Haute-Garonne : L’application anti-chômage des jeunes

"C'est aussi un moyen de sortir ces jeunes de l'isolement, de rompre avec la démotivation qui les a envahis." Au-delà de l'emploi, le but : restaurer l'estime de soi. Photo : DR.

Le conseil départemental de Haute-Garonne lance Shaker trente-et-un, une application, supervisée par les missions locales, destinée aux moins de 26 ans, population dont le taux de chômage atteint des sommets, pour trouver un job rapidement autour d’eux. Plusieurs départements d’Occitanie pourraient s’en saisir.

Indeed, Qapa, Keljob, My Match Up… Des applications smartphone  pour favoriser l’emploi, il en existe des dizaines. Voire davantage. Mais celle dont le département de Haute-Garonne vient de se doter est différente. Simple, intuitive et bien pensée. Shaker 31, lancée officiellement cette semaine, s’adresse à cette jeunesse pour qui le smartphone est « toute sa vie », résume l’élue PS au conseil départemental Sabine Geil-Gomez, et qui préside la mission locale de Haute-Garonne. « Ce nom, trouvé par un groupe de jeunes qui a été associé au projet, fait référence pour les jeunes associés qui l’ont trouvée eux-mêmes à l’expression secouer le cocotier et se mettre sur son trente-et-un. » C’est-à-dire s’habiller classe mais aussi « être prêt à trouver un emploi », explique-t-elle.

Shaker s’adresse à 18 000 jeunes dont la moitié est en contact avec les missions locales de Haute-Garonne

Photo : DR.

Cette structure bien implantée dans ce département fait un travail formidable, en s’adressant à quelque 18 000 jeunes âgés de moins de 26 ans et en étant plus spécialement en contact avec 9 000 d’entre-eux. Le budget pour les six antennes de la mission locale de ce département, qui emploie 104 salariés et assurent 70 permanences, s’élève à 6,2 millions d’euros par an. « L’application, présente sur Google Play et sur l’Apple Store, d’un coût de 40 000 euros, a été financée sur deux exercices, par le département de Haute-Garonne qui également lancé une campagne de communication dédiée, notamment sur les bus, pour que « les jeunes connaissent l’existence de Shaker ».

Permettre, entre autres, de participer à la restauration de l’estime de soi et à engager le jeune dans une nouvelle dynamique d’insertion. »

Frédéric Rollet, responsable antenne ouest des missions locales du département.
Shaker. Photo : O.SC.

Pour autant, « il y a tout un pan de cette jeunesse qui reste « invisible durant six mois ou un an après sa sortie du système scolaire », renchérit Frédéric Rollet, responsable de l’antenne ouest de la mission locale. « Eh bien, cette application, c’est aussi un moyen de sortir ces jeunes de l’isolement. De rompre avec la démotivation qui les a envahis. Si on réussit à rester en contact avec un maximum d’entre-eux, on aura apporté une vraie plus-value. Car on aura permis entre autres de participer à la restauration de l’estime de soi et à engager le jeune dans une nouvelle dynamique d’insertion. »

Ce n’est pas Tik Tok mais cela participe d’un changement de paradigme

Certes, ce n’est pas Tik Tok, l’appli désormais préférée des teenagers, fans de play-back, qui a largement pris la suite de Musical.ly, versée dans le karaoké. Mais ce système d’icones, c’est l’alpha et l’oméga pour les jeunes dont le smartphone est toute leur vie. C’est un changement de paradigme.Alignement des astres, sans doute, deux jeunes ont expliqué, lors de la présentation de Shaker, d’avoir trouvé un sésame. L’un a déniché un contrat pro de huit mois d’agent de piste d’aéroport de Toulouse (transport de bagages). Le second a choisi de… ne pas choisir, en se lançant dans deux stages de fleuriste et de boulanger, deux métiers qu’il « aime » et pour lesquels il y a des offres.

Contrats d’apprentissage, services civiques, CDD, CDI : il y avait 300 offres en début de semaine et 200 ce vendredi… »

Sabine Geil-Gomez, conseillère départementale PS et présidente de la mission locale de Haute-Garonne.
Une application simplissime. Ph. O.SC.

Ce n’est pas un gadget. Mais bien sûr les offres sont dans les secteurs en « tension ». « En début de semaine, il y avait 300 offres et 200 ce vendredi », s’enorgueillit  Sabine Geil-Gomez. CDD. CDI. Contrats d’apprentissage. Services civiques. « Cette application est hyper-simple : une fois que l’on a cliqué sur le poste proposé, un second écran décrit le poste. Il suffit d’appuyer sur la case « contacter », en vert pomme, pour appeler ou envoyer un mail à la mission locale. Un conseiller étudie rapidement la demande et, au besoin, aide le jeune dans sa démarche.

Même un service civique dans le « développement des nouvelles pratiques de loisirs »

Ce vendredi, les offres vont d’un CDD d’aide-boucher à préparateurs de commandes à Baziège (30 CDD) en passant par 20 CDD de manutention à Colomiers. On trouve des postes dans l’hôtellerie-restauration, la boucherie, boulangerie… Mais aussi parmi des nouveaux métiers parmi lesquels un service civique dans le « développement des nouvelles pratiques de loisirs ». Des postes d’agents d’entretien et même facteur à Saint-Gaudens !

On trouve également des postes dans les aéroports où, parfois, comme pour devenir « peintre aéronautique » (1 575 euros/mois), il ne faut pas avoir le vertige et avoir une bonne résistance physique. Une vraie opportunité que ce « peintre en aéronautique » : aucun niveau de diplôme n’est demandé. Après un intérim de trois mois, le CDI est signé. Et on commence une formation d’un an pour passer de manoeuvre à équipier peintre puis à peintre.

D’autres départements et missions locales intéressés

« Nous avons des projets pour compléter cette application, soumet Sabine Geil-Gomez, conseillère départementale et présidente de la mission locale de Haute-Garonne. D’autres conseils départementaux d’Occitanie et d’autres missions locales se sont montrés intéressés par notre démarche. Ce qui permettrait aux jeunes de sortir de leur commune pour trouver du travail à Carcassonne, Montpellier… On pourrait y ajouter également un calendrier de rendez-vous. »

Olivier SCHLAMA

  • Chômage. Selon l’Insee, le taux de chômage des 15-24 ans atteint en Haute-Garonne 22,4 % en 2017. Le taux de chômage de l’ensemble (15 ans et plus) atteint 9,1 %. Quant au taux de chômage général en Occitanie, il est de 11 % (15 ans et plus).