P.-O. : Le pari écolo de deux créatrices : transformer des combis en néoprène en cintres !

Pascale Puig et Delphine D’erfuth de Captain Néo. DR

Trousses, sacs à main… Depuis huit ans, le succès de surcyclage de ce matériau – qui ne se recycle pas ! – en accessoires de mode ne se dément pas. Ces deux créatrices, basées à Banyuls, ont lancé une campagne de crowdfunding pour aller plus loin : créer un… cintre à base de néoprène et de plastique. D’autres objets pourraient être conçus avec cette matière. Une très belle idée écolo qui fera florès et séduira des investisseurs.

On va pouvoir enfiler une combinaison sans culpabiliser de sa fin de vie. Créée en 2018, Captain Néo a déjà écoulé, en huit ans, plus de 20 000 pièces de néoprène upcyclé. Durables et beaux. Qui flottent. Qui passent à la machine à laver. Qui isolent les batteries de portables. Bref, un vrai succès. Fondée à Banyuls, comme nous vous l’expliquions ICI, la petite société qui crée de beaux objets – trousses, sacs à main, etc. – avec ce sous-produit de l’industrie pétrolière et qui les vend dans sa boutique de Banyuls, voit plus grand.

“Les gens accueillent de plus en plus favorablement cette transformation en objets de mode utiles au quotidien”

Pascale Puig et Delphine D’erfuth dans leur magasin. Ph. DR

Sa communauté des “néopotes”, une cinquantaine de “correspondants”, à l’instar de clubs de plongée, répartis un peu partout, notamment en Catalogne, Belgique, Luxembourg, lui adresse des combinaisons en néoprène, textile à base de pétrole qu’il est aujourd’hui impossible à recycler, comme nous vous l’expliquions ICI. Elle a rassemblé depuis ses débuts, en 2017, un stock formidable de 25 tonnes de ces déchets (!) qu’elle entrepose à ses frais. C’est mieux que de remplir les déchetteries ou qu’ils soient incinérés puis enfouis… Sur ces 25 tonnes de néoprène récupérées (combis de kayak, surf, triathlon, etc.), elle est arrivée à en transformer moins de la moitié, dix tonnes en housses de téléphone, de lunettes, sacs, et autres phares de plongée…

Le surcyclé est toujours à la mode. “Les gens accueillent de plus en plus favorablement cette transformation en objets de mode utiles au quotidien. Ils comprennent que le durable beau – la couturière Delphine D’erfuth a amélioré sensiblement sa façon de coudre. Du coup, l’acheteur va aimer le produit et le garder”, confirme Pascale Puig. Cofondatrice de Captain Néo, jadis à la tête d’un club de plongée renommé, Rédéris, a pour idée désormais de se servir des chutes et de ces tonnes de néoprène inutilisées pour créer d’autres objets utiles au quotidien.

Premier objet plébiscité par les acteurs du monde maritime : un cintre !

L’entreprise est victime de son succès. Son fils, Nicolas, lui-même moniteur de plongée, décrypte : “Il y a une baisse de la qualité globale du néoprène ; il existe même une “fastfashionisation” des combinaisons. Et il y a des pièces que l’on ne peut pas transformer aussi facilement en objets durables. Autre raison, les acteurs du monde nautique sont tellement contents de cette solution qu’on leur apporte qu’ils nous confient beaucoup de combinaisons, beaucoup plus que ce que nous sommes capables de transformer. Et celles qui sont très usées, on ne peut rien en faire, le nylon se séparant du caoutchouc.”

Les objets en néoprène upcyclés sont à la mode. DR

Pascale Puig ajoute : “Il nous fallait aussi trouver une solution pérenne pour continuer à exister. Parce qu’en vendant des choses qui durent, on vend moins souvent.” D’où l’idée de développer le projet “Néoplast”. “On a recensé tous les procédés existants pour recycler du néoprène ; il y en a très très peu. Et c’est très coûteux.” En réalité, il n’existe aucun système recyclant le néoprène à 100 %. Face à ce constat, “on est partis vers la conception d’objets mélangeant néoprène et une “matrice” l’entourant faite de billes de plastique ou de déchets de végétaux pour éviter un maximum d’impact sur la nature”. L’objet à fabriquer est dans toutes les armoires : un cintre !

Elles créent une véritable filière de recyclage

Pour ce faire, Pascale Puig et Delphine D’erfuth vont mettre sur pied une véritable filière de recyclage de ces combis en néoprène. D’abord, faire appel à des entreprises employant des personnes éloignées de l’emploi ou en réinsertion pour enlever les parties métalliques comme les fermetures éclair ou des parties en tissu.

Dans la chaîne de valeurs que nous avons élaborée, explique Nicolas, le fils de Pascale, il y a d’abord une entreprise pour enlever ces parties métalliques ; une autre pour mélanger le broyat avec le néoprène. Cette matière, une sorte de résine, sera ensuite injectée dans des moules. Le cintre aura des propriétés propres : large, capable de supporter une combinaison pour qu’ils puissent être utilisés notamment dans… les clubs de plongée ! De quoi même améliorer la longévité des combinaisons qui y seront suspendues.” Pascale Puig complète : “On a fait une étude sur 500 acteurs du monde du nautisme avant de se lancer ; le cintre a été plébicité. C’est un début : après on peut imaginer ensuite la production de tables de jardin, de seaux à compost, etc.”

Les deux fondatrices lancent un crowdfunding et espère un début de production d’ici septembre

Captain néo. DR

Lauréate d’un prix de la Banque Populaire, puis de Mon Programme Pour Agir d’Engie, Captain Néo vogue sans nul doute vers de nouveaux succès : pour financer son dernier projet, baptisé NéoPlast, la société a fait appel au crowdfunding via Ulule et vient de dépasser les 8 000 € de dons sur les 20 000 € dont elle a besoin au minimum pour lancer l’expérience et “payer les études pour établir les caractéristiques de production ; créer le moule et la production des échantillons”.  Tous espèrent une production pour cet été ou septembre prochain. Ces cintres seraient produits localement dans le département des P.-O., l’usine de plasturgie étant déjà choisie, à Céret. “Des investisseurs vont nous suivre sur ce projet”, révèle Pascale Puig, confiant que le “projet final sera de bâtir un gros atelier sur Banyuls avec des gens qui réaliseraient la première étape de cet upcycling et la transformation en granules du néoprène usagé”. La vente des cintres serait, elle, effectuée par des industriels.

Les deux entrepreneures ont tissé aussi des relations privilégiées avec notamment Longitude 181, association de défense de l’environnement créée par l’océanologue, François Sarano, ancien de l’équipe du commandant Cousteau qui a écrit une charte du plongeur responsable destinée aux pratiquants qui passent leurs différents niveaux. “Nous sommes aussi partenaires d’une autre association, Lost Compass, qui réalise, elles, des expéditions scientifiques à la voile en Méditerranée et qui nous récupère du néoprène également.”

Olivier SCHLAMA