Méditerranée : “Diminuer la pollution sonore sous-marine est bénéfique pour tous”

Rencontre avec les Grands dauphins de Méditerranée au large d'Agde, sur le catamaran le Catalina de la flotte des Bateaux Agathois. Photos et vidéos : Olivier SCHLAMA

France Nature Environnement Occitanie publie un mini-guide pour lutter contre ce fléau généré par les activités humaines qui génère stress et impact important sur la santé des populations marines. Une façon aussi d’alerter les pouvoirs publics et de réclamer des mesures concrètes faciles à mettre en oeuvre – ralentissement des bateaux, régulation des passages dans certaines zones… Le point avec Simon Fégné, chargé de mission.

Le monde du silence veut le rester. Saviez-vous que les impacts de bruits de battage et de forage lors de l’installation des parcs éoliens en mer sur la biologie et l’écologie des larves de la coquille Saint Jacques et la praire ont été étudiés en 2022 par le Lémar, Laboratoire des sciences de l’environnement marin.

Qu’en a conclu cette étude pionnière en baie de Saint-Brieuc, si peu facile à exécuter ? Une hausse de la mortalité. Rien de moins. Stressés, ces coquillages s’éloignent de la source de pollution sonore sans choisir forcément un lieu propice à leur développement et leur survie. Il en est de même pour tout être vivant stressé par le bruit vivant sous l’eau et dont le seul moyen de communiquer passe par le langage des ondes. Cette pollution sonore – le son se déplace environ quatre fois plus vite dans l’eau que dans l’air – a un impact important sur l’ensemble des êtres vivants.

Réduire le niveau sonore fait baisser mécaniquement la pollution classique, les risques de collision, les émissions de gaz à effet de serre”

Pour faire oeuvre de sensibilisation, France nature environnement (FNE) Occitanie vient de publier – à télécharger ICI – un mini-guide sur la pollution marine. Il s’adresse au grand public, aux citoyens, pour élever le niveau de connaissance sur le sujet et à nos associations membres qui nous représentent dans certaines instances de concertation, comme le Conseil maritime de façade, et qui relaient notre plaidoyer”, explique Simon Fégné, chargé de mission eau, mer, littoral.

La daurade Royale est emblématique du littoral languedocien Photo : Jérôme Bourjea, Ifremer.

Pourquoi un tel guide ? “On entend beaucoup parler d’autres pollutions de l’environnement, de la faune marine, comme le réchauffement climatique, le plastique, mais très peu de la pollution sonore sous-marine, pose-t-il. Or, celle-ci se surajoute aux autres pollutions et elle génère des conséquences importantes. De plus, réduire le niveau sonore fait baisser mécaniquement la pollution classique, les risques de collision, les émissions de gaz à effet de serre, etc. C’est bénéfique pour tous. Et, enfin, on peut appliquer des mesures efficaces concrètes immédiatement pour baisser les décibels comme réduire la vitesse des bateaux de 10 km/heure ou réguler le passage dans les aires marines protégées, etc. En luttant contre la pollution sonore sous-marine, cela permet de gagner sur plusieurs tableaux.”

Éoliennes en mer, prospection, trafic maritime

“Même si cela reste marginal, est-il mentionné dans le mini-guide, certaines dispositions peuvent être prises au sein d’aires marines protégées avec pour objectif premier la réduction de la pollution sonore sous-marine. Dans le sanctuaire Pelagos, visant la protection des cétacés, le préfet maritime de Méditerranée a pris plusieurs arrêtés pour interdire les courses de véhicules à moteur ou d’approcher les mammifères marins à moins de 100 mètres.” Simon Fégné renchérit :“Sous l’eau les poissons et le vivant voient beaucoup moins loin que sur la terre ferme. Pour se repérer, se déplacer, communiquer les poissons et les cétacés utilisent davantage le son que la vue.” Mais leurs échanges se voient polluer par le bruit incessant des activités humaines en surface. Bateaux, éoliennes en mer, prospection sismique, trafic maritime. Sans parler de jet-ski. A Sète, on connaît…

