S’adapter aux inondations : « Quatre étages de voitures devant la maison… »

Depuis plus de 30 ans, la ville de Nîmes fait de la prévention contre le risque d’inondation. Rencontre avec un habitant du quartier Richelieu, touché de plein fouet par les intempéries du 3 octobre 1988, très conscient des risques et à l’origine du comité de défense du quartier.

Nîmes, quartier Richelieu. Elle se distingue des autres. Rue Catinat, la maison rouge attire l’attention. Et cet après-midi là, peut-être même plus que d’habitude : fenêtres ouvertes, elle laisse s’échapper quelques notes de C’est extra. De temps à autre, une voix masculine accompagne ce tube de Léo Ferré. C’est celle de Michel Clavel, cheminot à la retraite et à l’origine du comité de défense du quartier Richelieu, après les inondations de 1988.

C’est comme ça et on y peut rien. On s’en est sortis »…

Michel Clavel, du comité de défense du quartier

C’est avec une humeur guillerette qu’il nous accueille dans son salon. « Je suis en train de cuisiner des tomates à la provençale », dit-il. Il sourit, et il éteint la musique avant de regarder autour de lui quand nous lui parlons des inondations subies par la ville de Nîmes. Comme s’il revoyait comme à l’époque l’état de sa maison, un ancien commerce, après le passage des intempéries. Il y habite depuis 1978, et il se souvient de l’épisode du 3 octobre 1988 comme si c’était hier. Pourtant, se remémorer cette catastrophe n’enlève rien à son sourire. « C’est comme ça et on y peut rien. On s’en est sortis », concède-t-il, dans un léger rire.

Obligés de se réfugier au 1er étage… »

Ancien sinistré du 3 octobre 1988, Michel Clavel a réalisé le diagnostic de sa maison en prévision d’éventuelles nouvelles inondations. Photo : M.D.

« J’avais l’équivalent de quatre étages de voitures empilées les unes sur les autres devant la maison. On a été obligés de se réfugier au premier étage », se souvient-il, lui qui à l’époque, avait estimé la montée des eaux à 2,07 mètres à son domicile. « Après les dramatiques inondations de cette année-là, le président de la République [François Mitterand, NDLR] nous a rendu visite. Je l’ai emmené chez ma voisine de 92 an qui, elle, avait été très touchée par les crues. Elle ne figure pas parmi les victimes des inondations, car son décès a eu lieu après coup, mais pour moi c’était lié à ça… »

Mur d’eau de 2 mètres en 1988

Michel Clavel a, peut-on dire, de la chance dans sa mésaventure : il est assuré. Certains habitants ne le sont pas. « À l’époque, on a eu des aides pour réaliser les travaux nécessaires, mais ils ont tout de même duré jusqu’en février. » Michel Clavel se situe au cœur de l’une des zones les plus vulnérables en cas de fortes intempéries. Voilà sans doute pourquoi il a été sollicité pour établir un diagnostic de vulnérabilité à l’inondation de son logement.

« Lors des autres inondations [2002, 2014, NDLR], je n’ai eu qu’une vingtaine de centimètres d’eau chez moi. » Des dégâts minimes, en comparaison avec ceux de 1988, mais il donne son accord en 2019 pour savoir si d’autres travaux sont nécessaires ou non pour se prémunir contre d’éventuelles nouvelles inondations. Le rapport est mené par le cabinet Urbanis, mandaté par la Ville dans le cadre d’une opération programmée de l’habitat et de renouvellement urbain (1).

Inondations à Nîmes en 1988. Photo : Ville de Nîmes.

Le diagnostic est effectué le 24 avril 2019, « de 9 à 13 heures », indique-t-il. « Ça a été vraiment très bien fait », tient-il à préciser : « On a mesuré les pièces, on a examiné le sous-sol, on a pris des photos de l’intérieur, puis de l’extérieur, de ma façade… L’architecte de l’organisme a même évalué qu’en 88, l’eau est montée à 2,11 mètres, et pas 2,07 mètres », s’amuse-t-il.

Des travaux suggérés, mais non obligatoires

Et au bout de quelques heures, le verdict tombe : « On m’a dit que je n’avais pas besoin de trop grands travaux, que ça ne valait pas le coup », lâche-t-il. A priori, la maison ne court donc pas un trop grand risque. Les travaux sont suggérés, mais non obligatoires.

Michel Clavel nous fait quand même montré la liste dressée des travaux envisagés : il y en a pour environ 4 000 euros, dont 1 325 euros pour la pose de batardeaux. Une somme qui le fait encore sourire : « Je ne vois pas trop comment je peux en avoir besoin : si l’eau peut monter à plus de 2 mètres, ça ne sert à rien… Un batardeau ne mesure que 80 à 90 centimètres. »

Quand on lui demande s’il craint les prochaines inondations, Michel Clavel hausse les épaules, avec le sourire d’un homme fataliste qui en a vu d’autres : « On ne sait pas ce qui peut se passer. L’architecte a dit que ça risquait d’arriver à nouveau… Moi, j’ai 70 ans et je ne crains rien. J’ai déjà bien vécu. »

Mélanie DOMERGUE

  • (1) Cette Opération programmée de l’habitat et de renouvellement urbain (OPAH-RU) concerne uniquement le quartier Richelieu de Nîmes, entre la rue de Beaucaire et le quartier Hoche. Lancée par la Ville au début de l’année 2019, elle s’étendra sur une durée de cinq ans. Le but : permettre une amélioration de l’habitat et un renouvellement urbain.
  • L’opération est dotée d’une enveloppe de 4 millions d’euros, permettant ainsi pour les riverains d’obtenir des subventions afin de ravaler les façades, de réhabiliter les parties communes des immeubles, de mener des opérations de réhabilitation ou de réaliser des travaux pour permettre des économies d’énergie, le maintien à domicile, ou la protection contre les inondations. À la somme de 4 millions d’euros s’ajoutent 1,2 million d’euros supplémentaires, d’ailleurs exclusivement dédiés à améliorer la protection contre les inondations.