Hautes-Pyrénées : Le département aux petits soins des métiers du… soin

Habituellement boudées, ce sont pourtant des professions dont on a de plus en plus besoin. Dans les Hautes-Pyrénées, aides-soignants, assistantes sociales, infirmiers, AES… font l’objet d’une valorisation remarquable. Chef de projet, Hervé Lustemberger explique qu’ils peuvent plaire aux jeunes : ce sont des métiers “humains qui ont du sens”. Il développe des actions de terrain et aide les employeurs à ouvrir leurs portes.

Face à une population qui vieillit, un nombre d’actifs en diminution et de nombreux métiers du soin, “en tension”, qui n’attirent pas forcément dans un marché de l’emploi qui manque de candidats, le département des Hautes-Pyrénées se montre particulièrement dynamique pour rendre plus attractifs ces métiers du social, médico-social et sanitaire.

Pilote de l’une des 15 plateformes du genre en France, Hervé Lustemberger, chef de projet attractivité des métiers de l’accompagnement et du soin depuis deux ans au département des Hautes-Pyrénées, multiplie ainsi les initiatives, copiloté qu’il est par l’ARS, l’Agence régionale de santé. “Depuis deux ans, il y a la volonté de développer des actions de valorisation de ces métiers de fidélisation de ces métiers auprès des employeurs”, dit celui qui est ingénieur pédagogique. Des emplois non délocalisables.

Maintien des personnes âgées à domicile

Ph. Unsplash

Services autonomie à domicile (SAD) ; Ehpad ; services de soins infirmiers à domicile (SSIAD) ont des besoins importants. “Cette année, nous avons aussi valorisé des établissements en faveur du handicap” : plusieurs centaines de postes sont à pourvoir dans ce département, tous métiers du soin confondus. Or, rappelle-t-il, “essentiels à la cohésion sociale et à la prise en charge des publics les plus vulnérables, ils souffrent d’un déficit de visibilité et d’une méconnaissance persistante de la diversité des parcours professionnels qu’ils offrent. Ils sont souvent méconnus”. Qu’à cela ne tienne !

Hervé Lustemberger parle du virage “domiciliaire” : le département accompagne une tendance de plus en plus prégnante : le maintien de personnes âgées chez elles qui ne souhaitent pas aller en établissement. “C’est un mouvement observé depuis quelques années et qui va se renforcer dans les cinq à dix ans qui viennent. On aura donc besoin d’équipes de soins à domicile pour les personnes âgées mais aussi pour des personnes handicapées”, précise Hervé Lustemberger qui travaille depuis la Maison départementale de l’autonomie (MDA).

À la rencontre des collégiens et lycéens

Dans le département des Hautes-Pyrénées, dit-il, “j’ai privilégié les actions de terrain ; en 2025, 25 actions ont été menées et on en a déjà prévu vingtaine au premier semestre 2026 qui consistent, entre autres, à rencontrer des collégiens (4e et 3e), à la faveur d’un partenariat avec l’Education nationale. Je rencontre aussi des lycéens de ce département. Cela consiste aussi à organiser des ateliers de deux heures et j’y fais venir des ambassadeurs-métiers motivés pour parler de leur profession : aides-soignants, infirmiers, assistantes sociales, moniteurs-éducateurs…’

Visite dans une classe de collège. Ph. DR

Il ajoute : “Je participe aussi à des forums. Au-delà des 16 ans-25 ans (participent aussi les Missions locales), je m’adresse aussi aux demandeurs d’emplois en reconversion professionnelle. Cela peut se faire en mutualisation avec d’autres acteurs comme France Travail. Avant, Mission locale, Région, département, France Travail, Cap Emploi…, chacun travaillait dans son coin. ” Les métiers les plus demandés ? Aide-soignants, infirmiers, AES (accompagnants éducatifs et social) qui remplacent les auxiliaires de vie, l’aide à domicile, moniteurs-éducateurs et éducateurs spécialisés.

“Sur 20 élèves, entre 5 et 10 veulent entrer dans le soin”

Comment attirer des jeunes à faire des métiers dont l’image est “dégradée” ? “Nous faisons passer un message positif. On ne leur ment pas. Ce sont des métiers difficiles, parfois mal payés. Mais ce n’est pas totalement vrai : il y a des primes, des avantages… Au finale, à chaque intervention, sur une classe de vingt élèves j’en ai toujours entre cinq et dix qui veulent entrer dans ce secteur du soin. C’est encourageant.” Sa méthode est celle du terrain. Pas question de céder à la mode du jeu ou du casque virtuel pour présenter ces métiers. Hervé Lustemberger promeut, lui, “un choix de métiers, sur des échanges avec des professionnels avec de vrais débats”.

