Dans les Pyrénées-Orientales, au pied du Canigou, Aude Vivès, 41 ans, est la première femme candidate à ce poste, occupé jusqu’en 2020 par l’ex-Premier ministre Jean-Castex. La revitalisation de la cité et de son centre-ville sera le cheval de bataille d’Aude Vivès.
L’énergique Aude Vivès, 41 ans, sera la première femme à tenter de prendre, aux élections municipales de mars prochain, les rennes de la ville de Prades, dans les Pyrénées-Orientales, dont la famille paternelle est originaire. La cité, posée aux pieds du Canigou, n’apparaît pas inexpugnable. Après des années placée sous l’influence de Jean Castex, l’ex-Premier ministre qui n’hésita pas à faire décoller un Falcon de Paris, en 2020, pour venir glisser un bulletin dans l’urne, Prades est en “déprise“, affirme Aude Vivès, par ailleurs vice-présidente du département.
“Le déclin de Prades est saillant”
“Après trois mandats de cette majorité, proclame-t-elle, il est urgent d’arrêter cette façon de gérer. Il y a quelques années, on était dans l’immobilisme, là on recule : des classes ferment, des commerces ferment… C’est un déclin. Il y a une déprise médicale. Même si ce n’est pas propre à Prades, le déclin est très saillant. Ce sont des signaux forts, très inquiétants. Si on continue cette politique d’une mairie qui ferme les services à domicile du CCAS… Il est temps que ça change.”
“Ma liste pour Prades est plurielle”

Stratégiquement, la jeune femme, avocate, qui a fait le choix de travailler – en télétravail – et de vivre à Prades, se présente sans étiquette. “Il n’y a pas de doute sur l’endroit où je me situe mais ma liste est plurielle ; je n’ai pas envie que l’on soit enfermés dans des cases ; dans une binarité permanente. Ça ne fait pas avancer. On voit ce que cela donne au niveau national. C’est aussi une réalité. Dans les municipales, on n’est pas dans une opposition droite-gauche comme au national. C’est local. On ostracise pas les gens parce qu’ils ne sont pas de la même couleur. On parle à tout le monde. Après, j’ai mes limites : mon combat, ce sont les idées xénophobes…”
Trois autres candidats déclarés
Élue dans l’opposition en 2020 sur la liste de Nicolas Berjoan, la vice-présidente du conseil départemental des Pyrénées-Orientales sera pour la première fois tête de liste en mars prochain. Face à elle, trois candidats se sont aussi déclarés : Julien Audier-Soria (adoublé par l’ex-maire Jean Castex), l’UDR Gabriel Manas et l’écologiste David Berrué, soutenu par La France insoumise qui risque d’être un caillou dans la chaussure d’Aude Vivès. Le maire sortant Yves Delcor ne se représentant pas.
Les élections municipales sont habituellement mobilisatrices dans cette commune de plus de 6 000 habitants qui se classe pour sa population 25e avec 6 407 habitants selon les derniers chiffres de l’Insee, où les plus de 30 ans représentent 75 % de la population. La commune a vu son taux de chômage légèrement baisser à 13,4 %, au dessus de la moyenne régionale. Certes, il n’y eu que 53 % de votants au premier tour en 2020. Au second tour, Jean Castex l’avait emporté avec plus de 75 % des suffrages ; la liste DVG de Nicolas Berjoan n’avait pas dépassé les 24,28 %. C’était pendant le covid. En 2014, ils étaient plus de 72 % à s’être déplacés au premier tour.
Certains pensent qu’il n’y a que des cas sociaux et des gens en errance chez nous. Ce n’est pas ça. Alors, certes, il y a une population de ce type mais elle est loin d’être majoritaire”
Quels seront les enjeux de l’élection à Prades ? “Il faut retisser du lien avec les habitants, avec les délégués de quartier, créer une unité, prône Aude Vivès. Le mot commune est beau à ce titre. C’est pour cela que notre slogan c’est « Pour les Pradéens ». Les habitants, il faut les écouter, les entendre, améliorer leur vie quotidienne et créer les conditions pour cela. Nous avons une déprise dans le centre-ville ; les quartiers… Il y a un lent déclin. On a déjà une image dégradée ; alors que ce n’est pas vrai : nous sommes à 30 minutes de la plaine mais on a l’image d’une ville qui serait inaccessible et qu’il faut mettre les chaines pour venir… Ensuite, on a une sociologie où certains pensent qu’il n’y a que des cas sociaux et des gens en errance chez nous. Ce n’est pas ça. Alors, certes, il y a une population de ce type mais elle est loin d’être majoritaire. J’y vis aussi pour sa qualité de vie. Ici, il y a des associations extrêmement dynamiques ; une offre éducative de qualité, de la naissance jusqu’au bac + 2…”
“Les Pradéens passent dans le centre-ville sans s’y arrêter. Quand ils y passent encore. C’est dramatique”

Son programme ? “Il est en cours de réalisation. Nous allons aller auprès des habitants lors de réunions publiques dans chaque quartier de Prades. Pendant huit samedis pour construire cet avenir commun, voir les axes d’amélioration dans chaque quartier. » Le “gros” de la bataille, “ce sera le centre-ville complètement délaissé”. Elle cite le mot de « revitalisation à mettre en oeuvre avec les commerçants ; repenser les circulations ; comment on peut mieux y respirer ; comment investir même physiquement le centre-ville où l’on voit des personnes avec des chiens ; des canettes d’alcool, de jour comme de nuit… Cette faible minorité n’est pas à l’image des habitants. Mais quand il y a des animations, des spectacles d’enfants, cela ne devrait pas créer un sentiment de peur et d’insécurité. Ce qui fait qu’aujourd’hui les Pradéens passent dans le centre-ville mais ne s’y arrêtent pas. Quand ils y passent encore. C’est dramatique”.
La voie rapide qui mène tout droit vers Font-Romeu et au-delà vers Andorre contourne Prades. La circulation n’embolit plus le centre-ville mais produit un effet pervers. “La difficulté, c’est que l’on en est restés à une cité dégradée en pleine déprise. Qui passe à côté de sa vie. Pareil pour les habitants qui, eux-mêmes, doivent trouver de la réassurance, de la fierté. Je suis très fière d’être Pradéenne.”
Je veux stopper la majorité actuelle qui, en cinq ans, a montré qu’elle n’est pas en capacité de répondre aux préoccupations des habitants”

Aude Vivès souligne aussi que sa connaissance du terrain et le fait qu’elle soit vice-présidente du département ferait émerger des projets. “La connaissance du terrain est importante mais je pourrai porter des projets, les défendre, les faire aboutir grâce aux financements du département et de la Région avec qui je travaille extrêmement bien. C’est ce qui manque. En cinq ans de mandat, presqu’aucun dossier n’a été bouclé. Sauf un déposé : pour changer les huisseries de l’office du tourisme ! Chaque année, le département des P.-O. finance de l’investissement structurant jusqu’à 450 000 € par an sur trois ans pour les écoles, par exemple. Et depuis cinq ans, Prades ne l’utilise pas chaque année. J’ai eu beau l’expliquer à la majorité : à chaque fois c’était comme un chien qui découvrait un téléphone… Depuis le départ de Castex, ils ont perdu la boussole. Mais il n’est plus là. Il ne s’agit pas de vouloir tourner cette page, il n’est plus à Prades depuis 2020. Je veux stopper la majorité actuelle qui, en cinq ans, a montré qu’elle n’est pas en capacité de répondre aux préoccupations des habitants. Il faudrait au moins quelqu’un de plus impliqué et qui habite… sur place.”
Olivier SCHLAMA