. Cela fait un faible taux de renouvellement par rapport aux 3,5 millions d’installations du pays. » Surtout que le gouvernement mise sur son fameux coup de pouce incitatif envers l’achat d’une pompe à chaleur. Stratégie qui fonctionne : « Il s’en vend 120 000 par an… » Plus du double…

Nous travaillons à une pompe à chaleur hybride, pompe à chaleur-fioul avec la Capeb. Le fioul venant prendre le relais par grand froid »

Eric Layly, président de la FF3C

La filière du fioul domestique n’a pas dit son dernier mot : « Nous travaillons à une pompe à chaleur hybride, pompe à chaleur-fioul avec la Capeb. Le fioul venant prendre le relais par grand froid », confie encore Eric Layly. De quoi faire baisser la part d’une énergie fossile en en divisant par trois la consommation…

Après plusieurs réunions, y compris avec le cabinet du Premier ministre, il a été convenu que seraient interdits en 2022 les chauffages qui émettent plus de 250 grammes de CO2 par kilowatt/heure. Ce qui est aujourd’hui le cas du fioul qui est autour de 280 grammes. Notre proposition est d’incorporer une part de colza et de lancer un bio fioul du colza, ce qui permet d’abaisser les émissions de CO2 autour de 230 grammes.

« Ils ne peuvent pas interdire une énergie mais imposer un seuil d’émission CO2 »

Si un consommateur a une chaudière 100 % fioul, il pourra donc la garder et la réparer. En revanche, s’il a besoin d’en changer, il ne pourra acquérir qu’une chaudière nouvelle génération au bio fioul. Indépendamment de cela, quelqu’un qui veut passer au bio fioul d’ici là il pourra simplement changer le brûleur et la pompe de son installation. Ce n’est donc pas la fin des chaudières au fioul domestique. « La position de la ministre a donc évolué. D’un point de vue législatif, ils ne peuvent pas interdire une énergie mais imposer un seuil d’émission CO2 », fait remarquer Eric Layly.

Plus besoin d’acheter du colza en Amérique du Sud

Y aura-t-il des aides ? « Cela fait partie de nos négociations », confie  Gérard Polop ajoute que « la FF3C espère que la TIPP sera abrogée pour la part de biocarburant. Le colza est du colza français qui intègre la filière des producteurs de cette plante ». L’huile de colza est en fait un sous-produit des tourteaux de colza destinés à l’alimentation animale. Un hectare de cette culture produit 1 500 kg de tourteaux et 1 000 litres d’huile de colza pour carburant et 500 litres d’huile de table. « L’intérêt de cette culture c’est qu’elle participe à l’indépendance protéinique de la France : plus besoin d’acheter le colza à l’étranger, notamment en Amérique du Sud… »

Pas besoin de surfaces agricoles supplémentaires

Eric Layly ajoute qu’il n’est pas besoin de recourir à des surfaces supplémentaires pour cultiver le colza dont on aura de plus en plus besoin. « L’éther de colza peut être mis dans le gaz oil à hauteur de 7 % maximum de colza. C’est une directive européenne qui fixe ce taux. Cet éther est en compétition avec d’autres ester comme le soja. Or, les producteurs de colza n’arrivent pas à écouler toute leur production. Pour eux, c’est un débouché. »

Pourquoi recourir à l’ester de colza ? Parce qu’il résiste au froid jusqu’à – 15 degrés. L’écosystème est un peu plus vertueux. « Nous travaillons à bien définir la norme pour l’incorporation de cet ester de colza d’ici mi-2021. Nous travaillons également avec les fabricants de chaudières – principalement fabriquées en France, contrairement aux pompes à chaleur en Asie… – pour qu’ils créent un label biofioul. »

Chaudière moins chère que la pompe à chaleur

« Une installation moyenne – chaudière seule – coûte en moyenne 8 000 €. Une pompe à chaleur seule c’est 15 000 € à 20 000 €. Le fioul domestique, avec la baisse du prix du pétrole n’est pas très coûteux, de l’ordre de 70 centimes en moyenne. Le colza est un peu plus cher. Pour rapprocher les deux prix, il faudrait obtenir la défiscalisation de l’éther de colza, qu’il n’y ait pas de TICPE (ex-TIPP), qui est de 15 centimes au litre, soit une économie de 25 %. » De quoi donner un bol d’air aux distributeurs pour qui la vente de fioul domestique représente « un peu moins de 50 % de l’activité tout en restant l’activité principale. Le reste, on livre du gazole non routier aux agriculteurs, aux travaux publics, aux petits transporteurs, collectivités… Si demain, il n’y avait plus du tout de fioul, cela remettrais en cause la viabilité de nos entreprises ».

Ceux qui ont récemment changé de cuve, racheté un camion… peuvent garder espoir avec cette perspective de bio fioul. « Nos entreprises s’adaptent. Et on assiste à une très légère concentration : quand quelqu’un part à la retraite il n’est pas rare que le confrère d’à côté rachète la boîte. »

Olivier SCHLAMA

  • La Fédération Française des Combustibles, Carburants & Chauffage (FF3C) représente la distribution indépendante des énergies hors réseaux (fioul domestique, gazole non routier, gazole vrac, bois- énergie…) ainsi que les stations-service indépendantes. Soit : 1 500 entreprises.

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