“Des métiers, centrés sur l’humain, qui ont du sens”

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Qu’est-ce qui motive finalement des jeunes à embrasser ces professions du soin ? “La question que je me suis souvent posée, c’est de savoir si la vocation existe toujours. J’ai conscience que la nouvelle génération n’est pas du tout sur le même modèle que les précédentes. Nous, on était juste contents d’avoir un travail. Point. Là, ils ne veulent pas de CDI. Que des CDD. Pas d’engagement. Ceux qui ont la vocation sont peu nombreux, même s’il y en a : parce que les parents sont eux-mêmes aides-soignants, infirmiers, etc. Ils sont imprégnés. Les autres, je leur dis en plaisantant que s’ils veulent gagner beaucoup d’argent qu’ils fassent influenceurs à Dubaï ; quoi que, aujourd’hui… Mais dans ces métiers du soin il y a des valeurs qui peuvent leur plaire : intégrité, bienveillance, écoute, communication. Ce sont des métiers centrés sur l’humain, qui ont du sens : quand on se réveille le matin, on se dit que l’on fait quelque chose d’utile pour des personnes et pour la société. C’est aussi et surtout un travail d’équipe de soignants, avec des kinés, ergothérapeutes…”

Un AES, c’est la porte d’entrée du secteur social. Il peut devenir aide-soignant, infirmier, coordinateur d’une équipe de soignants et responsable d’une unité, d’un établissement”

Quant à la rémunération, il faut appréhender ce paramètre plus largement. “Quelqu’un peut commencer à 1 500 € par mois, décrypte Hervé Lustemberger. Et rapidement gagner 2 000 €, 2 500 €, 3 000 €. Comment ? Cela dépend des évolutions qui sont possibles. Un AES, c’est la porte d’entrée du secteur social. Il peut devenir aide-soignant, infirmier, coordinateur d’une équipe de soignants et responsable d’une unité, d’un établissement. C’est pour cela que faire témoigner des professionnels, c’est important : les jeunes savent qu’ils exercent tous les jours leur métier. Et ils écoutent”, rapporte Hervé Lustemberger qui travaille avec tous les partenaires de l’emploi, de la formation et de l’insertion.

“Dix jeunes sur cinquante envisagent ces métiers”

Et la démarche paie. “Nos actions ont démarré en septembre 2024, rapporte-t-il. A la suite d’ateliers, trois personnes de la Mission locale ont été recrutées en SAD sur Tarbes ; après des visites de lycées, deux demandes de stage ont été déposées à la suite des portes ouvertes de l’Ehpad Les balcons du Hautacam, à Argelès-Gazost. Les retombées pourront être mesurées dans deux ou trois ans pour les lycées. A ce jour, ce qui est encourageant, c’est qu’environ dix jeunes sur cinquante rencontrés envisagent de faire ces métiers. De leurs côtés, les organismes de formation, àTarbes, affichent aussi des entrées en emploi motivants. Et les CDD sont plus nombreux que les CDI en 2026.”

Développer la “marque employeur”

Hervé Lustemberger, chef de projet attractivité des métiers de l’accompagnement et du soin depuis deux ans au département des Hautes-Pyrénées,

Enfin, celui qui fut consultant en formation en management et communiciation pour des écoles de commerce et pour entreprises pendant 32 ans, défend aussi, “la marque employeur. C’est-à-dire comment un dirigeant parle de son établissement de santé. Quels avantages propose-t-il pour attirer de nouveaux profils : tickets restaurant, atelier de communication, des réunions régulières, une communication directe avec le directeur, un groupe de travail pour connaître les possibilité d’évolution, formations ? Comment donner envie de travailler chez lui. Pour cela, j’ai monté des ateliers, ressemblant à un club RH ; j’en suis à mon 6e.” Il aide aussi à, au sens propre comme au figuré, “ouvrir les portes des établissements, en créant par exemple certains événements comme lorsqu’on a ouvert un Ehpad à Argelès-Gazost, où j’ai fait venir les acteurs de l’emploi, du public.” Un secteur qui n’a pas (encore) ses habitudes-là, où tout est à faire.

Olivier SCHLAMA

  • Hervé Lustemberger évoque aussi deux freins principaux dans ces métiers du soin. “La mobilité. Le territoire des Hautes-Pyrénées est vaste, cela demande d’avoir une voiture ou le permis (même si des efforts ont été fait dans certains services à domicile avec des voitures à disposition sans permis et avec permis). Et le logement : il est parfois très difficile de se loger (Arreau, Cauteret, Lourdes etc.)
    Ensuite, le spécialiste évoque “les capacités et attitudes comportementales adaptées aux métiers : Les “Soft Skills” doivent déjà être présents (communication, bienveillance, écoute…) pour réussir à exercer dans ces métiers, même si certaines aptitudes s’apprennent sur le terrain). La jeune génération qui arrive doit aussi respecter un “cadre à respecter” et se conforter “aux règles de travail”.