Le port de Vancouver a mis en place des zones de silence ; les porte-conteneurs n’ont pas accès à toutes les zones du port et dans certaines autres zones, ils doivent réduire leur vitesse…”

Quels sont ses différents impacts sur la biodiversité marine et quelles pistes d’actions sont à mettre en œuvre ou envisagées pour la réduire voire la supprimer ? Baisser la vitesse des bateaux, insonoriser les moteurs… Ces actions pour utiles qu’elles soient ne sont-elles pas qu’un coup d’épée dans l’eau, sachant par exemple que le gouvernement n’a pas attendu les conclusions de l’étude Migralion sur l’impact des futures éoliennes en mer sur les oiseaux migrateurs pour donner son feu vert à ces moulins géants au milieu de la Méditerranée…

Un jet ski contrôlé en août 2025 à Sète (Hérault) par les Affaires Maritimes. Photo : Olivier SCHLAMA

Simon Fégné répond : “Sur le sujet de la pollution sonore due aux éoliennes, plusieurs choses peuvent être mises en place lors de la phase de travaux et lors de l’exploitation. Notre but, là, est de pousser les pouvoirs publics à améliorer l’environnement. Après, on ne peut pas agir à leur place. Et, encore une fois, on peut mettre en place des mesures facilement. Certains pays sont très à la pointe dans la réduction du bruit sous-marin, à l’instar du Canada. Le port de Vancouver a, par exemple, mis en place des zones de silence (quiet zone) ; les porte-conteneurs n’ont pas accès à toutes les zones du port et dans certaines autres zones, ils doivent réduire leur vitesse. Et tout cela au titre prioritairement de la réduction du bruit sous-marin, notamment pour les cétacés. On pourrait imaginer des solutions similaires dans les ports de Sète ou Marseille.

Échouages de cétacés

Des Grands dauphins de Méditerranée au large d’Agde. Photo : Marine Lange.

Quid des échouages de cétacés ? Le phénomène est-il au trop fort bruit ambiant sous l’eau ? “Le jet-ski est un exemple intéressant. Pour l’instant, il n’y a pas d’élément irréfutable scientifique ou d’étude pour dire que l’impact est important sur telle ou telle population marine. On ne peut pas partir du principe que parce que cela nous touche que forcément cela impacte la vie marine.” Même si leur bruit est même insupportable pour les êtres humains et donc la biodiversité en général et que cet engin est interdit dans presque tous les ports d’Occitanie.

Simon Fégné définit : “L’impact d’une pollution sonore dépend de deux facteurs : le volume (de manière générale plus il est important plus l’impact l’est aussi) et aussi et surtout de la fréquence. Plus elle est basse, plus le son est grave ; plus elle est haute, plus le son est aigu. Chaque espèce occupe une niche de fréquence. Les baleines sont sur une fréquence basse, les dauphins, eux, plus haute. Ce qui va impacter l’un ne va pas toucher l’autre.”

De la difficulté à communiquer jusqu’à la mort de l’animal

Posidonies de Méditerranée. Photo : Nicolas Dalias, OFB.

En tout cas, les activités humaines de plus en plus prégnantes créent du “masquage acoustique”, du stress et des dommages sur la santé avec des effets néfastes sur le comportement de certains êtres vivants – la coquille Saint-Jacques en est un bon exemple – sur leur chance de reproduction ou leur vitesse de croissance : les animaux vont dépenser beaucoup plus d’énergie pour communiquer entre eux, pour “parler par-dessus” le bruit. De la même manière que quand nous allons à un concert ou que l’on éprouve des difficultés à dormir à cause d’une fête chez le voisin où la musique est poussée à fond. Et puis cela peut aller jusqu’aux dommages physiques, à la mort de l’animal : un lien a été prouvé entre une partie des échouages massifs de cétacés en Méditerranée française et des émissions de sonars militaires (qui ont le niveau sonore le plus élevé). Affolés, tympans touchés, les cétacés s’éloignent très vite et remontent trop rapidement à la surface et subissent des accidents de décompressions.”

Olivier SCHLAMA