Haute-Garonne : « Revenu de base, premier pas vers le revenu universel »

Patrick Pignard, vice-président du département de Haute-Garonne. Photo : DR

Trois questions à Patrick Pignard, vice-président de la commission permanente, chargé de l’action sociale (insertion, économie sociale et solidaire) du département de Haute-Garonne, à propos de l’étude menée pour 13 départements sur le revenu de base.

Comment s’est déroulée cette enquête de six mois auprès de 500 000 foyers français ?

L’Institut d’études publiques a croisé les données de l’Insee et les déclarations fiscales. Nous nous sommes adressés aux personnes qui se sentaient concernées. Nous choisirons le scénario de notre revenu de base dans quelques jours ; ce serait bien qu’il coïncide avec l’annonce du plan pauvreté que le gouvernement doit annoncer prochainement. L’idée que nous défendons, c’est que l’on puisse expérimenter le revenu de base que nous mettons au point avec la fondation Jean Jaurès et l’IPP (Institut d’études publiques) auprès de 20 000 habitants.

Mais Macron a dit qu’il n’était pas favorable à ce revenu minimum…

Oui, c’est vrai mais un groupe de députés fera quand même une proposition de loi à l’Assemblée nationale pour que ce projet de revenu de base soit avalisé. Ou pas. Nous avons également demandé un rendez-vous au Premier ministre qui ne nous a pas encore répondu. Je rappelle que le revenu universel s’adresse à tous, sans conditions de ressources ; le revenu de base c’est avec conditions de ressources. Mais il est inconditionnel : il s’appliquerait quel que soit votre statut sur le marché de l’emploi. Dégressif en fonction des revenus, il irait de 461 euros par mois à 725 euros par mois pour une personne seule.

Benjamin Griveaux, porte-parole de Macron, a déclaré que notre projet n’est pas intéressant ; les bras m’en tombent alors que le nombre de bénéficiaires du RSA ne cesse d’augmenter ! Et alors que c’est la seule solution pour une vraie redistribution ! Nous voulons l’épanouissement de l’individu. »

Patrick Pignard
Photo : DR.

Pourquoi ? ça nous parait plus juste. Et, dans l’esprit des 13 départements qui en défendent l’idée, c’est un premier pas vers le revenu universel. Et puis pour cette étape-là, nous maîtrisons le RSA, et d’autres aides. Pour nous, cela n’entachera en rien la valeur travail qui se poursuivra. Et l’installation du revenu de base aura des conséquences positives que l’on ne peut pas ignorer : le développement du bénévolat dans les associations et qui les fait tourner au quotidien sans être salarié.

Restez-vous optimiste malgré tout ?

Oui ! Ce serait un premier pas vers une mutation de la société. Alors, oui, Benjamin Griveaux, porte-parole de Macron, a déclaré que notre projet n’est pas intéressant ; les bras m’en tombent alors que le nombre de bénéficiaires du RSA ne cesse d’augmenter ! Et alors que c’est la seule solution pour une vraie redistribution ! Nous voulons l’épanouissement de l’individu. Le revenu de base serait une bonne solution aussi pour par exemple le monde artistique, les artistes plasticiens, etc., où il est difficile pour les jeunes d’y démarrer. Il faut essayer de créer quelque chose. De créer un choc de confiance. Pour que tout le monde vive dignement.

Propos recueillis par Olivier SCHLAMA

A lire aussi sur le sujet : L’association Mon Revenu De Base a lancé la première expérimentation citoyenne du revenu de base. A chaque fois que 12 000 euros sont collectés, une personne est tirée au sort pour recevoir 1000 euros par mois, sans condition. Un nouveau tirage au sort a eu lieu le 29 juin dernier… Le revenu de base, le mieux, c’est d’encore essayer

Et aussi : Claire Leroy est économiste à l’IPP, Institut des politiques publiques, qui a réalisé une étude inédite destinée à servir de base à l’expérimentation du revenu de base dans treize départements, dont l’Aude, l’Ariège ou la Haute-Garonne, tous PS mais qui invitent d’autres départements qui ne le sont pas à les rejoindre. Claire Leroy explique la démarche, une première en France, qui ne serait pas un salaire à vie sans condition. Prochaine étape espérée, l’expérimentation en conditions réelles auprès de 20 000 habitants. En attendant peut-être un jour une loi pour le généraliser dans le pays. Le revenu de base : « Plus efficace que les aides actuelles »