Loisirs : La folle attraction des parcs à thèmes

Alors qu'il est en plein essai de son tout nouveau grand huit, "unique au monde", à 65 km/h sur un cheval de bois, bras et jambes totalement libres - l'incroyable Pioneer - le propriétaire de OK Corral,Mathijs Bembon, élabore : "De la même manière qu'il est difficile de faire une attraction qui prenne aux tripes (c'est le plexus qui est en jeu, révèle-t-il, et tout tourne autour de ce point névralgique), nous cherchons perpétuellement l'équilibre entre le plaisir des adultes et celui des enfants." Photos : Olivier SCHLAMA

Même à l’heure de la rentrée, les parcs d’attractions restent une sortie incontournable. C’est le syndicat professionnel de ce secteur, fort de 2 600 entreprises et 42 000 salariés, qui l’explique. Reportage à OK Corral à Cuges-les-Pins (Bouches-du-Rhône) qui a traversé les générations puisqu’il est l’un des tout premiers de l’Hexagone ! Créé il y a 52 ans, avec ses carrioles plus authentiques que nature et ses manèges estampillés Far west, il développe une philosophie qui chouchoute ses clients : peu d’attente, des prix relativement doux… Et rayonne toujours dans tout le Sud. Le sociologue Jean Viard décrypte le phénomène qui « remplace peu à peu les fêtes de village »…

Même quand un déluge s’abat sur OK Corral, aucun de ses manèges n’arrête de tourner ! Comme si ce parc de 15 hectares, magnifiquement intégré à une pinède et en bordure du parc naturel de Sainte-Baume, survivant à toutes les modes, était sûr de passer entre les gouttes… Philosophe, l’oeil bleu perçant et volontiers rieur, son propriétaire et directeur le Hollandais Mathijs Bembon, 57 ans, l’affirme entre deux cataractes : « On reste toujours positif ! On ajoute un film, un spectacle… Maintenant, si des trombes s’abattent dès l’ouverture, nous offrons l’entrée. » C’est finalement un peu l’histoire de ce parc d’attraction au-delà des confins de la région – à Cuges ! – qui surfe sur la vague de cette mode des parcs en tout genre et d’un concept étonnamment revival  : les cow-boys et les indiens. Etonnante success story d’un parc où l’ambiance est détendue, où le pique-nique y est même autorisé. Voire suscité, pour coller à la marque de fabrique.

La nouvelle attraction unique au monde, le Pionnieer. Une descente à 65 km/h libre de tout mouvement ! Photo : Nadine SIMONNET-SCHLAMA

Créé il y a 52 ans, OK Corral est l’un des pionniers et doyens des parcs français. Sa gestion est pragmatique en ce sens que Mathijs Bembon est à l’écoute de « mon public », ânone-t-il pour bien se faire comprendre. « Vous savez, on dit parfois de nous que l’on est un parc pour enfants. C’est faux ! Regardez ! » dit-il en montrant du doigt nombre d’adultes rigolards. Plus sérieusement, alors qu’il est en plein essai de son tout nouveau grand huit, « unique au monde », à 65 km/h sur l’un des six chevaux de bois de l’attraction, bras et jambes totalement libres – l’incroyable Pioneer – il élabore : « De la même manière qu’il est difficile de faire une attraction qui prenne aux tripes (c’est le plexus qui est en jeu dans une attraction, révèle-t-il, et tout tourne autour de ce point névralgique), nous cherchons perpétuellement l’équilibre entre le plaisir des adultes et celui des enfants. »

On cherche toujours à être proche des gens en les écoutant. C’est avec cette méthode que nous avons fait fabriquer un manège qui n’existe nulle part ailleurs : le Pionnieer, hypercalculé, y compris pour que même des enfants grands d’à peine un mètre puisse le faire. On n’y est pas poussés dans le dos ; on y est complètement libres… »

Mathijs Bembon, propriétaire de OK Corral.

Et de poursuivre : « Pour cela, on cherche toujours à être proche des gens en les écoutant », dit-il avec son joli accent rugueux et son regard perçant sous son éternel chapeau de cow boy vissé sur le crâne. « C’est avec cette méthode que nous avons fait fabriquer par un grand nom allemand de l’attraction, après quatre ans de mise au point, un manège qui n’existe nulle part ailleurs : le Pioneer, hypercalculé, y compris pour que même des enfants grands d’à peine un mètre puisse le faire. On n’y est pas poussés dans le dos ; on y est complètement libres… » Bluffant, en effet.

Ce n’est pas tout. Il y a quelques années, Mathijs Bembon, sa femme et ses deux fils qui travaillent avec lui, ont eu l’idée de créer des jeux d’eau, très utiles et très pratiqués l’été sous le cagnard. Avant de se lancer dans une course aux armements, pensée, ciblée et modérée avec des manèges uniques au monde – parce que élaborés pour OK Corral – comme le Pionnieer. « Ces dernières années, nous avons investi 8,5 millions d’euros, dont une bonne partie pour le Pionnieer », révèle le propriétaire d’OK Corral. « Le taux d’investissement moyen est de l’ordre de 15 % à 25 % du chiffre d’affaires (CA) de l’année précédente, décrypte Sophie Huberson, directrice générale du Snelac. Et pour certains, comme le Puy du Fou, c’est 60 % du CA. Les grosses PME régionales du secteur, elles, ont un atout supplémentaire : elles disposent souvent de belles réserves foncières pour s’agrandir. » Comme OK Corral.

Les parcs investissement de plus en plus dans de l’hébergement léger éphémère qui peut se remiser facilement l’hiver : des tipis, lodges et autres cabanes. Cela permet de rester plus d’une journée et de faire tourner le commerce du parc. »

Sophie Huberson, directrice du Snelac

« Les parcs d’attractions sont totalement intégrés à la société, rappelle Sophie Huberson. On est passés de 3 millions d’entrées pour l’ensemble des parcs existants en France à la fin des années 1980, avant l’arrivée de Disney, à 54 millions de visiteurs annuels pour nos seuls adhérents… Pour huit habitants sur dix dans les régions, aller à OK Corral ou à Nigloland (Aube), etc., c’est la sortie annuelle, incontournable.  » Et ce, alors que l’ambiance post-attentats, avec moins de touristes un temps, notamment les Belges et Anglais, a été un frein. « On a noté une stagnation voire un ralentissement à Paris et en Ile de France mais ailleurs, en régions, la progression de la fréquentation est restée continue », précise Sophie Huberson.

Sophie Huberson, directrice générale du Snelac. Photo : DR.

La dernière raison de l’engouement autour des parcs à thèmes tient au développement de l’hébergement sur place. « J’appelle cette tendance forte la resortisation », théorise Sophie Huberson. Le principe est simple : les parcs investissement de plus en plus dans de l’hébergement léger éphémère qui peut se remiser facilement l’hiver : des tipis, lodges et autres cabanes. Cela permet de rester plus d’une journée et de faire tourner davantage le commerce du parc (ne serait-ce que la restauration) qui peut agrandir son offre avec des spectacles nocturnes, par exemple. »

Simple ranch pour aficionados, à l’origine

Quelle épopée, la création d’OK Corral ! Que de virevoltants tours de manèges depuis que le créateur du parc, un dompteur de fauves du nom de Jacky Rex, ami du célèbre Jean Richard, débute timidement l’exploitation d’OK Corral sous la forme d’un ranch où se retrouvaient des aficionados de westerns et passionnés du Far West. C’est un homme  d’affaires, Claude Lorge, qui installera les premiers manèges avant de revendre OK Corral en 1979 à  Mathijs Bembon. « Le parc était collé à la route nationale et vraiment tout petit… »

Une success story : 60 chevaux, ânes et mulets, 150 salariés en saison et 35 salariés à l’année pour 400 000 visiteurs annuels – 4 000 entrées ce jour-là – et un chiffre d’affaires de 6,5 millions d’euros.

Sa famille, baignant dans l’univers de l’attraction, depuis des lustres, en fera un vrai parc à thèmes. « Mon père, confie-t-il, déjà propriétaire d’un parc en Hollande, nous a tous réuni un jour et a dit : « Vous êtes neuf frères et soeurs ; je ne pourrais pas faire vivre neuf familles avec moi. A vous de trouver un parc à exploiter. Certains de mes frères et soeurs sont partis notamment en Allemagne. Partir, c’est ce que j’ai fait. On voulait s’installer à Bordeaux mais ça ne s’est pas fait. OK Corral était à vendre et avait du potentiel. On l’a acheté en 1979 après avoir rencontré son créateur par hasard dans un salon à Paris. »

Aujourd’hui, c’est une success story : 60 chevaux, ânes et mulets, 150 salariés en saison et 35 salariés à l’année pour 400 000 visiteurs annuels – 4 000 entrées ce jour-là – et un chiffre d’affaires de 6,5 millions d’euros annuels, ce qui en fait l’équivalent d’un parc comme les Walibi. Et même un projet de fauconnerie, dont l’intérêt a été testé sur les scolaires ! « On est l’un des plus vieux parc en France comme celui de Bagatelle, sur la côte d’Opale, qui, lui,  a 63 ans, mais le thème du western reste frais. Et puis nous faisons tout pour que ça marche : la décoration est de qualité, on investit, etc. Et ce n’est pas fini. « Le parc s’étend sur 15 hectares des  50 hectares du domaine. Nous avons des projets de développement mais on ira pas au-delà de 25 hectares de manèges en plus. » Rester à taille humaine : c’est le leitmotiv. Tout en évitant que le client fasse trop longtemps la queue.

Notre concept marche aussi parce que nous travaillons en famille ; on n’appartient pas à un grand groupe ou une banque ni à un fonds d’investissement. On est sur le terrain du matin au soir », dit-il assis tout à côté d’une famille en train de déjeuner sur une table de pique-nique. « On sent bien ce que veut le public. »

Ses modèles en matière de parc d’attractions ? « Le Puy du Fou, c’est génial ! Sinon, parmi les parcs de taille moyenne, il retient volontiers Nigloland, dans l’Aube, Fraispertuis, dans les Vosges. Et peut-être un jour celui. que la région Occitanie ambitionne de voir pousser sur son territoire. « Notre concept marche aussi parce que nous travaillons en famille ; on n’appartient pas à un grand groupe ou une banque ni à un fonds d’investissement. On est sur le terrain du matin au soir », dit-il assis tout à côté d’une famille en train de déjeuner sur une table de pique-nique. « On sent bien ce que veut le public. Ici, par exemple, pas d’embrouille : on n’est pas trop cher (28 euros en plein tarif avec possibilité de ressortir), il n’y a pas de suppléments cachés. On sait exactement ce que l’on va dépenser… »

Quelle place pour les aides publiques ?

Mathijs Bembon est surtout un redoutable homme d’affaires : « Le nouveau parc Spirou, dans le Vaucluse, oui, il est pas mal, mais l’entrée est à 32 euros pour 12 manèges quand nous on propose 32 manèges et cinq spectacles pour 28 euros. La client fait vite le calcul. » Y compris celui qui veut s’immerger dans l’univers du Farwest : « Nous avons créé un camping. Les tentes sont des tipis indiens avec TV, WC, frigo… Cinq cents personnes y dorment chaque nuit », s’enorgueillit-il.

Que pense-t-il de ces pouvoirs publics qui, voyant la manne économique d’un parc à thème, en aident certains à s’installer ? « Nous n’avons jamais été aidés financièrement et nous ne le voulons pas. Nous avons par exemple créé et financé notre propre forage. Il y a trop d’argent public dans ces parcs en ce moment, comme au Futuroscope, à Poitiers, Vulcania, en Auvergne… Ce n’est pas très sain », explique-t-il.

Olivier SCHLAMA

  • Selon le Snelac, syndicat des propriétaires de parcs à thèmes, le secteur des parcs de loisirs et à thèmes comprend quelque 2 600 entreprises, emploie 42 000 salariés et réalise au total un chiffre d’affaires de 2,2 milliards d’euros chaque année pour 54 millions de visiteurs. C’est aussi un secteur « en forte progression depuis 10 ans », qui s’adresse majoritairement, à 77 %, aux habitants des régions proches des entreprises qui y sont installées.
  • Les dix premiers parcs français ont enregistré en 2015 une croissance moyenne de 10 % par rapport à 2014.
  • Avec une centaine de sites, la France est le pays européen qui possède le plus de parcs d’attractions.